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Monde

Iran. Les classes populaires face à la crise et au régime autoritaire

Le 3 juin dernier, le chef du régime iranien Ali Khamenei déclarait : « aux États-Unis, la police tue les gens dans la rue mais parlent de droits humains ». Pourtant en Iran les travailleurs et les classes populaires subissent depuis trop longtemps l'oppression de ce régime corrompu.

lundi 29 juin

Photo : Une AG des ouvriers de l’usine de sucre de Neyshekar-e Haft-tapeh à Shoush dans la région du Khuzistan

Après le confinement dû au COVID-19, il n’y aura pas de « retour à la normale ». Et cette fois-ci, comme pour toutes les crise du capitalisme, ce sont les secteurs les plus opprimés qui ragent. Après le meurtre de George Floyd par la police américaine, des voix criants « I can’t breath » résonnent partout dans le monde contre les violences policières et le racisme. Cette rage énorme et radicale qui s’exprime dans des mobilisations massives vient tout droit de l’histoire esclavagiste et colonialiste des États impérialistes et de la brutalité policière que subissent les populations issues de l’immigration. Cependant, plusieurs dirigeants de différents pays condamnent cet acte violent de la police américaine, bien que dans leur pays le peuple ne souffre pas moins des politiques néo-libérales et autoritaires. C’est le cas de Ali Khamenei, leader suprême du régime islamique en Iran, tortionnaire du peuple iranien.

La révolution iranienne de 1976 a renversé le régime monarchique du Shah en s’appuyant sur le mouvement ouvrier et ses organisations, en particulier le parti communiste iranien nommé Toudeh (d’obédience stalinienne) ou le Peykar et l’Organisation des Fedayins du Peuple Iranien toutes deux guerilleristes. Mais l’adaptation du Toudeh aux organisations islamistes sous des prétextes populistes, et la faiblesse du Peykar et des Fedayins isolés dans les campagnes par leur stratégie guerilleriste, ont laissé la voie aux islamistes pour prendre le pouvoir.

Dix ans après, rouh-ollah Khomeini, le dirigeant mollah de l’époque, avait si peur du mouvement ouvrier et des idées marxistes en germe parmi la population, que durant l’été 1988 il condamnait à mort presque 30.000 prisonniers politiques, majoritairement des membres des organisations ouvrières et marxisantes. A ce jour, le nombre exact de prisonniers exécutés et enterrés dans des fosses communes ou des cimetières reste inconnu.

Dès les premières années de la prise du pouvoir par les islamistes, le régime commença donc à éliminer massivement l’opposition. Et jusqu’à aujourd’hui, la violence du régime et la répression n’ont pas cessé, comme au mois de novembre dernier, lorsque des milliers de personnes qui étaient descendues dans la rue se faisaient réprimer à coups de balles dans la tête.

D’après l’enquête d’Amnesty international, durant les manifestations du mois de novembre en Iran, 304 manifestants ont été tués directement par la police, dont plus de 220 en deux jours seulement. Mais ce chiffre n’est pas exact et serait en réalité beaucoup plus élevé puisque d’après les témoignages de plusieurs familles, certaines victimes ne seraient jamais rentrées après les manifestations. Parmi ces victimes, la plupart sont venues de banlieues très pauvre de Téhéran, et d’autres des provinces du Khuzestân et de Kermânchâh, où vivent des minorités, des arabes et des kurdes qui, depuis que le régime islamique est au pouvoir, sont toujours les plus touchés et les plus réprimés. Cette violence ne s’arrête pas dans la rue, les autorités iraniennes ayant arrêté et intimidé des milliers de manifestants, des étudiants et des journalistes.

Aujourd’hui l’Iran risque une deuxième vague de COVID-19, cette fois plus grave que la première, le pays ayant enregistré un record de cas quotidien avec 3574 nouveaux cas en vingt-quatre heures. Bien évidemment, ces chiffres n’affichent pas toute la vérité, puisque les plus pauvres n’ont pas les moyens de rester à l’hôpital et puisqu’il n’y a aucun dépistage massif. Cette hausse du nombre de cas impacte d’une part la situation économique qui se dégrade de jour en jour en raison des sanctions américaines et se traduit par un manque des équipements hospitaliers, de médicaments et de respirateurs. D’autre part, l’évolution du virus se ressent sur les foyers iraniens même, qui, avec le déconfinement déclaré très tôt pour sauver une économie déjà très faible, ont été plongés dans une pauvreté grandissante quand, en parallèle, les riches profitaient de la situation pour augmenter leur compte bancaire.

Inspirée par la longue tradition de lutte de classe, la classe ouvrière iranienne est cependant loin d’être atone, comme en témoignent les nombreuses grèves dans différents secteur, y compris dans l’industrie et les usines qui concentrent des centaines voir des milliers de travailleurs. A l’image des ouvriers d’usine sucrière de Haft-Tapeh dans le Sud du pays, en grève reconductible depuis deux semaines. Chaque jour les grévistes s’y organisent en assemblée générale, avec comme principales revendications le versement des trois derniers mois de salaire qui n’ont pas été payés, l’arrêt de la privatisation de l’usine, et l’arrêt des licenciement. Ainsi, ils font face à un le régime autoritaire anti-ouvrier, qui n’a pas hésité l’an dernier dans le cadre d’une manifestation, à licencier, arrêter, et emprisonner des dizaine de travailleurs, à l’instar d’une des figures principales de la grève : Esmaeil Bakhshi, licencié et condamné à six mois de prison.

Dans le même temps, ces autorités qui tuent la population critiquent les politiques américaines et font mine de réclamer la justice pour George Floyd. Ainsi, Ali Khamenei, le leader suprême du régime iranien, a déclaré dans un discours le 3 juin lors des célébrations de l’anniversaire de la mort de Khomeini : « aux États-Unis, la police tue les gens dans la rue mais parlent de droits humains ; cet homme noir qui a été tué, n’avait-il pas de droits ? » De cette manière, le régime iranien essaye de donner un visage anti-impérialiste pour s’assurer des assises populaires. Pourtant c’est le même régime qui discrimine, humilie, et tue des immigrés afghans en les noyant dans la rivière Hari Rud. Pour cette raison, face à la crise mondiale du capitalisme pourrissant, il s’agit pour les travailleurs et les classes populaires de lutter en toute indépendance de classe, y compris des régimes corrompus qui se donnent un visage anti-impérialiste pour mieux exploiter et opprimer les peuples.




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