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Jeunesse

Le CROUS de Bordeaux interdit les distributions de colis alimentaires au Village 6 !

Depuis plus d’un mois, les étudiants du Village 6 de Gradignan se mobilisent pour lutter contre la précarité étudiante, par la dénonciation des conditions de vie des résidents et des difficultés quotidiennes au niveau psychologique, économique et social. Face à ce combat, des entraves sont mises en place par le CROUS de Bordeaux, qui cherche à empêcher l’auto-organisation des étudiants.

mardi 6 avril

Crédit photo : DAL

Au vu de la visibilité des actions mises en place par les étudiants pour lutter contre la précarité, que ce soit par les médias ou encore les premières revendications au sein de la résidence, le CROUS est sorti de son silence pour rencontrer le Comité de lutte du Village 6 et se prétendre à l’écoute de ses revendications.

Ainsi le Comité a eu un premier rendez-vous avec le président des Résidences universitaires du Campus Centre Pessac-Talence-Gradignan, Philippe Charriton, afin de pouvoir lui exposer toutes les problématiques que le Comité avait relevées auprès des étudiants.

Insalubrité, précarité : le CROUS gère la misère

Parmi les problèmes discutés lors du Comité mais également lors de la première Assemblée Générale qui avait eu lieu quelques semaines plus tôt, sont notamment ressortis les questions sanitaires, l’insalubrité du bâtiment, la mauvaise isolation (et donc l’humidité également), les cafards et punaises de lit, etc… Le Village 6 est effectivement des plus délabrés, le CROUS n’ayant pas investi pour les travaux nécessaires depuis de nombreuses années. Malgré les nombreuses problématiques, les seules réponses qu’a pu donner le CROUS en la personne de Philippe Charriton restent vagues, toujours pas de solutions concrètes. En ce qui concerne par exemple les portes qui ne ferment pas, les douches qui ne fonctionnent pas et tout autre problème technique, le CROUS renvoie directement à devoir remplir une fiche d’intervention qui constitue d’autant plus de démarches administratives auxquelles aucune suites ne sont jamais données, les agents techniques n’étant bien souvent jamais déplacés malgré les innombrables mails envoyés et les problèmes qui persistent.

D’autres exemples sont les coupures du courant ainsi que l’inutilité du chauffage dans les chambres. Selon le CROUS, la première problématique serait dûe à la surconsommation des électroménagers que les étudiants possèdent dans leur appartement (micro-ondes, four, frigo, chauffage personnel, etc.) qui sont des mobiliers nécessaires pour un minimum de confort mais aussi un besoin au vu de la taille des cuisines équipées seulement avec deux ou quatre plaques de cuisson pour une quarantaine de résidents par étage. De plus, on peut remarquer la fermeture des cuisines entre 23h30 et 6h30, ce qui empêche leur utilisation pour les résidents qui travaillent et qui auraient besoin de ce créneau pour pouvoir préparer leur repas. En ce qui concerne la deuxième problématique, un agent technique devrait être en capacité de se déplacer et prendre la température de la chambre pour ensuite régler les problèmes de chauffage avec la prestataire. Pendant ce temps, le CROUS propose une ouverture des fenêtres pour pouvoir aérer la chambre… Ces propositions confirment le manque de mobilisation du CROUS ainsi que l’ignorance des réels besoins et conditions de vie des étudiants au sein de la résidence, ce dernier n’apportant que des encouragements pour prendre des rendez-vous avec des assistantes sociales… ce qui se révèle totalement insuffisant.

Enfin, beaucoup d’étudiants ont pu remarquer l’entrée de personnes extérieures de la résidence, notamment des sans-abris cherchant seulement à laver leurs affaires et prendre quelques restes des distributions alimentaires que les résidents peuvent laisser en cuisine. Le CROUS envisage de contrôler systématiquement les entrées de la résidence pour ne laisser entrer personne, en commençant par le changement des portes automatiques (comme dans les autres des villages CROUS) et permettre efficacement de « dégager les intrus ». Une « réponse » qui, en plus de ne pas être une priorité, est répressive, car c’est tout ce que savent faire les institutions étatiques.

Aucune réponse n’a été apportée aux problèmes concrets des étudiants, sinon vaguement la préparation de grands travaux de rénovation de la résidence en 2022, laissant les étudiants vivre avec les cafards pendant encore plus d’un an - et sans plus de précisions.

Le CROUS interdit les distributions alimentaires et maintient la précarité !

En revanche, la principale préoccupation du CROUS était de s’informer sur la manière dont le Comité fait l’organisation les distributions alimentaires et d’en prendre le contrôle, n’autorisant pas qu’aient lieu des distributions autogérées et par conséquent que les étudiants par eux-mêmes pour répondre à la précarité.

Comme nous l’écrivions déjà dans un article du 18 mars, le CROUS a entravé la mise en place de la distribution en interdisant l’affichage libre du Comité dans la résidence :
« Plutôt que de donner les moyens aux étudiants de s’organiser, le CROUS cherche systématiquement à coopter les actions et initiatives indépendantes. Ce dernier a donc tenté de trouver un terrain d’entente en accordant au Comité le droit d’afficher avec son accord 48h à l’avance ». Nous dénonçons fermement cette décision du CROUS et revendiquons que « l’interdiction d’affichage dans le règlement intérieur doit immédiatement être abolie pour que les étudiants aient véritablement le droit de contrôle et d’organisation de leur propre lieu de vie ! ».

Alors qu’un second rendez-vous était prévu, le comité s’est à nouveau réuni, cette fois-ci avec des premiers désaccords qui ont émergé. Une partie du comité souhaitant dialoguer et travailler avec le CROUS, l’autre plus critique, ne voyant pas cette institution comme un allié pour les étudiants. Des étudiants du comité représentant les deux positions sont donc allées au rendez-vous.

Ainsi, une première exigence que nous portions était de pouvoir organiser librement les distributions alimentaires au Village 6 : nous avions distribué plus d’une centaine de colis en moins d’une heure, les besoins sont donc réels pour les étudiants précaires du Village 6. Mais la direction du CROUS, qui nous avait déjà interdit le libre affichage pour communiquer la distribution à tous les résidents, a cette fois-ci catégoriquement interdit la mise en place libre et pérenne de la distribution en bas de la résidence : ce qui dérange c’est surtout que les étudiants du Village 6 s’organisent par eux-mêmes pour concrétiser des liens de solidarité contre la précarité, pour animer et faire vivre la résidence.

L’autre partie du Comité, qui avait déjà accepté la première condition d’affichage, a également accepté de se voir interdire les distributions alimentaires au Village 6. Pour nous, peu importe ce que le CROUS nous interdit, nous devrions passer outre car c’est notre droit incontestable d’organiser librement la distribution à l’entrée de la résidence ; mais de son côté la Banque Alimentaire - où nous avions récupéré les colis pour la première distribution - a elle aussi refusé de continuer à nous approvisionner si nous n’étions pas en lien avec le CROUS, pratique qu’elle a déjà appliqué en interdisant son accès aux associations Les Maraudeurs et Onzième Thèse. Main dans la main, ces deux institutions entravent tout processus d’auto-organisation, et pour trouver un substitut aux distributions du Village 6 le Comité s’est engagé dans de nouvelles négociations pour obtenir des colis : directement redirigé vers la distribution que la Banque Alimentaire organise en collaboration avec le CROUS et la Fédération étudiante ATENA à la piscine universitaire - loin du Village 6 - le lundi de 16h30 à 19h alors que la plupart des étudiants sont encore en cours ou au travail à cette heure-ci.

Ces institutions présupposent que le CROUS recense déjà tous les besoins des étudiants précaires, qu’il est donc en capacité d’y répondre conséquemment ; pourtant nous avons recueilli plusieurs témoignages d’étudiants résidents au Village 6, souvent étrangers, qui nous confient survivre en sautant les repas, se contentant que du strict minimum pour finir le mois et payer son loyer. Si le CROUS a véritablement connaissance de cette situation, alors c’est encore pire : cela révèle le rôle des institutions de l’Etat qui gèrent la misère tout en se donnant l’image de la combattre. Les négociations avec la Banque Alimentaire et le CROUS n’auront mené à rien, seulement à ce que les étudiants précaires du Village 6 n’aient pas leur colis alimentaire qui aidait malgré tout à tenir la semaine.

A ceci, s’ajoute le fait que le CROUS refuse de mettre les salles communes à disponibilité des étudiants en bas de la résidence (elles n’ont, à ce jour, n’ont aucune utilité) afin de pouvoir stocker les colis alimentaires, du matériel, mais aussi en vue de créer un espace d’échange entre les membres du comité pour se réunir et discuter avec les résidents autour des problématiques du Village 6.

Le plus haut mépris des étudiants par la direction du CROUS a été atteint quand nous avons soumis au directeur la tenue d’Assemblées Générales démocratiques qui réuniraient tous les étudiants ainsi que le personnel CROUS de la résidence (femmes de ménage, agents de sécurité et direction) et les associations qui interviennent au Village 6 : tout un chacun ayant une voix égale à autrui. Face à cette proposition qui dépossède la direction de sa supériorité, elle a affirmé qu’elle ne discuterait qu’avec la partie du comité qui avait accepté l’ensemble de ses interdictions et contraintes jusque là, et non avec quelconque Assemblée démocratique. Il est regrettable qu’une partie du comité accepte cette proposition et se dise aujourd’hui légitime à représenter le village 6, ce qui n’est bien sûr pas le cas puisqu’elle n’est en réalité qu’une minorité du Village 6 qui n’a jamais été élue par quelque Assemblée Générale.

Face à cette situation et cette institution d’Etat, nous poursuivrons le travail d’auto-organisation et avancerons pour construire le rapport de force nécessaire afin d’imposer des mesures au CROUS qui est responsable de la précarité étudiante, de la précarité psychologique et alimentaire, et en particulier des conditions de vie des habitants du Village 6, ayant laissé la résidence se dégrader durant des années sans s’en préoccuper. Ca sera bien aux étudiants et au personnel du village 6 de s’organiser pour lutter contre la précarité qu’on leur impose, sans attendre les propositions conciliatrices et insuffisantes de la direction locale du CROUS qui ne cherche qu’à temporiser la situation et donc la laisser telle qu’elle est aujourd’hui.




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