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Monde

Algérie : Pouvoir assassin

Le militant Kamal Eddine Fekhar meurt d’une grève de la faim

Kamal Eddine Fekhar est décédé mardi 28 mai dans la matinée à l’hôpital Frantz Fanon de Blida, après l’aggravation de son état de santé suite à une grève de la faim de près de deux mois. L'ancien élu du Front des forces socialistes (FFS) et militant des droits de l’homme investi dans la cause mozabite était incarcéré depuis le 31 mars dernier à la prison de Ghardaïa. Il avait été arrêté et incarcéré sans jugement après avoir réalisé une vidéo où il dénonçait les pratiques ségrégationnistes de l'Etat algérien à l’encontre des mozabites. C'est pour protester contre son emprisonnement arbitraire qu'il avait entamé une grève de la faim. Son état de santé étant déjà fragilisé par de précédentes grèves de la faim entre 2015 et 2017, il n’a pas survécu à la dernière, victime d'un pouvoir assassin et corrompu.

jeudi 30 mai

C’est dans un contexte où le président par intérim et le chef de l’état-major Ahmed Gaîd Salah cherchent à réaffirmer leur autorité contre la mobilisation populaire d’une ampleur inédite, organisant des élections présidentielles bidons de la main gauche, matraquant et arrêtant les manifestants de la main droite, que le militant des droits de l’homme Kamal Eddine Fekhar est mort en prison. Il était devenu une des figures qui avait émergé lors des tragiques événements de Ghardaïa, lorsque des affrontements mortels avaient opposé les communautés mozabite et arabe. Le pouvoir avait alors alimenté et instrumentalisé les tensions entre les deux communautés afin de réduire au silence les revendications non seulement démocratiques mais aussi sociales du mouvement berbère, contre la dilapidation des terres au profit des multinationales et oligarques algériens. Il avait ainsi été emprisonné à plusieurs reprises dans le cadre de la répression du mouvement social, puis au terme des manifestations du 31 mars 2019 pendant la mobilisation contre le régime de Bouteflika, au motif « d’atteinte à l’intégrité de l’État ».

Alors que l’autoritarisme du régime va en s’accroissant ces dernières semaines, sa mort bouleverse profondément l’opinion. Ainsi des mobilisations spontanées ont essaimé dans toute l’Algérie, et même en France à Paris sur la Place de la République, où un rassemblement avait lieu mardi soir pour lui rendre hommage. Les revendications sur la reconnaissance de l’identité mozabite que défendait le militant ne sont en effet pas détachées des aspirations démocratiques exprimées par le mouvement populaire, au même titre que la reconnaissance des différentes langues et culture qui composent l’Algérie et qui sont régulièrement la cible de la répression d’Etat.

La répression et les arrestations arbitraires d’un régime autoritaire et corrompu mettent à l’ordre du jour la défense des droits démocratiques. Il est donc plus que nécessaire de s’organiser en conséquence pour faire face au régime et obtenir la libération de tous les prisonniers politiques tel Hadj Guermoul, en employant les moyens de notre camp social : la grève, les manifestations, et l’auto-organisation des travailleurs et de tous les secteurs populaires exploités et opprimés. Ce sont les seuls moyens à même d’en finir avec ce système, et d’aller vers la mise en place d’une assemblée constituante révolutionnaire chargée d’en finir avec les institutions d’un régime pourrissant, et de réaliser les aspirations sociales et démocratiques des masses populaires.




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