^

Notre classe

Paris-15. Répression dans le secteur public

La Poste. Jour de colère contre la répression. Pas de sanction pour Eric !

Ce n'était pas le premier, et vu l'attitude de la direction il y a fort à parier qu'il y en aura d'autres. Ce mercredi était jour de conseil de discipline à La Poste. Eric, délégué CGT du bureau du 15e, passait pour avoir soi-disant insulté son chef de cabine, un petit cadre connu pour le harcèlement moral qu'il pratique sur les collègues. Mais, en réalité, ce n'était pas seulement un travailleur, un militant, qui était réprimé. A travers lui, c'est à toute l'expérience des 51 jours de grève menés sur le bureau en 2014, et à tout le collectif combatif qui s'est créé à ce moment là, que la direction cherchait à s'attaquer. Et sans légèreté : elle réclamait 6 mois de mise à pied !

jeudi 23 juillet 2015

Correspondant

« Militant de tout les combats » sur le bureau

Ce sont les mots de Sebastien Baroux, délégué SUD PTT et collègue de Eric, des mots qui traduisent bien le sentiment de tous les postiers du quinzième. Chargé, avec plusieurs autres représentants de la grève, des négociations lors de la bagarre de l’an passé, Eric est aussi connu pour sa disponibilité au quotidien envers tous ses collègues. Un dévouement qui lui a valu une forte mobilisation ce matin, les postiers de Paris 15 étant présents en nombre d’abord devant leur bureau, puis devant le siège de la direction, rue des Renaudes dans le 17e arrondissement. L’arrivée de Eric, un peu avant 9h, y a été saluée très chaudement, dans un moment de grande émotion, entre les « tous ensemble » et les « on lâche rien ».

Acharnement répressif contre un foyer de résistance en plein Paris

Comme le soulignait le représentant de l’Union régionale CGT au début du rassemblement, la nouvelle direction du bureau de Paris 15 a dû pousser le bouchon très loin pour réussir à provoquer un collègue comme Eric. Non contente de monter de toutes pièces un dossier d’accusation, en lui prêtant des mots qu’il n’a pas eu, elle s’est permise de charger le collègue de deux blâmes supplémentaires dans les jours précédant le conseil de discipline. Motif : quelques minutes de retard, alors que tout le monde, et particulièrement l’encadrement sans cesse occupé à augmenter la charge de travail qui pèse sur les postiers, connait parfaitement les problèmes de santé que rencontre le délégué CGT. Tout cet acharnement indigne a pourtant un sens, que Eric lui-même soulignait à sa sortie du conseil en fin de matinée : il s’agit de broyer un foyer de résistance, et d’avancer dans la remise en question du protocole de fin de conflit arraché il y a un peu plus d’un an. Un protocole au sein duquel la direction avait été obligée de reconnaître le rapport de force construit par la grève, en maintenant le régime de travail et une limitation sur le nombre de recommandés à distribuer par jour et par facteur. Il y a quelques semaines déjà, une série d’actions largement suivies avait forcé la nouvelle directrice à modérer ses ardeurs.

Mobilisation réussie en plein mois de juillet

Ce n’est pas par hasard que la direction avait convoqué ce conseil de discipline un 22 juillet. Il s’agissait de faire le pari que le moindre effectif des postiers sur le bureau, et la démobilisation estivale plus en général, permettrait de faire passer en catimini une sanction honteuse, et d’installer ainsi un rapport de force favorable aux attaques qui se préparent pour la rentrée. Le premier constat qui ressort de cette journée de mobilisation est que ce pari s’est avéré un échec, avec au contraire une affluence importante aux deux temps forts qui avaient été prévus. Dès 6h30, rue de Bourseul dans le 15e, pas moins de 75 personnes étaient rassemblées pour un piquet, le préavis déposé par SUD et la CGT ayant été très suivi. Aux côtés des collègues de Eric, on comptait parmi les soutiens des représentants fédéraux des deux syndicats, une délégation de salariés du centre financier qui jouxte le bureau, un groupe d’étudiants de différents syndicats Solidaires Etudiant-e-s, ou encore des collègues de La Poste des Hauts de Seine, qui ont eux aussi été au cœur d’une longue grève l’an passé.

Après le verdict : continuer le combat contre la répression

Deux heures plus tard rue des Renaudes, c’est près de 200 personnes qui se sont rassemblées sous les fenêtres de la direction. Parmi les prises de parole, le responsable de l’Union départementale CGT a souligné la continuité qui s’exprime dans la politique du gouvernement, les restrictions de liberté et la répression à La Poste faisant échos à la situation plus générale. Ici, on interdit les prises de parole syndicale sur le temps de pause, et l’on s’en prend aux syndicalistes comme Eric, ou comme Yann, un collègue du 92 qui a été révoqué pour fait de grève, une première depuis le début des années 1950. Là, les manifestations de solidarité avec le peuple palestinien sont interdites, de mêmes que celles qui avaient suivi l’assassinat de Rémi Fraisse, tandis que la loi sur le renseignement légalise toutes les pratiques de surveillance et de fichage des militantes et militants.

La multiplication des cas de répression, qui marque la volonté de faire baisser la tête à celles et ceux qui luttent, nécessite une riposte dont les contours ont commencé à être dessinés, cette année, par la mise en place d’un collectif unitaire national qui a mené plusieurs actions. La dernière en date, le « bal des réprimés » qui s’est tenu le 13 juillet dernier, avait été une franche réussite. Mais il est clair que c’est la construction du rapport de force, collectif et de terrain, qui sera déterminante pour imposer aux chefs petits et grands, ainsi qu’au gouvernement, de reculer, et pour imposer notre droit à la résistance. En ce sens, la mobilisation des postiers du quinzième, collègues de Eric venus en nombre ce matin exprimer leur colère et leur solidarité, constitue la voie à suivre. C’est elle qui a poussé la direction à reculer, et à ne proposer finalement qu’un mois de mise à pied (plus deux avec sursis) pour le délégué CGT. Une sanction qui reste inacceptable et qui n’appelle qu’une seule conclusion : le combat continue.




Mots-clés

La Poste   /    Répression   /    Notre classe