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Jeunesse

Interview

Macron sur Tiktok. Des lycéens lui répondent « Vaccination, oui ! Pass sanitaire, non ! »

Depuis plus d’une semaine, Macron veut s’adresser aux jeunes à travers des vidéos sur Tiktok et Instagram qui tentent de convaincre de sa politique sanitaire. Nous avons recueilli des témoignages de lycéens qui réagissent à ses propos.

lundi 9 août

Révolution Permanente : Sur les réseaux sociaux, Macron s’adresse aux jeunes pour les convaincre de se vacciner, sous-entendant en même temps que les jeunes sont responsables de la crise sanitaire parce qu’ils ne se vaccinent pas assez. En tant que lycéens, que lui répondez-vous ?

Méline, lycéenne en terminale  : « comme de nombreux jeunes j’ai pu voir passer sur les réseaux sociaux une vidéo de Macron ce lundi 2 août. A travers cette courte vidéo, initialement publiée sur TikTok, visionnée plus de 11.7 millions de fois, Emmanuel Macron nous invite, nous les jeunes, les lycéens, les étudiants, à lui poser des questions sur la vaccination à la manière d’une FAQ comme le font les influenceurs. Cette discussion proposée par le président a pour but de déjouer "[les] fausses informations, [les] fausses rumeurs, parfois n’importe quoi" comme il l’énonce ».

Méline fait référence à cette vidéo, publiée sur le compte TikTok de Macron :

@emmanuelmacron

♬ son original - Emmanuel Macron

Pour Marco qui continue le fil de la discussion, lycéen en terminale à Saint-Genès La Salle, « c’est faux, les jeunes ne sont pas les responsables de cette crise sanitaire, si certains jeunes ne se vaccinent pas, c’est qu’il ne peuvent pas et surtout il n’y a pas que des jeunes qui ne sont pas vaccinés ».

Jiro quant à lui, en troisième à Cheverus et en septembre lycéen à Magendie, imagine la réponse qu’il ferait à Macron s’il était en face de lui : « Je lui dis que c’est de sa faute si de nombreuses personnes sont sceptiques vis-à-vis du vaccin. Cela fait un an que le gouvernement tente de donner du sens à sa politique mais en vain ("le masque ne sert à rien", "finalement il est essentiel", "on ne se contamine pas à l’école mais les élèves non vaccinés pourraient être renvoyés chez eux", etc…). Pour ma part, je suis un traitement qui a fait que pour la première dose mon médecin a préféré me garder à l’hôpital pour 48 heures d’observation. Je me sentais bien après le vaccin jusqu’au soir où je n’ai pas pu dormir à cause des cris des bébés de l’hôpital. Finalement je ne me suis pas sentis mal à cause du vaccin mais suite à toute cette mauvaise gestion. J’appréhendais le vaccin, mais l’arrivée du passe sanitaire m’a fait sentir obligé ».

Méline, véhémente, reprend et conclut « ainsi après avoir été érigé.e.s, nous, les jeunes, à travers les médias comme responsables de la forte circulation du virus, comme coupables d’une inconscience et d’un égoïsme qui nous caractériseraient, nous sommes à présent mis.es au cœur et responsables du processus de circulation des fausses informations. Quel poids à porter pour les jeunes ! Certes, nous sommes nombreux à avoir des doutes sur la vaccination, mais ne sont-ils pas légitimes vu la gestion désastreuse de cette épidémie ? Nous naviguons de perte de confiance à désillusions vis-à-vis du gouvernement. Qui se permet sous l’étiquette de "dirigeants politiques" d’énoncer des fake-news sur les chaînes publiques ? Assemblée nationale, séance du mercredi 21 juillet 2021, Olivier Véran : "Bonne nouvelle : par définition, si tout le monde est vacciné, il n’y a plus de passe, parce que si tout le monde est vacciné, il n’y a plus de virus !" Fausses informations ? ».

« Jean Castex sur le plateau du journal de 13 heures de TF1, le 21 juillet 2021 déclarait "on a constaté que les personnes qui ont 2 doses, (…) les analyses faites sur ces personnes montrent qu’en réalité elles n’ont plus de chance d’attraper la maladie "… Fausses rumeurs ? », réagit ironiquement Méline.

Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education Nationale, était quant à lui invité sur le plateau de Franceinfo le 28 juillet 2021 : "c’est le message que nous passons depuis le début. Quand vous êtes vacciné, vous ne risquez pas de contaminer les autres"... « C’est n’importe quoi ! » affirme Méline.

RP : Dans ses vidéos à destination de la jeunesse, Macron tente de justifier le passe sanitaire. En tant que jeunes et lycéens, que pensez-vous du passe sanitaire ?

Marco : « je trouve que c’est une mesure beaucoup trop extrême, on enlève des libertés à des gens, le passe sanitaire est une bonne idée à la base pour savoir qui est vacciné, une bonne idée si c’était une mesure strictement sanitaire pour lutter contre le Covid et qu’il y ait les investissements conséquents qui suivent… mais enlever des libertés aux gens qu’il n’ont pas leur vaccin, je trouve ça moche ».

Dans le même ton, Jiro prend clairement position : « Je suis contre le passe sanitaire qui est une décision autoritaire du gouvernement. Mais je suis convaincu de l’efficacité du vaccin. Le vaccin ne me stresse pas plus que ça mais je comprends à 100% ceux qui ne préfèrent pas se faire vacciner. Macron tente de nous faire culpabiliser. Je ne supporterais pas de voir un de mes camarades devoir rentrer chez lui parce qu’il n’est pas vacciné ».

Méline réaffirme elle aussi sa position « pro-vaccin », ce qui ne l’empêche pas de dénoncer le passe sanitaire dans le même temps : « Je suis convaincue de l’efficacité du vaccin sur cette épidémie et nous sommes nombreux à vouloir nous faire vacciner ou à l’être déjà. Pour ma part, vivant dans un milieu rural isolé, j’ai rencontré de nombreuses difficultés pour prendre rendez-vous et je n’aurais mon passe sanitaire que début octobre, un mois après la reprise des cours… Mais l’efficacité du vaccin sur cette épidémie ne justifie pas selon moi les mesures autoritaires et répressives employées par le gouvernement. Nous sommes contre le passe sanitaire vecteur d’inégalités, renforçant l’exclusion des plus précaires déjà opérée sous la politique de Macron. En plus de la menace que pose ce passe sur le monde du travail, il est susceptible de s’étendre à présent dans le milieu éducatif puisque les élèves non-vacciné.e.s seront renvoyé.e.s chez eux en cas de cas contact dans une classe, pendant que les élèves vacciné.e.s pourront suivre les cours. Il est évident que ces élèves renvoyé.e.s à leur domicile ne bénéficieront pas de cours en distanciel, ils devront tout simplement rattraper les cours en tant qu’élève absent.e. »

RP : Comment la crise sanitaire a été gérée dans les lycées cette année ?

Méline  : « Nous sommes témoins et victimes comme toujours de la politique du gouvernement qui ne fait qu’augmenter les inégalités sociales. Nous avons subi les conséquences de la mise en place de Parcoursup, véritable machine à sélectionner du gouvernement, qui présente les études supérieures à travers le prisme de la sélection sociale et qui laisse cette année 91 178 candidats sans perspective d’avenir. Nous avons subi les politiques de casse des services publics qui ne font qu’aggraver la précarité des jeunes, des travailleurs et des quartiers populaires. E. Macron se garde bien de faire un bilan de la manière dont la crise sanitaire a été gérée dans les lycées. Dans mon établissement, à l’image de tous les autres, malgré les demi-jauges, les gestes barrières n’étaient pas forcément applicables, nous traversions ou devions attendre dans des couloirs bondés d’élèves. Le nombre de cas Covid au lycée, annoncés par la direction, ne correspondait pas à ce que nous même nous pouvions recenser. De plus, pour ma part les cours ont été dispensés en demi-jauge tout le long de l’année, sans travail les jours où nous étions en distanciel, nous n’avons vu que la moitié de nos programmes. Alors que dans certains lycées, une organisation différente a permis un suivi beaucoup plus complet. Nous nous retrouvons donc devant des épreuves nationales qui ne prennent pas en compte les inégalités des enseignements dispensés. Ces inégalités pourraient se poursuivre à présent entre vacciné.e.s et non-vacciné.e.s sans que les problèmes d’accès aux vaccins suivant les milieux sociaux ne soient pris en compte. Notre cher président préfère donc, au lieu de préparer notre prochaine année scolaire, procéder à une stratégie séductive auprès des jeunes, notamment en participant à des vidéos divertissantes avec les youtubeurs Mcfly et Carlito ou en publiant des vidéos sur TikTok. »

Marco et Méline finissent également par critiquer la gestion de la crise sanitaire par l’Etat français dans les territoires hors métropole.

Marco : « déjà le gouvernement avait mal géré toutes ses politiques avant la crise sanitaire, alors là avec cette crise c’est abusé, je suis pas très renseigné sur le sujet mais je trouve ça fou qu’il n’y ait pas assez de vaccin en Martinique, en Guadeloupe, alors qu’en métropole on en a assez (j’imagine) pour vacciner une grande partie de la population dans les « DOM/TOM » ».

Méline  : « Nous ne pouvons que regretter que ce problème s’étende également en Martinique et en Guadeloupe, qui s’enfoncent de plus en plus dans la crise sanitaire, subissant le mépris de la France envers eux. Le retard dans la vaccination des populations des territoires d’Outre-mer s’explique par le retard et le manque de doses au démarrage de la campagne vaccinale. Ainsi, Monsieur Macron, nous portons un regard attentif sur la manière dont vous occupez vos responsabilités, vous et votre gouvernement, nous sommes témoins du désastre dont vous êtes responsables. Votre gestion catastrophique de la crise sanitaire, vos mesures antisociales, votre mépris pour les plus précaires, nous l’avons payé et cela ne peut plus continuer ».




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