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Politique

Edito

Macron va-t-il finir par céder ?

Alors que l’acte 20 des Gilets Jaunes vient de s’achever légèrement en baisse par rapport à la semaine dernière, le gouvernement essaye de jouer la carte du maintien de l’ordre assuré, et d’un mouvement impopulaire qui ne rassemble plus. Cependant, derrière cet écran de fumée du gouvernement, pour garder la face après une 20ème mobilisation des gilets jaunes, Emmanuel Macron est mis sous pression de tous les côtés dans cette période de crise sociale, entre début de campagne chaotique pour les européennes, Grand Débat qui n’en finit plus et économie au ralenti.

dimanche 31 mars

Un Emmanuel Macron proche du « burn-out » comme le révèle très récemment le Parisien, dans une série de petites phrases de proches du Président. « Il est sous l’eau », « heureusement qu’il est maquillé, sinon on verrait à quel point il est crevé », combien de temps va-t-il réussir encore à tenir ? Mystère et boule de gomme !

Macron seul au monde pour s’en sortir

L’expression dit que « les rats quittent le navire toujours les premiers » : c’est un peu ce qu’est en train de vivre le gouvernement de celui qui se voulait être le Jupiter de la politique, avec des départs à répétition depuis deux semaines. Tous ses plus fidèles collaborateurs de la première heure sont en train de déserter un gouvernement empêtré dans une des crises sociales les plus importantes de la 5ème République.

Tout d’abord l’ex-conseiller politique du Président de la République, Stéphane Séjourné, a quitté l’Elysée pour devenir candidat et directeur de campagne du groupe « Renaissance ». Lui qui était un des fidèles de la première heure, a été suivi très rapidement le 25 Mars avec le départ officiel des deux autres conseillers de l’Elysée, Ismaël Emilien et David Amiel. C’est dans ce contexte que LREM a présenté sa liste de candidats aux prochaines élections européennes.

Comme si ce n’était pas assez, Benjamin Griveaux, porte-parole du Gouvernement a annoncé son départ en pleine tempête pour se consacrer à sa candidature en 2020 à la Mairie de Paris, ou plutôt à sa candidature pour devenir le candidat LREM aux prochaines élections municipales à Paris. Car il n’est pas le seul, et est en concurrence avec Mounir Mahjoubi, devenu ex-ministre du numérique, qui a également annoncé son départ avec le même objectif. On se demande bien comment un porte-parole du gouvernement peut quitter son poste de manière aussi précipitée, pour tenter de n’être que candidat LREM aux municipales. Il se murmure déjà qu’il sera le candidat officiel de LREM pour la Mairie de Paris, mais qu’il ne souhaite pas être associé plus longtemps aux enjeux de cette crise sociale, afin de ne pas sortir trop entaché pour la campagne. Il avait déjà créé l’indignation dès novembre dernier, qualifiant les gilets jaunes « de gars qui fument des clopes et roulent au diesel ». Les Gilets Jaunes lui avaient ainsi fait payer les frais de toutes ses petites phrases, lorsque pendant l’Acte 8 à Paris, des manifestants avaient enfoncé la porte de son ministère avec un chariot élévateur, alors qu’il était en pleine interview.

Et ne parlons pas d’Édouard Philippe, qui se fait discret depuis le début de cette crise, apparaissant avec parcimonie. Cette distance creuse de plus en plus le fossé entre Matignon et l’Élysée. Tandis qu’on dit de lui qu’il sera bientôt viré, une fois la séquence des européennes passées, Macron cherche surtout à lui trouver un remplaçant, alors qu’aucune figure à la mesure du portefeuille n’a réussi à émerger dans le paysage médiatico-politique jusque-là.

Macron est donc seul au monde. Des sources proches du Président racontent même qu’il reçoit des SMS et des CV de candidats directement sur son portable, faute de conseillers à l’Élysée pour gérer les candidatures. L’image de Jupiter a complètement disparu, pour être remplacée par celle d’un secrétaire d’agence de recrutement. Lui qui avait déjà dû se résoudre à jouer à ce que les éditorialistes qualifiaient alors de « jeu des chaises musicales » lors du remaniement de rentrée pour trouver des remplaçants suite aux départs de Hulot, Flessel et Collomb, il se retrouve aujourd’hui dans la même situation, tant le banc de touche est vide.

Offensive à droite contre Macron

Les sondages sont toujours à prendre avec des pincettes, mais ils révèlent une tendance à la stagnation pour Emmanuel Macron, qui n’arrive plus à profiter de l’élan de sympathie à droite dont il bénéficiait au démarrage du Grand Débat. Bernard Sananez, rédacteur en chef de Elabe, révèle que dans les derniers sondages, ce sont les Républicains qui progressent. Car face à cet électorat qui souhaite un rapide retour au calme, le président est attaqué sur sa mauvaise gestion du maintien de l’ordre lors des débordements de l’Acte XVIII, pendant qu’il servait du vin rouge à Brigitte Macron, au ski à la Mongie au même moment. En effet, Bernard Sananez rappelle que « les électeurs de droite sont intransigeants sur les questions régaliennes et notamment du maintien de l’ordre », ce qui explique pourquoi ils sont de moins en moins nombreux à droite à faire confiance à Macron pour sortir le pays de la crise sociale et politique exprimée par le mouvement des Gilets Jaunes, tandis qu’ils craignent encore pour la mi-avril de nouveaux temps forts de mobilisation à la faveur des annonces du Président.

Après avoir multiplié les sorties et les marathons pour le Grand Débat afin de ravir l’électorat de droite, Macron est en train de perdre le capital électoral qu’il avait réussi à conquérir jusque-là sur ce terrain. Et ce n’est pas la dernière interview de Nicolas Sarkozy, qui apparaissait jusqu’à présent comme un soutien du Président de la République, qui va l’aider à sortir la tête de l’eau, expliquant que « ça finira mal » pour Emmanuel Macron.

Un Grand Débat plus que jamais en sursis

C’était la grande stratégie du Président pour résoudre la crise, ou plutôt pour essayer d’en finir avec le mouvement des Gilets Jaunes, mais force est de constater qu’avec une vingtième semaine de mobilisation et un nombre constant de participants depuis plusieurs semaines maintenant - à quelques milliers près -, la stratégie de Macron n’aura pas vraiment payé. Il avait réussi son pari à moitié en apparaissant plus fort dans les sondages, mais à force de vouloir abuser des bonnes enquêtes d’opinion dont il pouvait profiter, il reçoit aujourd’hui de plus en plus de critiques. Dans les deux camps, on se rejoint pour dire que cela devient interminable, et que le Président doit désormais en finir avec le Grand Débat pour passer aux propositions. Du côté des Gilets Jaunes, on maintient la pression jusqu’au bout, car le Grand Débat n’a jamais été considéré comme autre chose qu’un « Grand Blabla », un enfumage pour éviter de répondre à leurs revendications sur le pouvoir d’achat, la fiscalité ou encore contre l’autoritarisme et les méthodes anti-démocratiques du chef de l’État. De l’autre côté, la bourgeoisie conteste les mesures trop centristes du Président, et craint également que certaines mesures d’apaisement social, en plus d’être mal annoncées, ne suffisent pas à arrêter le mouvement. C’était en fait déjà le cas pour les soi-disant 10 milliards que le gouvernement annonçait avoir donné aux Gilets Jaunes, alors qu’ils n’étaient en réalité que des annulations de hausses de taxes sur la consommation, et un regroupement des augmentations de la prime d’activité prévue déjà sur 3 ans. On craint donc à droite que le Président ne puisse trouver de solution forte pour arrêter le mouvement.

De plus, la « détresse » économique des commerçants commence à se voir de plus en plus. Et même si la colère est dirigée en premier lieu – et à tort – contre les Gilets Jaunes qui défendent l’avenir de tous, l’absence de réaction du Président est vivement critiquée - ce qui a obligé Bruno Lemaire à faire le tour des chambres de commerce pour éteindre l’incendie. Même si les fonds d’aide lancés par le gouvernement apparaissent comme une mesure d’urgence, les commerçants parlent eux de 25 à 50% de perte de chiffre d’affaire dans les centre-villes, occupés chaque samedi par les manifestations. Si les directions syndicales se targuaient de détenir le monopole du blocage de l’économie, les Gilets Jaunes ont démontré au moyen de leur détermination qu’ils sont en mesure de peser sur l’économie sans l’aide de ces dernières, et même sans préavis de grève. Même si les blocages et les manifestations ne valent pas les grandes grèves de millions de travailleurs, l’impact du mouvement sur l’économie n’est pas négligeable. Le ministère de Bruno Lemaire parle ainsi de milliards d’euros déjà perdus par les patrons. Voila donc une donnée qui est toujours centrale dans la lutte des classes et les mouvements sociaux, à savoir le portefeuille des patrons, qui finit par faire redescendre le gouvernement de son nuage.

Des Gilets Jaunes qui parasitent le lancement de campagne LREM

Le gouvernement n’aurait pas misé un euro sur la persistance des manifestations durant la période électorale. Pourtant le mouvement est encré et indéboulonnable. Et même s’il ne s’amplifie pas significativement depuis fin décembre, de mémoire de spécialiste des mouvements sociaux, on ne connait aucun mouvement qui gonfle numériquement semaines après semaines. C’est donc loin d’être un recul, mais plutôt un marqueur important de la solidité et de la détermination de ce mouvement à résister contre vents et marées, ou plutôt contre lacrymos et LBD. Ni les interdictions de manifester, ni la hausse des amendes, ni les 800 condamnations à de la prison ferme depuis le début du mouvement, ni les yeux éborgnés, ni les mains arrachées, ni les milliers de blessés, n’auront freiné les Gilets jaunes à continuer la mobilisation. Pourtant, bien des mouvements se sont arrêtés après des répressions moins importantes que celle vécue par les Gilets jaunes depuis le début.

Cette détermination des Gilets Jaunes court-circuite totalement la campagne de LREM. Tout d’abord car cette campagne est lancée à la dernière minute sans réelle stratégie, comme l’a signifié l’intervention de Nathalie Loiseau faisant semblant d’annoncer face à Le Pen être candidate sans le vouloir. La présentation de la liste des candidats a ainsi été chaotique cette semaine, à l’image cette tribune qui s’effondre sous les pieds des candidats pour la photo de groupe. Et ne parlons pas de chaque patronyme écorché par le directeur de campagne Stéphane Séjourné, qui semble découvrir les noms en les lisant.

Les débuts chaotiques de cette campagne se poursuivent avec cet Acte XX, qui a complètement éclipsé le meeting de lancement aujourd’hui de la liste « Renaissance » dont les éditorialistes parlent comme d’un début « poussif ». Les chaines d’info en continu ont préféré montrer les images des manifestations plutôt que celle du meeting, sûrement pour ne pas perdre des téléspectateurs.

Des réponses pour quand ?

C’est donc sur fond de crise politique et de crise sociale qu’Emmanuel Macron va devoir trouver des solutions plus rapidement qu’il l’aurait souhaité. Pour l’heure, le gouvernement ne semble pas revenir en arrière sur l’ISF, ni augmenter les minimas sociaux ou baisser le prix de l’énergie comme le demandent les Gilets Jaunes. En revanche, il évoque la possibilité de ré-indexer certaines retraites sur l’inflation, mais uniquement pour les plus faibles et non pour toutes. Enfin, pour contourner la demande de mise en place du RIC, le gouvernement pourrait mettre en place un référendum durant les élections européennes.

La présentation des résultats du Grand Débat est annoncée par Emmanuelle Wargon pour le 8 avril prochain, mais sans réelles propositions, si ce n’est quelques pistes pour tenir les électeurs en haleine avant l’allocution officielle du Président probablement prévue vers la mi-avril. D’ici là, la mobilisation va se poursuivre sans trop de surprise tout le mois d’avril, malgré les quelques annonces que pourrait faire le gouvernement. Une chose est néanmoins sûre : une fois de plus Emmanuel Macron va devoir reculer face aux Gilets Jaunes, qui appellent encore à un 13 avril massif pour fêter les cinq mois du mouvement. Alors que la carte du Grand Débat est épuisée, et que la tentative pour mettre fin à la mobilisation par la répression s’avère être un échec, comme en témoignent les manifestations qui se poursuivent bel et bien dans tout le pays malgré les interdictions et le déploiement du dispositif sécuritaire, c’est bien sur le terrain politique et surtout celui des propositions concrètes que Macron sera attendu au tournant.




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