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Politique

Notre colère ne prend pas de vacances

Le réveillon de Noël des Gilets Jaunes : sur les ronds-points, auprès des plus démunis

Pas de trêve sociale pour les Gilets Jaunes. Dans de nombreuses régions du pays, ils ont passé le réveillon de Noël sur les ronds-points ou auprès des plus démunis, offrant de la nourriture et des cadeaux. Un élan de solidarité qui montre la profondeur des liens tissés et de la détermination née au cours de la mobilisation commencée le 17 novembre.

mardi 25 décembre 2018

Crédit photo : Pierre-Olivier Julien

A contre-pied de Macron, qui a fait le choix de passer son réveillon loin de la capitale et des caméras, les Gilets Jaunes étaient bien visibles le 24 et le 25 décembre. Du Nord au Var, de Pau à Senlis, ils sont nombreux à s’être retrouvés sur les ronds-points et dans les rues, pour passer un réveillon et une journée de Noël à l’image de la mobilisation des Gilets Jaunes : subversifs, solidaires, et déterminés.

Un pied de nez à la tradition qui veut que les fêtes de fin d’année soient un moment de communion familiale, de trêve sociale, pour beaucoup de solitude – et d’ultra-consommation. Un pied de nez aussi au président des riches et à son mépris envers « ceux qui ne sont rien », ces invisibles qui sont réapparus sur le devant de la scène, affublés de Gilets Jaunes, même le soir de Noël. « On est là pour être vus, aucun intérêt à aller se cacher derrière des roseaux » expliquent les Gilets Jaunes du Muy, dans le Var, dans un article du Monde.

« Macron a réussi une seule chose, nous unir » explique Hervé aux journalistes du Parisien venus à Senlis dans l’Oise le 24 décembre au soir, où s’est monté un campement avec brasero, cabanes et café chaud. Un homme, accompagné de ses deux enfants, renchérit : « Avant, je pensais qu’on était un pays d’égoïstes. Là, on relève enfin la tête et on se bat pour les plus démunis, pour nos enfants. »

Même discours à Somain dans le Nord, où les journalistes de Sud-Ouest ont recueilli le témoignage de Jean-Luc, retraité : « Moi, j’avais vraiment envie de faire Noël ici, avec mes camarades de combat, car entre nous est née une amitié sincère ». Sur ce rond-point, où de nombreux dons ont permis d’organiser un vrai repas de fête, le voyage au Tchad de Macron revient dans les discussions. « L’autre, il mange du caviar avec les soldats, il devrait venir voir son peuple, nous écouter  ! »

De son côté, Alexandre, travailleur de 38 ans, explique que « ce qui nous rassemble, c’est qu’on en a marre de galérer ». Même appréciation du côté de Thérèse, infirmière d’une soixantaine d’années : « J’espérais tant qu’un mouvement comme celui-là émerge. Ici, on s’entraide, on n’est pas dans la société individualiste ».

Du côté d’Antibes, la solidarité a permis aux Gilets Jaunes d’amasser plus de nourriture qu’il n’en faut. C’est pourquoi ils ont décidé de se rendre auprès des plus démunis, les sans-abris, pour leur offrir de quoi manger et se réchauffer.

Ce que ces nombreux repas et actions organisés ont démontré – à l’instar des réveillons du Nouvel an qui se préparent – c’est que la colère et la détermination des Gilets Jaunes sont loin d’être retombées. La lutte crée des liens qui bouleversent les traditions et l’individualisme, et invente de nouvelles façons de vivre et de faire la fête.

Le vent de révolte qui souffle n’est pas près de s’épuiser, et Macron pourrait voir ses vacances vite écourtée, car notre colère, elle, ne prend pas de congés.




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