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Société

"La police nous protège, ça crève les yeux !"

LBD 40. Des ophtalmologues demandent un moratoire suite au nombre d’éborgnés

Trente cinq ophtalmologues ont envoyé un courrier adressé au président de la république lui-même, le 6 février 2019, l'interpellant pour un moratoire contre les LBD, qui ont causé une quantité innombrable d'éborgnés. Un courrier resté sans réponse.

lundi 11 mars

Crédit photo : ERIC FEFERBERG/AFP

Le 6 février 2019, ce sont trente-cinq ophtalmologues de renom, dont des hospitaliers ophtalmologues et universitaires, qui adressent un courrier à Macron pour l’interpeller sur le LBD 40, le Lanceur de Balles de Défense de 40 millimètres de diamètre qui ont causé des blessures parfois gravissimes et irréversibles pour une multitude de manifestants depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes. Un courrier qui par ailleurs, à ce jour, reste sans réponse de la part du gouvernement ; mais l’on pourrait se contenter d’une réponse sur la répression de Macron à une sympathisante des Gilets Jaunes lors du grand débat national jeudi 7 mars à Gréoux-les-Bains, "Ne parlez pas de «  répression  » ou de « violences policières », ces mots sont inacceptables dans un état de droit".

Dans le courrier qu’écrivent les ophtalmologues , exigeant un moratoire du LBD 40, ils comparent les balles de LBD à des balles de golf, une curieuse comparaison qui met pourtant en lumière la dangerosité de ces armes : "Les blessures oculaires par balles de golf, une activité récréative bien différente des manifestations publiques, sont rares mais bien connues des ophtalmologues pour leur sévérité , conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation. La raison en est bien connue également : ces balles mesurent 40mm de diamètre et lorsqu’elles arrivent sur le visage avec une grande force de propulsion s’encastrent dans l’orbite, toute l’énergie cinétique étant transmise au globe oculaire. Les balles de LBD mesurent également 40 mm de diamètre, leur énergie cinétique est considérable puisqu’elle est encore de 220 joules à 40 m, bien supérieure à celle d’une balle de golf."

"La police fait son travail, ça crève les yeux !"

Photo : https://lh3.googleusercontent.com/-iPB2KB-I8fo/XGPfvEBhZjI/AAAAAAAE2Dw/PlDV5El5OoMqPBcFsoS5V7nzzsjE6irXACJoC/w530-h707-n-rw/0_2.jpg

Depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes mi-novembre, on décompte plus de 13.000 tirs au LBD 40 enregistrés. Laurent Nuñez, le secrétaire d’État à l’Intérieur a déclaré la semaine dernière qu’il y avait 83 enquêtes en cours, et 2.200 manifestants qui ont été blessés. Comme le signale le courrier des ophtalmologistes, "ces contusions entrainent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique."

Avec la SFO (Société française d’ophtalmologie), les médecins signataires ont mis en place une cellule de veille pour recenser de façon la plus précise possible les blessures oculaires par LBD. Selon l’étude menée par les médecins, les lésions sont pour la plupart irréversibles.

À Besançon, ce samedi 9 mars, des centaines de personnes ont manifesté contre les tirs de LBD à l’appel d’un médecin neurochirurgien initiateur d’une pétition qui avait totalisé ce dimanche près de 170 000 signatures, demandant un moratoire sur ces armes, Laurent Thines.

La répression policière et judiciaire depuis le début du mouvement des Gilets Jaunes est sans précédent,même les chiffres donnés par le gouvernement le démontrent.Ce courrier, qui interpelle le président et dénonce la gravité des blessures et mutilations, montre que des secteurs de plus en plus larges de la société s’indignent de cette répression barbare. Cela montre qu’il faut continuer à s’organiser et se mobiliser contre la répression : c’est en effet cet esprit de lutte, aux cotés de toutes les victimes de la répression de la police, des Gilets Jaunes aux jeunes des quartiers populaires, qui avait le mis gouvernement à la défensive sur l’usage de LBD.

Voici ci-dessous la lettre complète des ophtalmologistes publiée par le Journal Du Dimanche :

La lettre des ophtalmologues

Paris le 6 février 2019
Monsieur le Président de la République,
Le nombre inédit de contusions oculaires graves par lanceurs de balles de défense conduisant à la perte de la vision a légitimement ému un grand nombre de citoyens et d’Associations, et nous concerne particulièrement en tant qu’ophtalmologues. Ces contusions entrainent des lésions souvent au-dessus de toute ressource thérapeutique.
Les blessures oculaires par balles de golf, une activité récréative bien différente des manifestations publiques, sont rares mais bien connues des ophtalmologues pour leur sévérité , conduisant dans la majorité des cas à la perte de la vision et dans un tiers des cas à l’énucléation. La raison en est bien connue également : ces balles mesurent 40mm de diamètre et lorsqu’elles arrivent sur le visage avec une grande force de propulsion s’encastrent dans l’orbite, toute l’énergie cinétique étant transmise au globe oculaire. Les balles de LBD mesurent également 40 mm de diamètre, leur énergie cinétique est considérable puisqu’elle est encore de 220 joules à 40 m, bien supérieure à celle d’une balle de golf.
Les blessures oculaires survenues ces dernières semaines ne sont pas dues au hasard ou à l’inexpérience. Le grand nombre de balles tirées avec une force cinétique conservée à longue distance et l’imprécision inhérente à cette arme devaient nécessairement entrainer un grand nombre de mutilations. Une telle "épidémie " de blessures oculaires gravissimes ne s’est jamais rencontrée. Nous, ophtalmologues dont la profession est de prévenir et guérir les pathologies oculaires demandons instamment un moratoire dans l’utilisation de ces armes invalidantes au cours des actions de maintien de l’ordre. Notre démarche est uniquement celle de médecins, purement humaniste, avec pour seul but d’éviter d’autres mutilations.
Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Pr Alain Gaudric, Université Paris Diderot
Pr Bahram Bodaghi, Sorbonne Université
Pr José-Alain Sahel, Sorbonne Université
Pr Karine Angioï-Duprez , Université de Lorraine
Pr Isabelle Audo, Sorbonne Université
Pr Carl Arndt, Université de Reims
Pr Stéphanie Baillif, Université de Nice-Côte d’Azur
Pr Francine Behar-Cohen, Université Paris Descartes
Pr Jean-Paul Berrod, Université de Lorraine
Pr Vincent Borderie, Sorbonne Université
Pr Jean-Louis Bourges, Université Paris Descartes
Pr Nathalie Cassoux, Université Paris Descartes
Pr Béatrice Cochener, Université de Bretagne-Ouest
Pr Isabelle Cochereau, Université Paris Diderot
Pr Catherine Creuzot-Garcher, Université de Bourgogne
Pr Vincent Daïen, Université de Montpellier
Pr Bernard Delbosc, Université de Franche-Comté
Pr Marie Noëlle Delyfer, Université de Bordeaux
Dr Marie-Hélène Errera, Sorbonne Université
Pr David Gaucher, Université de Strasbourg
Pr Jean-François Korobelnik, Université de Bordeaux
Pr Jean-Marc Legeais, Université Paris Descartes
Pr Marc Muraine, Université de Rouen-Normandie
Dr Isabelle Meunier, Université de Montpellier
Dr Sadek Mohand-Said, Sorbonne Université
Pr Michel Paques, Sorbonne Université
Pr Pierre-Jean Pisella, Université de Tours
Pr Jean-Claude Quintyn, Université de Caen
Pr Claude Speeg-Schatz, Université de Strasbourg
Pr Ramin Tadayoni, Université Paris Diderot
Pr Valérie Touitou, Sorbonne Université
Pr Max Villain, Université de Montpellier
Pr Michel Weber, Université de Nantes
Deux praticiens ont récemment approuvé la lettre
Dr Aude Couturier, Université Paris Diderot
Pr Frédéric Moriaux, Université de Rennes 1




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