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Hong Kong. La mobilisation passe un cap avec la grève générale

Malgré les menaces du gouvernement central chinois, une grève générale a eu lieu ce lundi. Le transport public ainsi que les aéroports ont été très perturbés. Cette grève ouvre un nouveau chapitre dans la crise hongkongaise.

lundi 5 août

Cela faisait plus d’un demi-siècle qu’une grève générale n’avait pas été décrétée à Hong Kong. A l’époque, celle-ci avait eu lieu contre l’emprise coloniale britannique. Ce matin, huit lignes de métro étaient donc entièrement paralysées et à 10h, 230 vols avaient été annulés dans l’aéroport de Hong Kong qui dispose d’un des trafics les plus importants au monde.

Cet appel à la grève s’est combiné d’actions de perturbations des transports. A plusieurs endroits, on a pu voir des passants faisant des aller-retour sur les passages piétons pour bloquer les axes routiers, des voitures tourner en boucle autour des ronds-points ou même des manifestants à pied dresser des barricades sur de grands axes routiers.

Résultat, l’île était fortement perturbée et a permis à la mobilisation de franchir un cap. Les manifestants qui combattent le gouvernement depuis deux mois ont élaboré un programme avec cinq revendications minimales : 1) le retrait complet de la loi d’extradition qui est actuellement suspendue et qui a été à l’origine de la mobilisation ; 2) le retrait de la qualification « d’émeutes » quant aux manifestations pacifiques du 12 juin ; 3) une enquête indépendante sur les violences policières subies par les manifestants et la libération inconditionnelle des centaines de manifestants arrêtés ; 4) une dissolution de la législature actuelle et l’instauration du suffrage universel ; 5) la démission de la cheffe de l’exécutif Carrie Lam.

Cette dernière a réagi publiquement à l’évolution du mouvement alors qu’elle était restée silencieuse jusqu’ici. Dans un discours aux airs martiaux, celle-ci a déclaré : « J’ose affirmer que cela vise à renverser Hongkong, à détruire complètement la précieuse vie de plus de sept millions de personnes. Le gouvernement sera ferme pour maintenir la loi et l’ordre et rétablir la confiance. » Une prise de position qui laisse entrevoir la possibilité d’un saut dans la répression du mouvement, et notamment la possible intervention des forces militaires chinoises, qui ont menacé le mouvement à plusieurs reprises ces derniers jours.

Cependant, les autorités hongkongaises n’ont pas attendu les forces armées chinoises pour lancer la répression sur les manifestants. Une fois de plus, la police a assailli les opposants en envoyant du gaz lacrymogène et des tirs de munitions équivalentes au LBD.

Les affrontements se sont poursuivis jusqu’au coucher du soleil. Des hommes en civil ont également été aperçus en train d’attaquer les manifestants. Il pourrait s’agir une nouvelle fois d’attaques des Triades qui avaient grièvement blessé des manifestants au mois de juillet et dont les exactions sont couvertes –voire encouragées- par les autorités.

En deux mois de mobilisation, les hongkongais ont prouvé leur détermination à se défendre et garder leur indépendance incarnée par la formule « Un pays, deux systèmes » qui garantit certaines libertés démocratiques dans l’île et que Pékin souhaiterait remettre en cause. La grève générale de ce lundi est un affront direct à l’administration de Carrie Lam et au gouvernement central de Pékin. Cette détermination s’ajoute aux tactiques innovantes des manifestants pour défier l’appareil autoritaire de répression du gouvernement. Dans chaque mobilisation, l’utilisation de parapluies, de masques et de lasers et les changements réguliers de pratiques permettent de déjouer les dispositifs de sécurité de la police.

Hong Kong traverse la crise politique la plus grave depuis que la Chine a récupéré la souveraineté sur ce territoire en 1997. L’épisode de grève de ce lundi ouvre un nouveau chapitre de l’affrontement de classes en cours sur l’île.

Crédit photo : Isaac Lawrence / AFP




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