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L’Afrique du Sud suspend le vaccin d’AstraZeneca, jugé peu efficace contre le variant

L’apparition et la propagation de nouveaux variants du Covid-19 inquiètent la communauté scientifique, qui interroge l’efficacité des vaccins contre les nouvelles formes du virus, notamment le variant en provenance d'Afrique du Sud.

lundi 8 février

Crédits photos : Reuters

L’émergence en début d’année de nouveaux variants du covid-19 inquiète la communauté scientifique. En France, alors que le variant britannique représente plus de 14% des nouvelles contaminations, le variant brésilien, dominant en Amazonie et ravageant actuellement la ville de Manaus, inquiète les autorités sanitaires. Et pour cause : le ministre de la santé Olivier Véran a annoncé la semaine dernière que quatre premiers cas avaient été détectés dans le pays. Alors que la souche britannique, jusqu’à 70% plus contagieuse que la source originale, a mis environ trois mois à devenir majoritaire en Angleterre, le variant brésilien n’a mis qu’un mois à le devenir au Brésil. Au mois de janvier, la gestion sanitaire déplorable par Bolsonaro a mené à une flambée des contaminations dans l’Amazonas. Les habitants de Manaus, sa capitale, vont jusqu’à parler de « tsunami épidémique » pour qualifier cette deuxième vague extrêmement meurtrière.

L’Afrique du Sud est elle aussi frappée par une deuxième vague sans précédent, alors que le Royaume-Uni qui déplore un total de 109 000 morts, remonte doucement la pente après avoir perdu le contrôle de l’épidémie à la fin du mois de décembre. Ayant aujourd’hui largement dépassé le cadre de leurs frontières, ces nouveaux variants circulent à l’international, rendant la question de la vaccination de plus en plus complexe. En effet, si les premiers cas du variant brésilien ont tout juste été détectés en France, le variant sud-africain y est déjà largement présent et la souche britannique devrait, selon certaines estimations, devenir majoritaire dès le mois de mars : alors que ce dernier se propage à vive allure sur tout le territoire, les projections des spécialistes estiment qu’il pourrait devenir majoritaire d’ici trois semaines.

Si ces variants sont l’objet de toute l’attention des épidémiologistes, c’est également parce qu’ils pourraient réduire l’efficacité des vaccins. Plusieurs laboratoires, à l’instar de Moderna, ont déjà pris les devants en cherchant de nouvelles formules pour adapter leurs vaccins, et de nombreux laboratoires se penchent actuellement sur la question du caractère potentiellement obsolète de certains vaccins face aux variants. Des chercheurs de l’Université du Texas, ainsi qu’un chercheur de Pfizer, ont réalisé des tests in vitro et suggèrent aujourd’hui que le vaccin Pfizer/BioNtech conserverait la grande majorité de son efficacité contre les variants britannique et sud-africain. Les chercheurs de Novavax, dont le vaccin n’est pas encore sur le marché, s’intéressent également à cette question. Leurs résultats sont toutefois peu concluants, puisque l’efficacité pour les deux principaux variants reste moindre par rapport à celle développée contre la souche originale, qui s’élève à 95,6%. En effet, ce vaccin afficherait une efficacité supérieure à 85% contre le variant britannique, mais à seulement 60% contre le sud-africain, et on ignore ce qu’il en est quant au variant brésilien.

Plus inquiétant, une étude menée par l’Université du Witwatersrand, à Johannesburg, montre une efficacité limitée contre le variant sud-africain du vaccin britannique AstraZeneca, dont l’Afrique du Sud avait commandé un million de doses. Officiellement pays le plus touché du continent avec près d’1.5 million de cas, l’Afrique du Sud est pourtant largement en retard dans la course mondiale à la vaccination. Après avoir reçu sa première livraison d’un million de doses à destination du personnel médical, le pays a été forcé de suspendre sa campagne de vaccination suite à ces révélations. « C’est un problème temporaire, nous devons suspendre les vaccins AstraZeneca jusqu’à ce que nous ayons résolu ces problèmes », a commenté le ministre de la santé sud-africain, Zweli Mkhize, lors d’une conférence de presse en ligne. Ce dernier a ensuite ajouté « Dans les quatre prochaines semaines, nous aurons des vaccins Johnson & Johnson et Pfizer ». L’Afrique du Sud a également annoncé avoir commandé 20 millions de doses du vaccin Pfizer, qui se veut efficace contre le variant sud-africain.

Mais la question de l’efficacité des vaccins existants reste capitale, et si les laboratoires se veulent rassurants, on sait que de nouveaux variants peuvent continuer à apparaître au cours de la propagation du virus. Une nouvelle mutation du variant anglais a d’ailleurs récemment été découverte, alimentant la crainte des professionnels de santé de voir la pandémie muter en permanence et devenir incontrôlable. Selon certains épidémiologiste, sur le long terme, il pourrait devenir nécessaire de se faire vacciner tous les deux ou trois ans en fonction de l’évolution du virus.

Une poignée de laboratoires travaillent toutefois à l’élaboration d’un « vaccin universel », qui fonctionnerait pour tous les variants du virus. Si cette solution semble idéale, combien de temps faudra-t-il à ces labos pour conceptualiser ce vaccin ? La situation dramatique dans certains pays risque fortement de s’étendre à d’autres dans les prochains mois, avec la prolifération des nouveaux variants.

Alors que la situation sanitaire semble quasi sans issue à mesure que les variants se multiplient, il est nécessaire de prendre les choses en main urgemment. En effet, la course aux vaccins demeure un outil essentiel pour éviter les formes graves de la Covid-19, et les morts en conséquence. En ce sens, bien que nous puissions dénoncer l’appartheid vaccinale qu’opère l’Etat d’Israël dans sa stratégie de vaccination vis-à-vis des Palestiniens, force est de constater que les personnes qui ont la chance d’être vaccinées notamment parmis les plus âgées commencent à faire son effet. Selon Le Parisien, "plus de 70 % des plus de 60 ans ont reçu deux doses du vaccin Pfizer. Dans la population complètement vaccinée, le taux de contamination a franchement chuté."

Cela montre qu’une amélioration est possible. Mais face à la course contre la montre aux variants, il est plus que nécessaire d’accélérer la production du vaccin. Pour cela, il est nécessaire de réquisitionner immédiatement les laboratoires pharmaceutiques en les mettant sous contrôle des travailleurs, d’en finir avec le monopole des brevets pour les mettre dans le domaine publicet fournir à tous ce bien commun universel. Mais aussi, il est plus que nécessaire d’accélérer la recherche pour obtenir un vaccin qui puisse permettre de résoudre la pandémie une fois pour toute.




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