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Mexique. La mer s’embrase, Pemex responsable !

Ce vendredi, la mer s’est embrasée dans le golfe du Mexique suite à la fuite d’un gazoduc sous-marin, propriété de l’entreprise Pemex. Privilégiant encore une fois ses profits, l’entreprise continue de nier sa responsabilité dans cette catastrophe environnementale.

lundi 5 juillet

Crédit photo : AFP

Un « œil de feu » au milieu du golfe du Mexique

Ce vendredi 2 juillet à 5h15, au large de la ville de Campeche, dans le Golfe du Mexique, la mer s’est littéralement embrasée à quelque centaines de mètres d’une plateforme pétrolière. Au cœur d’une des plus importante zone pétrolière offshore, se forme alors un gigantesque « œil de feu » qui fera bientôt le tour des réseaux sociaux tant l’image de cette mer en fusion, semblable à une éruption volcanique, est impressionnante. Cet accident est le résultat d’une fuite survenue sur un gazoduc sous-marin reliant la plateforme KU-C, propriété de l’entreprise d’Etat Pemex (Petróleos Mexicanos). Il faudra pas moins de 5h et trois navires pour maîtriser l’incendie.

La compagnie pétrolière publique Pemex a affirmé dans un communiqué paru l’après-midi, que la situation était désormais sous contrôle, et qu’il n’y avait eu aucun blessé ni évacué. Le monopole publique affirme également qu’elle mènera une enquête sur les causes de la catastrophe. Le directeur de l’agence mexicaine de la sécurité, de l’énergie et de l’environnement, Ángel Carrizales, précise dans un Tweet que « les faits n’ont généré aucune fuite ». Dès lors, une première interrogation se pose, s’il n’y a pas eu de fuite de gaz dans la mer, comment expliquer la présence de flammes à la surface ? Pemex commence déjà à gérer la catastrophe par le mensonge et nie ses responsabilités dans l’accident.

Les conséquences sur l’environnement

L’incendie a en effet des répercussions environnementales et immédiates graves puisque la quantité de gaz brûlé a rejeté une proportion importante de CO₂ dans l’atmosphère. De plus, la présence de gaz en grande quantité peut avoir des conséquences sur la composition chimique de l’eau, et de fait sur la respiration des espèces marines. A moyen et plus long termes, des risques sont à craindre pour la santé publique des populations du Yucatan qui seraient amenées à consommer du poisson pêché dans le Golfe du Mexique.

Si officiellement, Pemex affirme qu’il n’y a pas eu de rejets d’hydrocarbures, rien n’indique qu’elle en est à son coup d’essai, lorsqu’il s’agit de se dérober face aux désastres environnementaux et humains qu’elle provoque.

Pemex, derrière la pollution : la corruption

La Petróleos Mexicanos est en effet célèbre pour être l’une des entreprises les plus polluantes au monde. Dans un classement établi par le journal The Guardians en 2019, Pemex avait l’honneur de figurer parmi le peloton des 10 entreprises exploitant des énergies fossiles les plus polluantes, au côté des autres BP, Exxon Mobile, ou encore Gazprom. Toujours selon The Guardians, Pemex aurait produit 22,65 milliards de tonnes de dioxyde de carbone entre 1965 et 2017, faisant d’elle l’entreprise fossile la plus polluante d’Amérique Centrale en termes de rejet de CO₂.

L’histoire de ce grand groupe capitaliste est émaillée de corruption et de catastrophes humaines et environnementales. En 1979, une fuite de pétrole sur l’une des plateformes du groupe dans le golfe du Mexique, entraîne une des plus grandes marées noires de l’histoire. La plateforme en question fut détruite par les flammes, et c’est près de 10 000 à 30 000 tonnes de barils de pétrole qui se sont déversés dans les océans. En 1984, une série d’explosions de GPL, du gaz liquéfié, dans des entrepôts proches de Mexico, entraîne la mort de plus de 500 personnes et près de 2 000 blessés. En 2019, l’explosion d’un oléoduc de Pemex à Tlahuelilpan au Mexique, entraîne la mort de près de 130 personnes. Mise en cause pour négligence, l’entreprise publique ne serait pas intervenue lorsque des habitants tentaient de siphonner du pétrole alors que le risque d’explosion était palpable.

Enfin en 2020, l’ex-dirigeant du groupe, Emilio Lozoya est inculpé dans une vaste affaire de corruption concernant des pots-de-vin, versés par le géant bresilien du bâtiment Odebrecht, et lui-même, à trois anciens présidents mexicains depuis la fin des années 1980’.

Pollueur, négligeant, corrupteur, tricheur et exploiteur, le curriculum vitae du groupe Pemex est à l’image de ses homologues capitalistes.

La responsabilité de Pemex, et des grands groupes capitalistes dans la crise mondiale environnementale

La fuite de gaz de ce 2 juillet serait, en première analyse, à mettre sur le compte de pluies et d’un orage électrique qui auraient provoqué une fuite sur une des valves du gazoduc. Toutefois, les responsabilités de cet accident, au-delà les considérations météorologiques, sont à remettre dans le contexte économique actuel du groupe. En effet, l’entreprise publique sous la direction de Juan José Suarez Coppel, est en perte de vitesse ces dernières années. Selon le journal économique américain Fortune, qui répertorie les 500 plus importantes entreprises dans le monde, Pemex a vu ses revenus baisser de 16% entre 2019 et 2020, de même que ses profits ont diminué de 18 millions de dollars la même année.

Avec la crise sanitaire, l’entreprise a préféré faire des économies sur l’entretien et les réparations des complexes industriels du groupe que de risque de faire moins de bénéfices. De plus, les conditions de travail où les salariés sont soumis à beaucoup de pression conduisent à des manquements à la sécurité et des négligences. Cette logique de rentabilité à tout prix qui privilégie les profits aux conditions de travail des employés, à l’état du matériel et à l’environnement provoque ce genre de catastrophe.

Nous ne pouvons pas faire confiance à Pemex dans la gestion de cette crise environnementale, pas plus que dans les autres groupes capitalistes pour faire face aux défis du réchauffement climatique. Face à toutes les catastrophes climatiques telles que les températures extrême au Canada qui ont détruit des villages entiers, les glissements de terrains et coulées de boue au Japon ou la famine à Madagascar, ce sont les travailleurs, ceux qui connaissent leurs outils de travail et qui ne feront pas passer le profit avant nos vies qui doivent s’organiser pour mener une réelle transition écologique.