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Politique

Lettre ouverte des permanents de la rue de Solférino : l'arroseur arrosé

Mépris, exploitation, souffrance au travail... Le PS est une entreprise comme les autres

Les permanents du siège du Parti Socialiste rue de Solférino expriment leur sentiment d'exploitation dans une lettre ouverte à leur direction. Il s'agit d'une première symptomatique pour un parti qui, non content de porter les intérêts du patronat, applique également toutes ses techniques d'exploitation managériale, et n'arrive plus à le cacher. La lutte des classes s'invite dans le Parti Socialiste... Léo Serge

lundi 25 avril 2016

La tradition du billet d’humeur du journaliste oscille toujours entreironie mordante et colère froide. Ici, devant cette nouvelle, on hésite entre la franche rigolade et la consternation. Pourtant il s’agit d’un conflit de travail, rien de drôle à priori. On connaît tous les techniques de harcèlement, d’humiliation et d’exploitation – rebaptisées management et gestion d’équipe - qui mènent parfois les travailleurs jusqu’à la dépression et au suicide. Ces techniques se sont universalisées et sévissent partout, dans le public comme dans le privé, de Brest à Brindisi, de Bogota à Kyoto. Mais on avait la naïveté de penser que les serviteurs plus ou moins volontaires de nos politiciens avaient des miettes d’avantages et de respect. On imaginait – bêtement – que les permanents du Parti socialiste étaient pour les dirigeants du Parti socialiste des « camarades » ou du moins des « collaborateurs proches ». On découvre en fait qu’il s’agit bien de « collaborateurs » c’est à dire de salariés comme les autres, avec les mêmes ambiances détestables et les mêmes pratiques de petits chefs néo-esclavagistes. Pourquoi le rire s’inviterait ? Parce qu’il s’agit d’un formidable retour à l’envoyeur, le boomerang de l’exploitation au travail revient jusqu’au siège du PS. Un PS dont les dirigeants prétendent incarner la modernité et le bien être au travail mais qui sont pris – par leurs propres troupes – dans un flagrant délit de harcèlement.

Car la CGT de Solférino, c’est à dire du siège du PS, a donc adressé une lettre ouverte très claires à Cambadélis, premier secrétaire. Révélée par l’Express on y trouve les mots suivants : « pression », « mépris », « mal-être ». Les permanents du Parti socialiste sont « en proie à une pression de plus en plus forte et à un mépris de plus en plus manifeste » et un peu plus loin on peut lire :« une partie croissante des salariés oscillent en fin de compte entre bore-out et burn-out ». Pour être précis, le syndicat dénonce un processus de décision « restreint à un petit noyau de personnes », « une culture grandissante de la rétention d’information et une mise en concurrence permanente des salariés et des services », mais aussi l’externalisation de missions « au profit d’une poignée de prestataires toujours plus omniprésents ».

La lettre de la CGT datait du 11 avril ; le 15 avril les représentants de la section ont été reçus par Cambadélis. On n’en sait pas plus. Parce que comme dans toutes les entreprises, la culture du secret et du contrôle de l’information propre au fonctionnement hiérarchique et anti-démocratique n’aura de cesse au sein d’un parti faible et complètement hypocrite, qui s’émiette de plus en plus. Un parti représentatif de la bourgeoisie, de ses méthodes mais aussi de ses contradictions toujours plus profondes et que nous devons exploiter. Chaque brèche est l’occasion de rappeler qu’au Parti socialiste, comme sur n’importe quel lieu de travail, la question du pouvoir doit être posée pour faire disparaître ces injustices, ces violences et ces souffrances quotidiennes.




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