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La révolution à l'ordre du jour

« La perspective communiste n’a jamais été aussi actuelle et réaliste » Daniela Cobet au meeting de RP

Le 6 mars, Daniela Cobet, membre de la direction de RP, est revenue sur l'actualité de la révolution face aux tendances militaristes, et l'enjeu de défendre le communisme comme projet de société. Retrouvez son intervention.

Daniela Cobet

8 mars

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« La perspective communiste n'a jamais été aussi actuelle et réaliste » Daniela Cobet au meeting de RP

« Remettre la révolution à l’ordre du jour ». Si vous êtes si nombreux à avoir répondu présents à l’appel d’un meeting avec ce titre, c’est qu’à priori vous êtes convaincus que le monde dans lequel on vit ne va pas du tout.

Le retour de la perspective de la guerre

Au tableau déjà sombre de crises économiques répétées, d’une crise climatique qui menace l’existence même de la planète et de la montée de forces réactionnaires un peu partout dans le monde, vient s’ajouter ces derniers temps une perspective que l’on croyait éloignée depuis des décennies : celle de la guerre.

Tout d’abord parce que nous assistons à Gaza à un véritable génocide, face auquel nous ne crierons jamais assez : Palestine vivra, Palestine vaincra ! Mais aussi car depuis deux ans l’invasion russe en Ukraine a ramené la guerre au cœur de l’Europe et montre à chaque jour qu’il ne s’agit pas d’un conflit comme les autres, mais qu’il marque au contraire l’ouverture d’une nouvelle étape. Une étape dans laquelle, avec l’affaiblissement des Etats-Unis en tant que « gendarme du monde », les conflits armés locaux ou régionaux devraient se multiplier, entraînant des conséquences de plus en plus graves.

C’est pourquoi lorsque Macron persiste et signe sur sa tirade sur l’envoi des troupes en Ukraine, il ne faut pas voir seulement de l’irresponsabilité. Pas plus qu’il ne faut se rassurer trop vite des distances prises par ses homologues européens. Si vous avez besoin de vous en convaincre, de l’autre côté de la Manche, le ministre britannique de la Défense, à priori quelqu’un qui s’y connaît un peu sur le sujet, a déclaré récemment que nous ne vivions plus « dans un monde d’après-guerre », mais « dans un monde d’avant-guerre ».

Ce type de déclaration fait écho à d’autres moments de l’histoire. Au tout début du XXème siècle, face à l’arrivée de la première guerre mondiale, Lénine, le révolutionnaire russe dont nous commémorons cette année le centenaire de la mort, expliquait qu’une nouvelle époque du capitalisme s’ouvrait, caractérisée par la récurrence de crises, guerres et révolutions. Plus d’un siècle plus tard, cette perspective historique se réactualise aujourd’hui.

Nous ne sommes pourtant pas encore aux portes d’une 3ème guerre mondiale mais il est important de comprendre que l’impérialisme porte en lui le germe de la guerre. Si la période de la globalisation avait permis depuis les années 1970 une certaine respiration, cela touche aujourd’hui ses limites. Et face à ce retour du spectre de la guerre, les solutions à la ONU nous semblent largement insuffisantes.

Le chemin vers la guerre n’est pas inéluctable

Mais ce chemin vers la guerre n’est pas non plus inéluctable. Il trouve un obstacle tenace dans la conscience des jeunes générations, qu’on appelle parfois « la génération Z », largement représentée dans cette salle. Les mêmes qui n’ont pas manqué de rappeler ces dernières années aux capitalistes leur responsabilité dans la destruction de la planète et donc de leur avenir, qui se sont massivement solidarisés avec le peuple palestinien de Londres à New York, ces mêmes jeunes ne semblent pas être aujourd’hui enchantés à l’idée de partir au front au nom des soi-disant « intérêts de la patrie ».

Il s’agit d’une donnée qui préoccupe les spécialistes des questions militaires à l’heure où le monde est en train de se préparer à nouveau à la guerre. Ainsi, deux spécialistes de l’Institut Naval Américain tentent de se rassurer en disant que « les jeunes soldats et les recrues potentielles ne savent pas ce qu’est la compétition entre grandes puissances. La génération Z peut se battre et le fera. Mais elle doit d’abord comprendre pourquoi. »

Nous ce qu’on veut c’est précisément l’inverse, que ces jeunes générations comprennent que la lutte entre puissances impérialistes n’est pas la leur et que la seule cause pour laquelle il vaut vraiment la peine qu’elles se battent est celle d’une révolution qui en finisse avec toute forme d’exploitation et d’oppression et avec la destruction de l’environnement !
La question de la guerre ne concerne cependant pas que les jeunes, loin de là. Dans une interview récente, un ex-ministre des affaires étrangères défendait l’idée de l’entrée de la France dans une « économie de guerre » en précisant qu’il s’agit de nous faire travailler plus pour produire plus, notamment plus d’armements, pour alimenter leur machine meurtrière. Et vous savez ce qu’il cite comme obstacle à cet objectif ? Le mouvement contre la réforme des retraites ! Voilà un résumé de leur économie de guerre : plus d’exploitation et moins de droits et de libertés pour les travailleurs et la jeunesse.

Mais il faut concéder que sur un point cet ancien ministre a raison : le meilleur obstacle à la course vers la guerre, c’est la lutte de classes, c’est l’union entre les travailleurs et la jeunesse contre le capitalisme ! Car une chose est sûre : quand les bourgeois ont peur de la révolution ils réfléchissent deux fois avant d’aller faire la guerre, d’autant plus quand cela implique d’armer une partie importante de la population.

L’actualité de la révolution

Mais il est vrai aussi que si on revient à la formule de Lénine sur l’époque impérialiste, nous avons eu récemment à faire davantage aux crises et aux guerres, qu’aux révolutions. Et les « intellectuels » au service de l’ordre dominant voudraient que cela ne change pas. Quand ils s’en prennent à Lénine, 100 après sa mort, en le dépeignant en dictateur sanguinaire, c’est l’idée même de la révolution qu’ils visent. Ils voudraient que plus jamais personne ne croie, comme l’ont cru les bolcheviques en 1917, que la victoire était possible, que les exploités et les opprimés pouvaient tout renverser. Et aujourd’hui, alors qu’il n’a jamais été aussi urgent de tout renverser, on ne peut que se réjouir de constater par l’affluence à ce meeting qu’ils n’ont pas vraiment réussi à effacer l’idée de la révolution.

Mais Lénine n’est pas juste un symbole de la révolution, sa pensée est l’incarnation d’une boussole stratégique qui a fait ses preuves dans l’histoire et qui a encore des choses à nous apprendre aujourd’hui. Face à la grande épreuve de la guerre de 1914, par exemple, ce qui a fait sa singularité, avec d’autres révolutionnaires a d’abord été son opposition intransigeante à la guerre impérialiste. Pour cela Lénine avançait l’idée, très actuelle, que face aux menaces de guerre entre puissances impérialistes, notre principal ennemi est bel et bien chez nous. Ce sont les Bernard Arnault, c’est les Bolloré, c’est les Blandinière, patron de InVivo qui essaye de licencier notre camarade Christian, et ce sont bien évidemment aussi les Macron et les Le Pen.

Ce qui veut dire aujourd’hui, par exemple dans le cadre des prochaines élections européennes, ne pas tomber dans le piège des discours souverainistes comme le fait une partie de la gauche. Dans un monde et dans une Europe dirigée par les capitalistes, quelle que soit leur nationalité, les travailleurs ne seront jamais souverains.
Leur souveraineté ne peut qu’être une souveraineté de classe, et elle ne se fera certainement pas avec la famille Peugeot, pas plus qu’avec avec Serge Dassault, mais avec les prolétaires de tous les pays car comme dit un chant d’Amérique Latine : « la clase obrera es una y sin fronteras ! »

Lukacs, philosophe et militant hongrois, soutient dans l’excellent petit livre publié récemment par les éditions Communard.e.s que la force de Lénine a été aussi d’avoir toujours considéré, malgré les hauts et les bas de la lutte de classes, que la révolution était une perspective profondément actuelle. Que c’était leur affaire, et que le cours de l’histoire pouvait être modifié par les travailleurs et les travailleuses, à condition de s’y préparer sérieusement. C’est avec cette boussole qu’il va forger patiemment, y compris dans les périodes de pire réaction, le parti et les militants capables de diriger l’assaut du ciel opéré par les masses russes en octobre 1917.

Cependant il est évident aujourd’hui que le XXème siècle est passé par là et a laissé des traces. Pour l’illustrer je vous dirais que malgré les nombreuses réactions positives à ce meeting sur les réseaux, nous n’avons tout de même pas échappé aux remarques du style « allez au goulag » et autres références au stalinisme.

Le fait que la première révolution ouvrière et socialiste victorieuse soit restée isolée, puis ait dégénéré dans un régime bureaucratique a été pendant longtemps l’argument central de tous les défenseurs du capitalisme comme seul horizon possible. Cela a longtemps servi à invalider l’idée même de la révolution, en faisant croire que tout processus de ce type était condamné d’avance à déboucher sur des régimes dits totalitaires.

L’enjeu d’actualiser la perspective communiste

C’est pourquoi, même si nous assistons depuis quelques années à un regain de la lutte de classes, il devient de plus en plus central de réhabiliter le projet d’une société communiste qui a très peu à voir avec ce qu’on appelait le « socialisme réel ». Car en absence de projet émancipateur, d’un imaginaire communiste, nous serons malheureusement condamnés à reproduire sans cesse le schéma où la colère des classes populaires finit par être capitalisée sur le terrain politique par des forces d’extrême-droite.

Ou encore, si demain le rapport de forces change, à nous retrouver sous de nouveaux gouvernements dits « de gauche » mais qui à l’instar des expériences de Front Populaire dans les années 1930, jouent le rôle de contenir la colère, au prix de quelques concessions, pour qu’elle ne déborde pas du cadre du système capitaliste.

Pourtant les coordonnées actuelles permettent non seulement d’actualiser la perspective de la révolution, mais aussi celle du communisme. Je voudrais essayer de le démontrer avec trois idées, que loin d’être une idéologie dépassée par les transformations du dernier siècle, la perspective communiste n’a jamais été aussi actuelle et réaliste. Ces trois idées, se correspondent avec trois piliers importants d’une société communiste future : la réduction massive du temps de travail, la démocratie ouvrière et la planification de l’économie.
D’une part, le développement de l’industrie, de la robotique, de l’intelligence artificielle, s’il est mis au service du bien commun et non des profits, permettrait aujourd’hui déjà la suppression complète du chômage et une réduction massive du temps de travail, à un niveau qui n’a rien de comparable avec celui de la Russie semi-féodale de 1917. Tout le reste du temps libre pourrait ainsi être utilisé pour d’autres activités, sociales, sportives, culturelles, artistiques... Car il y en a marre de perdre notre vie à la gagner !

D’autre part, Internet et les nouvelles technologies de communication, qui ont déjà montré leur utilité pour l’organisation de certaines mobilisations, pourraient être mises au service de formes de démocratie directe, inspirée par les conseils ou soviets qui étaient la base du pouvoir révolutionnaire pendant les premières années de la révolution russe. Un système où chaque travailleur peut participer aux décisions qui concernent la marche de la société tout entière.

Enfin, les procédés développés par des grandes multinationales pour gérer d’immenses flux logistiques et commerciaux, mis au service d’une logique non marchande, permettrait aussi une planification démocratique et plus efficace de l’économie, tenant compte des contraintes environnementales mais aussi des besoins et des préférences des citoyens. Si aujourd’hui Google ou Amazon recueillent nos données pour nous cibler avec leurs publicités, demain ces ressources pourraient être mis au service d’une planification rationnelle et démocratique de l’économie, presque en temps réel, qui permette l’accès à une grande variété de biens et services, très loin de l’image de la planification bureaucratique en URSS.

Car non, contrairement au mythe libéral, le communisme ce n’est pas la suppression de l’individualité de chacun, mais la possibilité de déployer pleinement son individualité, en harmonie avec la nature et avec la collectivité !

En même temps, comme disait Marx, le communisme ce n’est pas seulement la société future pour laquelle on se bat, c’est aussi le mouvement réel qui abolit le capitalisme. Et pour que ce mouvement aboutisse, nous sommes convaincus, avec Lénine, qu’il doit s’incarner dans une force politique, dans un parti, pas dans le sens des partis traditionnels, mais dans le sens d’un collectif de militants et militantes partageant un projet émancipateur et une stratégie, et déterminés à peser de tout leur poids pour offrir un avenir à l’humanité autre que celui de nouvelles boucheries mondiales.

Un parti qui considère que l’échec des premières expériences révolutionnaires n’invalide pas toute perspective d’émancipation et ne nous condamne pas à assister passifs à la destruction du monde par les capitalistes. Une organisation de militants conscients qui apprennent des défaites du passé et qui considèrent, un siècle après la mort de Lénine, que la révolution et la lutte pour le communisme sont une affaire actuelle, sont notre affaire. C’est à ce projet, celui d’un léninisme 2.0, qu’on vous invite à prendre part aux côtés de Révolution Permanente.


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