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Offensive anti-grève

La loi anti-grève visant les aiguilleurs du ciel entre en vigueur : luttons pour son abrogation !

Ce vendredi, la réforme visant à restreindre le droit de grève des contrôleurs aériens est rentrée en application. Après la forte mobilisation du secteur contre la réforme des retraites, et alors que les JO approchent, le gouvernement s’est donné pour objectif d’empêcher toute nouvelle paralysie des aéroports. Une offensive qui vise à désarmer toute contestation dans un secteur stratégique.

Lisa Mage

29 décembre 2023

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La loi anti-grève visant les aiguilleurs du ciel entre en vigueur : luttons pour son abrogation !

Crédit Photo : Petr Kratochvil - Public Domain Pictures

La nouvelle loi encadrant le droit de grève des aiguilleurs du ciel a été publiée au bulletin officiel ce vendredi. Cette dernière prévoit notamment l’obligation pour les contrôleurs aériens de se déclarer grévistes individuellement, au plus tard à midi deux jours auparavant. Une offensive de taille contre le droit de grève puisque jusqu’alors, c’étaient les syndicats qui devaient déposer un préavis de grève 5 jours avant, afin de prévoir l’organisation d’un « service minimum » mais sans obligation individuelle de se déclarer gréviste.

Arguant que le fait de ne pas disposer de chiffres fiables provoque parfois l’annulation de plus de vol que nécessaire, le sénat, par la voix de Vincent Capo-Canellas, a proposé cette modification du code général de la fonction publique dans une loi déposée le 1er mai dernier. Une disposition visant spécifiquement un secteur stratégique, qui s’est illustré par sa capacité de blocage durant la lutte contre la réforme des retraites. À l’image du 11 février 2023, où la grève non prévue des contrôleurs aériens avait causé l’annulation d’un vol sur deux au départ et à l’arrivée de Paris-Orly. Au total, en 2023, les grèves de contrôleurs aériens auraient causé l’annulation de 4 000 vols et le retard de 24 000 autres vols, affectant le trafic aérien non seulement en France, mais à l’échelle européenne voire même mondiale.

Il aura fallu plusieurs mois pour parvenir à l’adoption de cette loi à l’Assemblée nationale, en raison de la forte opposition des travailleurs du secteur, poussant l’intersyndicale UNSA-ICNA, USAC-CGT et CFDT aviation civile à appeler à une grève le 20 novembre dernier, lors de laquelle 25 % des vols au départ de Toulouse-Blagnac et de Paris-Orly avaient été annulés. Une nouvelle mobilisation avait eu lieu le 18 décembre, où c’est respectivement 30 et 50 % des vols qui ont été annulés à Paris Orly et à Brest. 

La ratification de la loi, en dépit des mobilisations, s’inscrit dans la continuité des tractations menées par les directions syndicales du secteur avec le gouvernement. Derniers salariés du transport aérien à ne pas être concernés par l’obligation de se déclarer grévistes, les « aiguilleurs du ciel » sont en effet d’autant plus dans le viseur qu’approchent les Jeux Olympiques. Le SNCTA, syndicat majoritaire des contrôleurs aériens a tout de suite apporté son soutien au texte arguant que « l’instrumentalisation du droit de grève et son usage déraisonné ou inconciliable par plusieurs autres organisations syndicales ont conduit, année après année, à une dégradation de l’image de la profession », tandis qu’a été dévoilé ce jeudi le contenu des accords passés en septembre entre la DGAC (Direction Générale de l’Aviation civile) et les deux syndicats majoritaires du secteur. En échange d’une augmentation des primes – qui s’échelonne, au maximum, de +4,68% pour les contrôleurs aériens, entre +4,5% et +1,5% pour les ingénieurs et techniciens, en fonction de leur qualification, et… rien du tout pour les autres échelons – les directions syndicales ont fait la promesse de ne pas faire grève au sujet de l’inflation entre septembre 2023 et septembre 2024, et de ne faire grève sous aucun motif pendant les JO.

Main dans la main avec le gouvernement, les principaux syndicats viennent ainsi entériner la restriction, et même l’interdiction temporaire du droit de grève pour les contrôleurs aériens, et légitimer toute répression future. Une attaque d’ampleur contre le droit de grève, dans la continuité des réformes prises à la RATP et à la SNCF, qui ont elles aussi imposé aux grévistes de se déclarer individuellement et plusieurs jours avant sous prétexte de « réduire les perturbations pour les passagers ». En réalité, il s’agit de désarmer des secteurs stratégiques, dont la capacité de blocage est une véritable épine dans le pied du gouvernement lorsqu’ils se mobilisent contre ses réformes anti-sociales.

Des offensives contre le droit de grève et, plus généralement, contre les droits des travailleuses et travailleurs, face auxquelles les directions syndicales devraient mobiliser et organiser la lutte, plutôt que d’accompagner le mouvement en promettant au gouvernement de ne pas perturber les sacro-saints Jeux Olympiques. D’autant plus que les attaques contre le monde du travail sont loin d’être terminées. Cette nouvelle réforme, qui vise à domestiquer ces travailleurs qui ne veulent pas se soumettre aux continuelles attaques anti-sociales et répressives de la macronie, vient ainsi nous rappeler la nécessité de construire un front large ouvrier et estudiantin contre ces dernières.


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