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Précarité étudiante

« Je dors la lumière allumée pour repousser les cafards ». L’enfer de la résidence Crous DAREAU à Paris

Plusieurs résidents du Crous DAREAU à Paris rapportent la présence de cafards dans leurs chambres depuis plusieurs semaines. Entre désinfestations avortées faute de matériels et remarques sur l’hygiène des habitants, l’administration se refuse à intervenir sérieusement, laissant les étudiants précaires dans un profond désarroi.

Le Poing Levé Paris 1

6 octobre 2023

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« Je dors la lumière allumée pour repousser les cafards ». L'enfer de la résidence Crous DAREAU à Paris

Crédit photo : Révolution Permanente

« Je me suis réveillé à cause d’un cafard sur mon bras ! »

En arrivant des vacances d’été, plusieurs résident·e·s du même étage de la résidence Crous DAREAU dans le 14e arrondissement de Paris ont eu la mauvaise surprise de trouver des cafards dans leurs chambres. « J’en ai trouvé deux le surlendemain de mon arrivée » nous explique Romane*, 20 ans, étudiante en M1 à l’ENS et en L3 d’économie à Paris 1. C’est aussi le cas d’Allia*, 18 ans et étudiante en L1 de droit à l’université Paris-Cité, ou encore de Clément*, 20 ans et étudiant en droit-éco à Paris 1 Panthéon-Sorbonne, que nous rencontrons lors de notre visite des lieux. Selon ces étudiants, la présence de nuisibles concerne une dizaine d’autres habitant·e·s de la résidence sur les environs 150 résident·e·s réparti·e·s sur 11 étages.

Depuis, leur quotidien est rythmé de rencontres avec des demi-douzaines de cafards dans leurs salles de bain ou leurs chambres : « Ils nous réveillent la nuit. Je me suis réveillé à cause d’un cafard sur mon bras ! » souffle Romane. Clément quant à lui en a tué plus d’une cinquantaine en moins d’une semaine. Allia, elle, nous raconte : « je suis obligée de dormir avec la lumière allumée pour empêcher les cafards de rentrer dans ma chambre la nuit. […] C’est pas possible psychologiquement ». Une situation qui affecte en effet profondément leur état de santé, générant angoisses et insomnies. Pour trouver un peu de répit, Romane a décidé « de dormir plusieurs nuits en auberge de jeunesse et chez une connaissance à Palaiseau pour ne pas subir cette invasion parce que ce n’était plus possible », malgré les temps de trajets supplémentaires et le loyer qui n’est pas suspendu durant son absence.

Refus d’intervention, coût individuel exorbitant : la responsabilité de l’administration pointée du doigt

De fait, outre l’impact psychologique, cette situation oblige les résident·e·s à effectuer des dépenses supplémentaires. C’est le cas d’Allia, qui a déboursé plus de 80€ de produits d’isolation ou anti-cafards. Des sommes faramineuses pour des étudiant·e·s précaires, et ce alors même que l’inflation se poursuit et que les loyers des résidences CROUS ont augmenté jusqu’à 3,5% cette année suite à des annonces de la ministre Sylvie Retailleau - ils se situent désormais entre 268€ et 505€ à DAREAU.

Tous·tes racontent avoir contacté le secrétaire de la résidence pour lui signaler le problème dès l’apparition de cafards chez eux. « À chaque fois que nous l’avons alerté, il nous a responsabilisé de la situation, jusqu’à insinuer que c’était un problème d’hygiène de notre part s’il y avait une infestation de cafards ! » témoigne un résident. « Le secrétaire de la résidence a même été désagréable quand je suis retourné le voir. Clairement, ça ne lui faisait pas plaisir que je revienne » abonde Romane. C’est la même chose pour Allia qui est allée voir le secrétaire « trois fois ».

Une politique de responsabilisation individuelle pour éviter que le Crous n’ait à financer une opération de désinfestation qui n’est pas du seul fait du secrétariat, mais bien de l’administration. « J’ai envoyé un mail au directeur, il ne m’a jamais répondu » tance Romane.

Mais au prix de plusieurs relances, la résidence finit par annoncer la venue de professionnels le 15 septembre. Une opération qui sera néanmoins avortée « faute de matériels ». « Ils ont fini par passer le 18 septembre, mais n’ont traité que la chambre source, alors même que plusieurs résident·e·s avaient prévenu l’administration de la présence de cafards dans d’autres chambres » fustige une étudiante. « J’ai vu dépasser de la mousse blanche [ndlr : du produit anti cafards] de la chambre-source mais aucune désinfestation n’a été orchestrée dans nos chambres à nous » nous confirme Allia. Depuis l’opération, les cafards sont toujours là, au point que plusieurs étudiants envisagent de déménager pour tenter de reprendre une vie normale.

À ce tableau s’ajoutent désormais des punaises de lit qui ont envahi les troisième et sixième étages de la résidence, alourdissant la charge psychologique et économique des résident•e•s. « On a déjà plusieurs résident•e•s en situation de dépression » nous confie Allia. Les élu·e·s du Poing Levé ont tenté de contacter l’administration du centre, sans succès.

Ces évènements ne sont pas des cas isolés et arrivent dans un contexte où l’accès à un logement étudiant est de plus en plus difficile. En ce début d’année, il n’y a qu’un logement étudiant pour 17 étudiant·e·s et le gouvernement baisse les fonds alloués aux régions pour rénover les CROUS d’un million d’euros tout en augmentant les charges locatives jusqu’à 3,5 %. En parallèle, de nombreux étudiants refoulés des résidences Crous faute de place sont contraints de retourner chez leurs parents, de s’endetter pour financer un logement privé ou bien de dormir… en campings.

Face à cela, il y a urgence à augmenter les places en CROUS par de grands travaux de rénovation financés par un impôt sur les grandes fortunes. Mais il faut aussi réquisitionner les 3 000 000 de logements vides pour permettre à toutes et tous d’être logés dignement.

Contacte Le Poing Levé !

Alors que des dizaines d’étudiant·e·s se retrouvent seul·e·s face à ce problème, il est nécessaire de s’organiser pour se rendre compte du caractère collectif de ces soucis et pour riposter ensemble. Pour ne pas être seul·e·s et construire un vrai rapport de force collectif face à la direction de la résidence, et pour l’obliger à intervenir le plus vite possible, de manière conséquente et non par des opérations de préventions comme elle l’a fait la semaine dernière.

Le Poing Levé récolte des témoignages dans le cadre de sa campagne contre la précarité. Si ta résidence est infestée de cafards, de punaises de lit ou que tu as des problèmes d’insalubrité, des fuites d’eau… n’hésite pas à contacter notre collectif de jeunesse.

*Les prénoms ont été modifiés


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