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Lycées mobilisés

Marseille. Après la grève du 18 octobre, les lycéen.nes continuent la mobilisation

Depuis mardi et le jour de grève interprofessionnelle, les lycéens de Marseille se mobilisent chaque jour en bloquant leur lycée. Une mobilisation sous le signe de la lutte contre la sélection, contre la réforme des lycées professionnels, mais qui dénonce aussi le climat réactionnaire et islamophobe au sein de l’éducation nationale.

Meriem Ben M’Hidi

22 octobre 2022

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« Macron t’es foutu la jeunesse est dans la rue » s’écrient une centaine de lycéens au milieu des fumigènes orange. Devant le lycée Saint-Charles complètement bloqué par des conteneurs poubelles qui s’entassent devant la grille, se regroupe en plus des élèves de Saint-Charles plusieurs lycéeens qui n’ont pas reussi à faire un blocus sur leur établissement, empêché soit par la direction soit la police. Arthur* un élève du lycée Thiers témoigne à notre micro : « Le COVID a empiré nos situations, beaucoup d’élèves tombent en dépression et on pourrait pourtant améliorer notre environnement scolaire, mais l’État a choisi les réformes, celles du Bac et Parcoursup ».

Ce mardi 18 octobre 2022, ce sont plusieurs lycées qui sont bloqués à Marseille, Saint-Charles, Montgrand, Marseileveyre et d’autres. Depuis la mobilisation ne s’est pas arrêtée. Toute la semaine, les blocus ont été reconduits avec plus ou moins de réussite selon les endroits et le niveau de répression interne, mais une chose est claire : les lycéens répondent massivement à l’appel à la grève nationale. Au centre des revendications le rejet des réformes de l’éducation qui augmentent la sélection et notamment la réforme du lycée professionnel, mais aussi le manque de profs, d’infrastructures, et de moyens, qui touchent en premier lieu les lycées des quartiers populaires.

En effet la situation dans l’éducation nationale se dégrade progressivement depuis des années et s’est encore accrue suite aux réformes successives menées par l’ancien ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer. Ces attaques ont entrainé la précarisation du métier de professeur, mais aussi des personnels travaillant dans les établissements avec le recours massif à la contractualisation. Une situation qui fait écho à l’actualité de ce début d’année avec un manque de prof important dans l’éducation et une pénurie de remplaçants.

Toutes ces questions les lycéens marseillais les portent depuis le début de la semaine au sein de leur blocus. Mais au centre de leurs revendications demeure la sélection notamment avec la demande d’abrogation de Parcoursup et de la réforme du Bac, deux réformes qui ont accentué les inégalités d’accès aux formations de l’enseignement supérieur en fonction du lycée.

La nouvelle réforme de l’enseignement professionnel inquiète aussi les élèves. Cette dernière a pour but d’adapter l’enseignement professionnel pour qu’il puisse fournir une main d’œuvre pas cher pour le patronat. Avec un processus de sélection dès la troisième voire la quatrième, les élèves seront le plus souvent contraints de choisir un métier dès l’âge de 13 ou 14 ans. Aussi, plutôt que de prévoir des enseignements généraux, le gouvernement souhaite augmenter la durée des stages d’au moins 50 %, afin d’adapter complètement cet enseignement aux besoins du monde du travail, le tout pour un salaire de misère.

Mais si la colère gronde sur les différentes réformes, l’ambiance islamophobe qui règne au sein de l’éducation nationale est aussi un des axes centraux de la mobilisation des lycéens. Au lycée Victor Hugo notamment, comme Shaïma* nous l’explique : « Nous sommes là d’abord pour manifester contre la réforme du bac, contre l’islamophobie et parce qu’on nous enlève nos droits en tant que lycéen ». Une situation bien connue au sein de l’établissement, que nous avions révélé l’année dernière suite au renvoi de trois AED qui avaient dénoncés des faits de racisme.

Malgré le changement d’administration, les lycéennes disent continuer à subir des discriminations, avec des refus d’entrée au sein de l’établissement sur la base de tenues vestimentaires jugées non conformes : des pantalons larges, ou des robes trop longues. Ces critères d’entrée sont seulement appliqués aux jeunes filles portant le foulard à l’extérieur de l’établissement, comme nous l’expliquent les lycéennes. Une situation constatée au lycée Victor Hugo, mais également visible dans de nombreux autres établissements.

Dans la continuité de nombreuses polémiques comme celle sur les « crop-top » puis sur les tenus dits « islamiques » à l’école, il règne une véritable atmosphère patriarcale au sein de l’éducation nationale ciblant en premier lieux les lycéennes. Ce climat est la conséquence de l’offensive entamée depuis plusieurs années par l’ancien ministre de l’éducation Blanquer, et poursuivie aujourd’hui par Pap Ndiaye.

Offensive réactionnaire sous couvert de laïcité, manque de moyens, réformes successives accentuant la sélection et la hiérarchisation des niveaux et des enseignements, pour toutes ces raisons les lycéen.nes se sont massivement mobilisé.e.s depuis mardi 18 à Marseille. Cette mobilisation sur des revendications politiques a permis de mettre en avant la lutte contre les oppressions islamophobes et sexistes au sein de l’éducation. Un mouvement qui témoigne d’une jeunesse politisée sur des questions foncièrement politiques : à savoir l’injustice sociale qu’ils et elles subissent du fait des différents processus de sélection, mais aussi l’écologie, et la lutte contre un système raciste et profondément patriarcal qui se manifeste au sein même des établissements.

* Les prénoms ont été modifiés.


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