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La lutte paie

Les grévistes d’EDF obtiennent 200€ pour tous : « une victoire historique » dans les centrales nucléaires

Après près de dix jours de grève dans les centrales nucléaires, la direction d’EDF a cédé face aux grévistes, obligée d’accepter des augmentations de 200€ minimum pour tous les salariés du groupe. Une victoire de la lutte qui en appelle d’autres.

lundi 24 octobre

Crédits photos : CGT CNPE Cattenom

« Victoire historique », « du jamais vu », « un grand soulagement » : tous les salariés sont unanimes, c’est sur une victoire que s’achève la grève dans les centrales nucléaires. Dans le sillage de la grève des raffineurs, de nombreuses centrales nucléaires s’étaient mise en grève pour des augmentations de salaires, depuis la fin du mois de septembre. Une grève qui s’est intensifiée petit à petit, jusqu’à atteindre 14 des 18 centrales nucléaires du territoire et 24 des 58 tranches, c’est-à-dire des réacteurs, affectés par des blocages d’arrêts ou des baisses de charge.
 

 
Si, sur de nombreux sites, des mouvements de grèves avaient déjà lieu depuis septembre, l’annonce des réquisitions dans les raffineries d’ExxonMobil et de Total ont accéléré le mouvement et sa généralisation, au point où le gouvernement s’est vite retrouvé acculé. « La peur du gouvernement c’était de voir des pénuries d’électricité pour cet hiver » explique Pierre Mertz, secrétaire général de la centrale de Cattenom (Moselle). « Presque la moitié des réacteurs était à l’arrêt jusqu’à la rentrée scolaire. Ne voyant pas les tranches redémarrer comme annoncé par EDF, il y a eu une vraie crainte de voir des blacks out pour cet hiver » continue-t-il. La grève a donc payé, avec des augmentations de salaire substantielles pour tous les salariés d’EDF.

Des augmentations de 200€ minimum pour tous les salariés

 
L’ensemble des mesures concerne surtout les salaires 2023. Suite à la grève, les accords de branche des IEG (Industries Electriques et Gazières, regroupant 158 entreprises), le salaire national de base (SNB) avait été revalorisé à 2,3% d’augmentation, quand le patronat voulait les limiter à 1,5%. Le SNB est la base de rémunération dans la branche, auquel est multiplié le Niveau de Rémunération (NR) et l’ancienneté. Il s’agissait donc d’une augmentation de 2,3% au niveau de la branche, avec un minimum de 80€, à laquelle il faut ajouter augmentations obtenues au niveau de l’entreprise grâce à la grève.

Au niveau d’EDF, les revalorisations ont été gagnée via des évolutions des « niveaux de rémunération » des agents. Tous les agents ont ainsi obtenu un niveau en plus (la différence de salaire entre deux niveaux est en moyenne de 2,3%). Pour tous les salaires inférieurs à 3300€, les salariés obtiendront un second niveau en plus, ainsi qu’une prime de 700€.
 
Si la direction a proposé un choix entre ce deuxième niveau de rémunération en plus et une prime Macron unique de 2600€, selon tous les syndicalistes que nous avons pu contacter, l’immense majorité des salariés devrait choisir les augmentations de niveau de rémunération plutôt que la prime proposée par la direction.
 
Au final, ces augmentations, pour les bas salaires, représentent 120€ d’augmentation minimum, à ajouter aux 80€ des accords de branche, soit un plancher d’augmentation de 200€ pour tous les agents. Pour un agent au salaire minimum de l’entreprise, qui tourne autour de 1570€, cela correspondra donc à une augmentation de 12,7%.
 

 

Une victoire des salariés d’EDF, une victoire pour tous les salariés

 
« On est passé par une telle période de disette salariale ces dernière années, et c’est pour cela que cet accord est notable. C’est du jamais vu depuis que je suis à EDF  » témoigne Pierre Mertz, dans la boîte depuis 22 ans. Au-delà d’EDF, il s’agit d’une victoire pour toute la classe ouvrière, qui obtient avec cette grève des augmentations de salaires importantes alors que l’inflation atteignait 6,2% par an en septembre selon l’indice des prix à la consommation harmonisé. « C’est par la force du nombre, par l’organisation, et par la pression mise sur les employeurs qu’on obtiendra des augmentations de salaire dignes. Le contexte est favorable pour qu’on ait ces augmentations » argumente Charles Carlhant, de la CGT de la centrale de Nogent-sur-Seine (Aube). « Avec le rapport de force qui a été mis en place, il y a eu très clairement une pression gouvernementale sur l’entreprise pour sortir de la crise. Les raffineries qui sont en grève, les centrales nucléaires qui sont en grève : ils avaient peur de l’embrasement » continue-t-il.
 
La grève des raffineries a montré que sans la grève il serait impossible de gagner des augmentations de salaires, et les salariés d’EDF viennent le démontrer à nouveau. Les électriciens espèrent d’ailleurs donner un exemple qui pourrait se généraliser : « Très clairement, c’est le bon moment pour aller ! C’est la force du nombre qui peut permettre des augmentations de salaires dans tous les secteurs » s’enthousiasme Charles Carlhant, qui voit dans la grève d’EDF un exemple à suivre dans toutes les entreprises.
 
Malgré des augmentations de salaires bien en dessous de l’inflation, la grève des raffineurs et des électriciens est aujourd’hui en train de faire sauter la digue des salaires qu’avaient tenté de bâtir le patronat français. Alors que, dans plus en plus d’entreprises, on voit des grèves fleurir pour obtenir des augmentations salariales, les salariés d’EDF viennent rappeler à tous les salariés une vérité simple : la lutte paie.
 



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