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Société

Lacrymo, flash-ball et plaquage musclé

Mort à Auxerre lors d’une interpellation. L’autopsie accuse les forces de police

2017 avait à peine commencé que les forces de police étaient déjà sous la lumière des projecteurs, suite à la mort d'un habitant d'Auxerre, suivi pour d’importants troubles psychiatriques, pendant son interpellation dans la nuit du 5 au 6 janvier. Dès l'annonce de sa mort, la procureure cherchait à effacer ou minimiser la responsabilité des forces de l'ordre, malgré l'usage, pour un seul individu non-armé, de flash-ball, de gaz lacrymogène et d'un placage au sol. Le rendu de l'autopsie vendredi 13 janvier est pourtant bien loin de les blanchir.

vendredi 13 janvier 2017

Présomption d’innocence pour la police, présomption de culpabilité pour la victime

Au lendemain du décès, la procureure Sophie Macquart-Moulin avait pourtant déjà un avis tranché : « J’estime qu’il n’y a pas lieu de penser à une bavure policière mais l’enquête est en cours[…]Certes, on pense tout de suite à l’usage de ces armes de neutralisation, mais il convient de rappeler que nous avons affaire avec un individu qui avait de gros problèmes psychiatriques et un suivi médical lourd. Il pouvait, peut-être au moment des faits, se trouver sous l’emprise de produits toxiques qui ont pu contribuer à la survenance de son décès ». Ainsi, contrairement à cet homme, les policiers ayant assisté à sa mort bénéficiaient d’ores et déjà d’une présomption d’innocence quasi « naturelle ». Une présomption qui se poursuit jusqu’à aujourd’hui, car malgré l’enquête ouverte et désormais transmise à l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN) et malgré l’ouverture d’une plainte contre X pour homicide involontaire, ceux-ci n’ont jamais été suspendus et sont encore en exercice.

Et pourtant, le compte-rendu de l’autopsie vient remettre en cause la version donnée par la procureure qui sous-entendait il y a une semaine que l’homme serait mort du fait de ses médicaments ou autres substances toxiques. Au contraire, l’autopsie met en avant deux causes du décès : « des contusions pulmonaires et cardiaques » en lien avec le tir de flash-ball qu’il a subi, et « un syndrome asphyxique » lié au placage au sol. Autrement dit, l’action des forces de police apparaît au cœur de l’affaire. Ceci n’empêche pas néanmoins la procureure à nouveau de chercher une cause annexe, qui serait la possibilité que cet homme ait arrêté son traitement médicamenteux, ce qui l’aurait mis dans un état d’excitation tel qu’il en serait mort.

Preuve du peu de sens des réalités de la procureure, celle-ci se permet dans son compte-rendu une phrase on ne peut plus malheureuse, expliquant que « les policiers étaient intervenus pour, à [son] sens, prévenir un risque plus grand pour l’intéressé »... Un risque plus grand que son décès ?...

À nouveau, ce compte-rendu d’autopsie ressemble à s’y méprendre à ceux qui avaient suivi la mort d’Adama Traoré : des policiers dont la parole est crue sur parole, des victimes dont on soupçonne d’emblée la violence ou la prise de substance illicite, des procureurs qui se positionnent en rempart contre la mise en cause des forces de police. Cette impunité et ces présomptions d’innocence, réaffirmées à chaque enquête, servent au jour le jour comme autant de justification à l’arbitraire policier, aux violences subies dans les quartiers, à la répression de tout ceux qui dérogent à la règle, personnes racisées, manifestants... jusqu’aux personnes souffrant de troubles psychiques, comme on peut le deviner dans le cas survenu à Auxerre.




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