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Politique

Inédit. « Affaire des écoutes » : de la prison ferme requise pour Sarkozy

Mardi 8 décembre, des peines de 4 ans de prison, dont 2 fermes ont été requises contre Nicolas Sarkozy, son avocat Thierry Herzog et le haut magistrat Gilbert Azibert dans le procès de l’affaire « des écoutes », ou dite « Paul Bismuth ». Dans l’histoire judiciaire française, la condamnation d’un ancien chef d’État pour corruption est inédite.

mercredi 9 décembre 2020

Crédits : Marie William / AFP

C’est devant la 32ème chambre correctionnelle de Paris, ce mardi 8 décembre à 19h, les peines de 4 ans de prison, dont 2 fermes, ont été requises pour Nicolas Sarkozy, l’ancien président de la République, pour des faits de « corruption » et de « trafic d’influence » - délits passibles de 10 ans de prison. La même peine a été retenue contre l’ancien haut magistrat, Gilbert Azibert, ainsi que pour l’avocat de l’ex-chef d’État, Thierry Herzog, qui lui écope en plus d’une interdiction d’exercer pendant 5 ans. Le procès « Paul Bismuth », le premier pour l’ex-président de la République, qui a commencé le 23 novembre, est historique dans l’histoire judiciaire française, puisque c’est la première fois qu’un ancien chef d’État est jugé pour faits de « corruption ».

L’affaire des écoutes, dite « Paul Bismuth », remonte à 2013, soit un peu plus d’un an après la fin du mandat de Sarkozy, après que celui-ci ait été placé sur écoute téléphonique par les juges d’instruction en charge de l’affaire des financements libyens. Seulement, après que des enregistrements concernant l’affaire des financements libyens entre l’ex-ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux et l’ancien patron de la police judiciaire de Paris, Christian Flaesh fuitent dans la presse, les coups de téléphones passés par Sarkozy sur sa ligne officielle deviennent brefs et concis.

Et c’est en surveillant cette ligne officielle que les juges en charge de l’enquête ont découvert que Sarkozy communiquait avec son avocat, Thierry Herzog, sur une deuxième ligne, confidentielle cette fois ci, ouverte en janvier 2014. S’étant équipés de téléphones avec SIM pré-payés, sous de fausses identités, celui de Sarkozy étant au nom de Paul Bismuth, les deux hommes tentent de passer outre l’écoute judiciaire, celle-ci ayant été prolongée dans le cadre de l’affaire libyenne.

Révélée par le journal Le Monde, cette nouvelle affaire implique un troisième protagoniste, Gilbert Azibert alors premier avocat à la Cour de Cassation. Les échanges téléphoniques officieux entre Sarkozy et Herzog révèlent en effet que celui-ci leur transmettait des informations concernant deux procédures judiciaires en cours impliquant l’ex-chef d’État, à savoir l’affaire Bettencourt et l’affaire Tapie. Celui-ci, étant en fin de carrière à la magistrature, cherche à obtenir le poste de conseiller d’État à Monaco et demande donc à l’avocat de Sarkozy s’il pourrait être pistonné en échange. Plusieurs échanges téléphoniques révélés ensuite témoignent de la volonté de Sarkozy et son avocat de lui donner « un coup de pouce », comme en témoigne cet extrait d’un article de Médiapart, datant du 25 février 2014 :

Nicolas Sarkozy : « Je voulais te dire, pour que tu puisses le dire à Gilbert Azibert, j’ai rendez-vous à midi avec Michel Roger, le ministre d’État de Monaco.  »
Thierry Herzog : «  Ministre d’État ouais, bon bah super, bah je vais l’appeler maintenant.  »

Ce même article de Mediapart démontre que Herzog aurait téléphoné le 3 mars 2014 à Gilbert Azibert, pour lui dire que « la démarche à Monaco a été faite ». L’enquête menée révèle également que Herzog et Sarkozy communiquaient sur une autre ligne secrète avant celle au nom de « Paul Bismuth », puisque dès septembre 2013, ils s’étaient procurés des téléphones au nom de « Gilda Atlan ».

Le procès qui s’est ouvert, et dont les requis contre les accusés sont tombés ce mardi 8 décembre, est donc un procès de grande ampleur, revenant sur le rôle joué par l’ancien chef d’État dans de nombreuses affaires, remettant à l’ordre du jour le système politique semi-mafieux de Nicolas Sarkozy. Comme relevé dans un article du Monde, entre 1995 à 2012, il a été impliqué dans pas moins de 10 affaires judiciaires, celle de « Paul Bismuth » étant dans le fond une « affaire dans l’affaire. De « l’affaire Karachi » et des « hélicoptères du Kazakhstan » impliquant des rétro-commissions illégales sur des contrats d’armement, aux affaires crapuleuses du type « Bettencourt » ou « Tapie » en passant par les financements illégaux des campagnes de 2007 (financements libyens) et 2012 (Bygmalion), l’ère Sarkozy aura été copieusement alimentée par ce genre de pratiques qui n’ont plus rien de l’exception.

Les peines requises pour Sarkozy, Herzog et Azibert de 4 ans de prison, dont deux fermes sont inédites dans l’histoire de la justice française, et font aussi ressortir au grand jour les liens étroits entretenus par l’ancien Président avec de nombreux hauts placés dans les institutions. Seulement, il ne faut pas se faire d’illusion quant à la mise en œuvre réelle de ces peines, car le caractère partial de la justice est bien connu : celle qui condamne les syndicalistes qui se battent contre l’acharnement patronal, à l’image d’Eric Bezou et la même que celle qui laisse Patrick Balkany danser à la fête de la Musique ; une justice de classe.

Peu de doutes donc, quant au traitement de faveur qui sera accordé à Nicolas Sarkozy si celui-ci est condamné. Comme nous l’écrivions dans un précédent article : « Il faut en finir avec l’impunité traditionnelle des anciens chefs de l’Etat pour qui la justice n’est jamais expéditive. Toutefois, que Sarkozy soit ou non condamné et ses réseaux progressivement démantelés ne changera pas le caractère fondamentalement opaque et hostile aux travailleurs du système cinquième-républicain. »




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