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« Montagne d’or » : le gouvernement s’affiche écolo mais l’avenir du projet reste flou

Dans un contexte où les questions écologiques ont été propulsées sur le devant de la scène par les mobilisations sur le climat et lors des élections européennes, le gouvernement rétropédale face au projet « Montagne d'or » en Guyane. Il maintient cependant le flou sur ce projet dont les effets pour l'environnement seraient catastrophiques.

mardi 28 mai

Crédits photo : AFP/Archives - Jody AMIET

Un projet pharaonique et désastreux pour l’environnement

Le projet « Montagne d’or » a pour objectif de renouveler une autorisation d’exploitation minière, à partir de 2022, dans l’Ouest guyanais afin d’extraire quantité d’or. Un projet dont Emmanuel Macron s’est fait lui-même le défenseur par des déclarations en 2015, et plus récemment en 2017, et dont les principaux bénéficiaires seraient les compagnies minières canadienne et russe impliquées dans le processus.

D’un point de vue environnemental, le projet de mine promet un désastre écologique pour la région. Avec ses 2,5 kilomètres de long, ses 500 mètres de large et ses 400 mètres de profondeur, la mine nécessite en effet un faramineux projet de déforestation en pleine zone de réserves biologiques. De plus, l’exploitation d’or utilise de nombreux produits chimiques (principalement le cyanure) dont les effets sur la faune et la flore locale sont dramatiques.

Face à la montée des questions écologistes, le gouvernement rétropédale...

Alors que les mobilisations de la jeunesse sur le climat ont pris une importance majeure ces derniers mois et que les scores de EELV aux élections européennes témoignent d’un regain d’intérêt pour l’écologie face au changement climatique, le gouvernement est revenu en arrière sur ses intentions quelques jours avant les élections européennes, tentant de se racheter un visage écolo. Déjà les déclarations de François de Rugy, ministre de l’écologie, du 23 mai allaient dans le sens d’un abandon du projet en prônant son « incompatibilité » avec les exigences environnementales. Poussée dans ses retranchements la porte-parole du gouvernement, Sibeth Ndiaye, a dû donner une réponse sur France 2 le soir des élections européennes, dimanche 26 mai. D’abord hésitante, elle a ensuite déclaré : « Nous avons été très clairs sur ce sujet-là. Nous avons indiqué avec beaucoup de clarté à l’issue du Conseil de défense écologique que ce projet n’était pas compatible avec notre exigence environnementale. ». Avant de rajouter : « Mais bien sur ! » face à l’insistance de ses opposants politiques dénonçant l’ambiguïté de ses réponses.

…mais entretient le flou sur l’avenir du projet

Malgré ces réponses en apparence tranchées, la position du gouvernement sur le projet reste floue. Le premier ministre Édouard Philippe avait précisé le 23 mai que « le projet actuel » ne correspondait pas aux « exigences » du gouvernement. La compagnie minière Montagne d’or a quant-à-elle, publié un communiqué le 23 mai rappelant sa volonté que le projet puisse voir le jour.

Un grand nombre d’associations s’est prononcé contre le projet et pointe l’ambiguïté entretenue par le gouvernement sur le sujet. Deux associations, Sauvons la forêt et Or de question, ont pointé avec justesse que « la déclaration du président français est louable mais à prendre avec beaucoup de précautions puisqu’une ’décision formelle et définitive’ vis-à-vis de Montagne d’or a été annoncée, à défaut d’avoir été prise » en réponse à la déclaration du président du 6 mai dernier : « l’état de l’art du projet ne le rend pas compatible avec une ambition écologique et en matière de biodiversité ». Christophe Yanuwana Pierre, porte-parole de la jeunesse autochtone de Guyane a lui aussi déclaré : « on est dans le flou le plus total ».

Ainsi, il est clair que le gouvernement tente de se construire une image écologiste. Dans le contexte d’une forte mobilisation de Youth for Climate et d’un vote très important pour les listes écologistes lors des élections européennes, le gouvernement tente de se mettre au vert pour gagner en soutien. Mais malgré cette laborieuse tentative de green washing du projet macronien, passant notamment par la présence de Pascal Canfin, ancien président de la WWF, sur les listes LREM pour les Européennes, il reste que la logique néolibérale reste en totale contradiction avec des objectifs écologistes. Le flou sur l’abandon du projet Montagne d’Or persiste, mais la certitude que le gouvernement néolibéral de Macron, et consorts au niveau européen, ne peut prendre en charge la protection environnementale est réelle. En cela, les programmes libéraux soi-disant écologistes de partis comme LREM, mais aussi EELV, se contentant de mesures minimales et prônant et « la libre entreprise » ne constituent en rien une solution à la destruction écologique en cours. Au contraire toute lutte écologique si elle se veut conséquente devra se doter d’une stratégie révolutionnaire et anticapitaliste avançant vers la perspective d’une économie et une écologie planifiée.




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