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Société

Manifestation du 9 juillet

Migrants de La Chapelle. Nouvelle expulsion, nouvelle mobilisation

Enea Rossi Ce matin du jeudi 9 juillet une énième évacuation a eu lieu afin de disperser une nouvelle fois les migrants qui, depuis des mois, campent dans le quartier de La Chapelle. La précarité de ces personnes qui, faute d’autres possibilités, campent dans les rues du nord-est parisien, est aggravée par les évacuations et les « nettoyages » des campements qui se succèdent depuis des semaines, à chaque fois que la mobilisation renaît, se renforce, se retrouve, se réaffirme sur le pavé de la capitale. Depuis le 2 juin, jour de la première évacuation/expulsion musclée, les migrants autour de La Chapelle ont été expulsés neuf fois de leurs campements de fortune.

vendredi 10 juillet 2015

Nouvelle expulsion à La Chapelle : nettoyage et traque sans fin des migrants à la rue

C’est à neuf reprises qu’ils ont été contraints de se déplacer à seulement quelques centaines de mètres de leur point de départ. Les plus chanceux ont été pris en charge à l’hôtel ou dans des centres d’hébergement, mais pour des durées et selon des modalités complètement variables, se trouvant, au bout du compte, isolés sans qu’un contrôle solidaire de la part des personnes et des militants qui ne puisse les soutenir.

A neuf reprises ces personnes ont vu une partie, ou l’intégralité, de leurs affaires « nettoyées » avec tout leur camp. Nettoyage. Métaphore d’un pouvoir dont les politiques sociales et économiques ne créent que misère et déracinement, et font tout leur possible pour rendre invisibles et éteindre l’esprit de mobilisation des plus frappés par leur propre barbarie. Euphémisme institutionnel destinés à masquer la violence, la destruction de leurs biens propres par des forces de répression qui, en revanche, défendent d’« autres » propriétés, celles des autorités dont elles sont le bras armé, qui sont bien plus pernicieuses que quelques matelas, sac de couchage et couvertures offerts par des personnes solidaires.

Un euphémisme qui se prolonge en menace quand, tôt le matin, le directeur de l’OFPRA, accompagné par des agents de la mairie de Paris, d’Emmaüs, du PCF, d’EELV, intime à la centaine de personnes qui dorment sur le parvis de monter dans le bus, en direction des centres d’hébergement, avant le fatidique nettoyage du lieu.

Irréductibles, les migrants interpellent, questionnent le directeur de l’OFPRA à propos de cette énième « offre » : la plupart ont conscience de son caractère arbitraire et, en réalité, profondément inhumain. Les migrants exigent un engagement écrit qui leur est refusé. Cette offre n’en est pas une, c’est un commandement imposé, assorti d’un ultimatum. Un ultimatum qui ne préjuge en rien du sort réservé aux personnes ayant reçu une ordonnance de quitter le territoire français (OQTF), ni aux personnes étant absentes du camp, ni, bien évidemment, de futurs campants en train d’arriver, d’Italie, d’Espagne, de la Méditerranée.

La plupart des personnes, titubantes, et dans l’incertitude totale quant à leur prise en charge, montent dans la dizaine de bus mobilisés pour l’opération. Environ une vingtaine de personnes choisit de rester.

Pont de La Chapelle, Église Saint-Bernard, Pajol, Bois Dormoy, la caserne, Jardin d’Eole… : évacuation après évacuation, nettoyage après nettoyage, « prise en charge » après prise en charge, des dizaines de personnes dormiront encore à Pajol cette nuit.

Violence ou poudre aux yeux, une gestion tactique de l’ordre public

La fonction de ces opérations, dont le but affiché de reloger le gens n’est que de la poudre aux yeux, est celui d’intervenir ponctuellement quand la solidarité et la mobilisation se réorganisent et recommencent à se faire entendre. Après une phase de démobilisation suite à l’évacuation du campement au jardin d’Éole, les initiatives avaient repris, et une organisation avait été renouée afin de donner une nouvelle visibilité à la situation toujours non résolue des migrants de La Chapelle. Le jeudi 2 juillet la manifestation appelée par les migrants en départ de Pajol avait été bloquée par les CRS après seulement quelques dizaines de mètres.

En moins d’une semaine, une deuxième manifestation avait été prévue par les comités de soutien des migrants de la Chapelle pour le mardi 7 juillet, et une troisième avait été appelée, avant même l’expulsion de l’OFPRA, ce jeudi 9. Partie depuis Place de la République à 19h, les migrants et environ 300 soutiens ont parcouru le boulevard Magenta jusqu’à Barbès. Blocage du carrefour entre le Luxor et la nouvelle brasserie Barbès, discours des représentants des soutiens et des réfugiés dénonçant la honte d’État et appelant à ne pas se démobiliser. Finalement, devant la passivité des CRS encadrant la manifestation, les soutiens ont escorté les réfugiés jusqu’à la Halle Pajol, où des personnes continueront à dormir et à se rassembler.

Si l’OFPRA et la Préfecture, lors de cette dernière expulsion et de cette manifestation de ce jeudi, ont décidé de ne pas déployer un appareil répressif aussi imposant que les dernières fois, ce n’est aucunement en raison d’un changement de cap qui témoigneraient d’un changement de politique à l’égard des migrants. Au contraire, c’est un changement tactique, dont nous verrons s’il durera, destiné à éviter le risque contreproductif que des interventions trop musclées et répressives ne suscitent trop d’indignation et ne relancent, par là même, la politisation et la mobilisation autour des conditions indignes des migrants en France.

Que les expulsions soient menées en utilisant des méthodes violentes, ou qu’elles soient gérées de manière plus « discrète », c’est le même ennemi qui se commande derrière, toutes les organisations démocratiques et du mouvement ouvrier doivent soutenir les mobilisations des migrants contre les politiques racistes du gouvernement, des préfectures et condamner la répression dont leurs bras armés sont toujours prêts à se charger.




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