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Politique

Limites de la « gauche » du PS

Meeting de Hamon à Toulouse, que faut-il retenir ?

XdeF Pour son dernier grand meeting avant le premier tour des primaires à gauche, Benoît Hamon a choisi hier le Centre de Congrès Pierre Baudis à Toulouse qui a réuni près de 1000 personnes dont un certain nombre de jeunes. Organisé notamment par les jeunesses socialistes (MJS) de Toulouse, le meeting s'est terminé sur musique et autres chauffeurs de salle appelant à faire “plus de bruit pour Benoit". Si l’ambiance était plutôt réchauffée, au-delà des effets de mise en scène, comment Hamon a tenté de s’adresser au peuple de gauche pour le convaincre que « la gauche a des choses à [nous] dire » dans un contexte où les candidats du PS sont tous exclus du second tour dans les sondages et les intentions de vote… J. Anchaing

samedi 21 janvier 2017

Alors que le candidat à la Primaire du PS a connu une progression certaine dans les sondages récemment, et que son programme a polarisé le dernier débat avec ses concurrents direct, Benoit Hamont a choisi Toulouse pour prendre un bain de foule avant le premier tour de la qualification ce weekend. Un « choix symbolique » pour celui qui se veut marcher dans les pas de la figure de Jean Jaurès, rien que ça ! Pendant son meeting, le chauffeur de salle nous informe, l’air réjoui, que « nous sommes deux fois plus nombreux à Toulouse qu’à Paris », faisant référence au meeting de Valls se tenant le soir même dans la capitale et qui a été plus que difficile pour l’ancien premier ministre qui a décidément du mal à faire campagne tant il paie son impopularité. Surfant sur cette dynamique, Benoit Hamon aura profité de son meeting pour tenter une fois de plus d’apparaître comme la « gauche de l’avenir » et dont l’objectif est de redorer le blason du PS.

Économie solidaire et écologie : les deux hameçons de Hamon

Si Hamon peut apparaître pour une partie du peuple de gauche comme une possibilité de candidature progressiste, c’est notamment pour sa mesure phare du revenu universel d’existence, ou encore ses propositions pour aller vers une transition écologiste. Ainsi il a distingué l’écologie comme le principal fer de lance de sa campagne en voulant démontrer qu’ « être socialiste c’est forcément être écologiste » et a plaidé pour une conversion écologique de l’économie. « Mon bras ne tremblera pas » a-t-il clamé plusieurs fois, évoquant par notamment la possibilité d’interdire tous les produits ne respectant pas les normes écologiques.

L’autre axe central de son discours a été la mise en avant de l’économie solidaire face aux grosses entreprises du CAC40. “J’ai cru pendant très longtemps en des politiques de relance, aujourd’hui j’ai compris que nous ne devions plus croire en la croissance mais en un système cyclique”. Ce qu’Hamon nous vend ici, c’est son ancien rôle de haut fonctionnaire à l’Économie Sociale et Solidaire, qui a été aussi revendiqué par les intervenants qu’il avait choisi pour l’introduire : fonder une économie qui se veut non lucrative mais tournée vers le partage de ce qui est produit entre les salariés (sur le modèle des SCOP par exemple) et dans le respect des normes écologiques. A aucun moment de son discours Hamon n’avance de pistes concrètes pour empêcher les monopoles ou grosses entreprises d’écraser les plus petites, et jamais il ne remet en cause les rapports de production capitaliste tels qu’ils existent et prédominent aujourd’hui.

Loin des discours radicaux que l’on pourrait attendre d’un candidat qui se veut progressiste et socialiste Hamon souhaite faire de l’Etat un acteur régulateur, dont le but est de devenir à travers la collectivité locale un “partenaire” public pour l’initiative privée et localisée comme celle des SCOP. Avancer la création de richesses “cycliques” par le soutien de l’initiative locale et -finalement- marginalisée face au reste du système de production capitaliste semble incarner la faiblesse de conviction de ce discours, qui se refuse tout le long à comprendre que le mode de production capitaliste est inéluctablement non écologique. C’est l’aveu de faiblesse général du PS qui n’en a pas fini de vouloir renouveler le capitalisme en essayant timidement d’y intégrer ses limites.

Hamon va-t-il réussir à redorer le blason du Parti Socialiste ?

Hamon est un candidat PS dont l’objectif est de redorer l’image du parti au sein de l’opinion de gauche. Pourtant, le candidat ne saurait remettre totalement en question le bilan du quinquennat et tout au long il se refuse à se prononcer de manière catégorique sur le bilan de François Hollande. En nous vendant un nouveau quinquennat qui regarde “vers l’avenir”, Hamon a aussi tenu à rappeler qu’une partie de l’appareil du PS reste présent derrière lui. Son meeting commence par un remerciement à tous les notables locaux du parti, présents pour soutenir sa candidature : des frondeurs très discrets comme la députée du Tarn, Linda Gourjade, ou les grandes pontes locales comme l’ancien maire de Toulouse Pierre Cohen. Rappelons que la fronde est minoritaire au sein des cadres du parti : en cas d’investiture, son programme sera soutenu (et donc modifié) par un PS qui a pour ligne majoritaire actuelle celle du gouvernement Hollande et de l’ancien Premier Ministre Manuel Valls

Au même titre que de nombreuses questions sur laquelle il manque cruellement de radicalité (sachant que nous n’en sommes pour le moment qu’à sa candidature à la primaire à gauche, voyons dans 3 mois où en sera son programme “progressiste”), son programme social reste très faible pour faire face au problème du chômage de masse, des licenciements et de la précarité, que le seul revenu universel, s’il était appliqué, ne saurait endiguer. De même lorsque celui-ci remet en question la figure de l’homme providentiel, pour tacler ses concurrents, il n’avance aucune critique de l’hyper-présidentialisation de la Vème République.

De fait, au-delà du discours, les propositions de Hamon se contentent de tirer sur la gauche l’appareil pourrissant du PS dans l’espoir de le sauver. Devant les beaux airs du “candidat le moins pire” du Parti Socialiste, les militants de gauche devraient ne jamais oublier qu’il y a de cela 6 mois ceux-ci criaient par millier dans les rues “nous ne voterons plus jamais PS !”.




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