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Mantes-la-Jolie : Marche de solidarité avec les lycéens

Ce mercredi 12 décembre, dans les rues de Mantes-la-Jolie, s’est déployée, à l’initiative du Collectif de défense des jeunes du Mantois, une marche de solidarité avec les lycéens, remplie d’émotion, de colère.

mercredi 12 décembre 2018

Une volonté de dénoncer et combattre la discrimination et les tortures

Les traitements inhumains infligés par la police aux lycéens de Mantes-La-Jolie ont soulevé l’indignation dans toute la France. Des élèves parqués « comme des prisonniers de guerre » face au mur, à genoux, mains sur la nuque ou même « ligotées avec des rilsans », et tenus en respect pendant près de 3 heures par des flics injurieux et armés de flash-balls. Cette scène terriblement choquante a frappé les esprits. Elle a été rejouée dans plusieurs manifestations et notamment place Saint-Michel à Paris lors du « mardi noir » organisé par les lycéens et les étudiants.
Sur place, elle a été vécue, par des lycéens humiliés et maltraités comme de véritables « tortures » (c’est le terme qu’utilisent les avocats) et a plongé dans l’angoisse leurs familles et leurs amis restés, pour certains, jusqu’à 24 heures sans nouvelles. C’est à la suite de cette féroce répression que s’est créé le Collectif de Défense des Jeunes du Mantois. Il s’est donné pour mission de dénoncer ces violences et de se battre en soutien des 151 élèves interpellés et conduits dans différents commissariats à la suite de ce que l’on pourrait qualifier de « rafle ».

Les autorités arguent de dégradations pour justifier les comportements de la police et les interpellations des 151 lycéens. Le collectif répond que « rien ne peut justifier une telle violence et une telle humiliation ». Il rappelle que ces enfants exprimaient une rage qui s’inscrit dans un contexte de mobilisations sociales, et en l’occurrence lycéennes.

Mais si les manifestations de colère s’expriment dans toute la France les membres du collectif estiment que les réponses apportées par les autorités varient en fonction des populations et des territoires. Sur les 700 interpellations recensées, 20 % se sont déroulées à Mantes-la-Jolie... C’est à leurs yeux « un traitement d’exception réservé aux habitants des quartiers populaires ».

Voilà pourquoi, le collectif, se constitue partie civile devant les tribunaux, et appelait ce mercredi 12 décembre à « une rencontre publique contre la répression ». Il exige « la libération immédiate de tous les lycéens encore en garde à vue » ainsi que « l’abandon de toutes les charges qui pèsent contre eux. »

Une brutalité digne des plus sombres pages de la répression

« Violences policières, parents en colère ». C’est avec ce slogan qu’ont répondu présents non seulement les parents, frères, sœurs et familles des lycéen.ne-s, mais aussi des enseignants à titre individuel ou syndical, de la FSU de SUD Education ou de la CGT Educ. Des cheminots de Mantes étaient également là pour exprimer « respect et considération ». La marche s’est déployée de la dalle du Val fourré au lieu où les lycéens avaient été parqués.

Les témoignages se sont succédé, plus émouvants et révoltants les uns que les autres, justifiant amplement le terme de « tortures ».

C’est d’abord cette mère qui raconte que son mari travaille de nuit chez Renault et qu’il a dû partir travailler, en larmes, sans savoir ce qu’il était advenu de son fils. C’est ce père arrivant à peine à parler tant il est ému et qui raconte qu’après avoir été pendant plusieurs heures sans nouvelles de sa fille, il a été appelé en pleine nuit par le commissariat de Trappes, situé à plusieurs dizaines de kilomètres et inaccessible sans véhicule, pour aller rechercher sa fille qui « avait eu le malheur de se trouver là au mauvais moment ». Les mots lui manquent quand il raconte qu’on lui a dit qu’il n’avait qu’à prendre un taxi s’il voulait récupérer sa fille et éviter qu’elle dorme dans un foyer. C’est encore ce père qui a dit à son jeune fils que son frère était parti dormir chez un copain pour lui éviter l’angoisse de ne rien savoir de sa disparition. C’est cette mère qui s’en veut à mort d’avoir insisté pour que sa fille aille à l’école ce jour-là : « Si je ne l’avais pas forcée elle ne serait pas parmi les interpellés. Je m’excuse de l’avoir envoyée ».

Mais, où on touche à l’horreur, c’est quand on entend les témoignages des lycéens eux-mêmes. Ils racontent comment ils ont été mis à même le sol dans la boue, à genoux sur des cailloux pendant plusieurs heures. Si l’un bougeait on le menaçait avec un flash-ball et on lui remettait la tête dans la boue. L’un d’entre eux s’est fait déchirer sa convention de stage, le policier lui disant en ricanant qu’il n’en aurait plus besoin. Certains flics se sont amusés à faire des selfies tout en insultant les élèves et en leur disant, « vous êtes de la merde ». Pendant ce temps-là, des drones tournaient au-dessus de leurs têtes.

Certains ont tenté de s’enfuir et se sont réfugiés dans un resto du cœur. Malgré la réticence de la responsable à les laisser entrer, les policiers ont fini par s’imposer en assurant qu’il n’y aurait pas de violences. Grâce à cette ruse, ils ont fait sortir les lycéens les uns après les autres, mains sur la tête.

Dans les véhicules et les commissariats la situation est devenue encore pire. Avec des insultes du genre « ce n’est même pas pour des revendications, c’est simplement à cause de ces bougnoules et de ces noirs ». Des claques et des coups. A 15 dans une cellule pour 5, « comme si on était des animaux »… Le maintien en garde à vue sans dire pourquoi. Le refus de prévenir les parents.

Dans le camp du pouvoir, l’heure n’est pas à la clémence

Nul doute qu’il va falloir un combat déterminé et solidaire pour que le collectif obtienne une réponse positive à ses exigences. Le discours de Macron débutant par un rappel de sa détermination à maintenir l’ordre et à réprimer les fauteurs de trouble, l’absence complète de la moindre prise en compte des revendications des lycéens et des étudiants augurent mal du sort qui risque d’être réservé aux jeunes de Mantes-la-Jolie

…. A moins que l’acte V qui risque de se jouer dans la rue, sur les barrages, mais aussi dans les boîtes, dans les facs et dans les lycées, ne le ramène lui et ses forces de répression, à plus de mesure.




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