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Politique

L'ex-ministre désavouée par son parti

Nadine Morano exclue des listes régionales en Meurthe et Moselle.

Julian Vadis Les propos de Nadine Morano sur le plateau d'On n'est pas couché samedi dernier avaient suscité de multiples réactions. Dans la tempête, l'ancienne ministre a été exclue mercredi de la liste présentée en Meurthe-et-Moselle par Les Républicains pour les élections régionales de décembre prochain.

mercredi 30 septembre 2015

Il n’y a, peu ou prou, que Jean-Marie Le Pen pour soutenir Nadine Morano suite à ses propos sur "la race blanche" et les "racines judéo-chrétiennes" de la France. Pour le président d’honneur exclu du FN, l’ex ministre n’a fait qu’énoncer "une évidence historique multiséculaire". Le trublion a saisi l’occasion pour critiquer la "gauchisation des esprits dans les rangs de l’ex-UMP"…

Au sein même de sa famille politique, les critiques sont acerbes. Alain Juppé a dégainé le premier, jugeant que "la nation ne se définit pas par une race" tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet trouve "la tonalité de cette déclaration exécrable. La République française ne fonctionne pas sur les bases idéologiques de l’apartheid [...] Il y a quand même unanimité de ma famille politique sur ces propos… La race, ce n’est pas le fondement de l’humanité. Le fond du propos est absurde."

Nadine Morano a maintenu ses propos tout en affirmant que sa candidature pour les primaires de 2017 était la cause des réactions au sein de son propre parti. Le chef de file des Républicains à Paris, Pierre-Yves Bournazel, "souhaite son exclusion pour grave manquement à notre charte des valeurs". Mercredi en fin d’après midi, le parti s’est fendu d’un communiqué explicite : "À la demande des candidats républicains de la région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine, le président des Républicains (LR) a décidé de saisir la Commission nationale d’investiture pour lui proposer de retirer l’investiture de Nadine Morano en Meurthe-et-Moselle."

La classe politique écœurée sur la forme. Et sur le fond ?
Si les paroles de Nadine Morano ne s’embarrassent pas d’un discours de façade, le contexte actuel et le glissement droitier de l’ensemble des forces politiques offre les mêmes relents racistes et réactionnaires. Du refus d’Estrosi de marier un couple Français issu de l’immigration, aux prises de positions des intellectuels "de gauche" Onfray et Sapir en faveur d’un front anti-euro allant de la gauche radicale au FN, le phénomène de droitisation du débat public s’applique à l’ensemble de l’échiquier politique, avec en toile de fond la question de la crise migratoire. La droite traditionnelle s’est approprié les tactiques traditionnelles de l’extrême droite, et les propos de Nadine Morano sur la race blanche ne sont que la face immergée de cette tendance.
Le nouveau statut du FN comme force politique majeure du pays accélère cette droitisation et favorise les recompositions. En ces temps de crises majeures, à la fois économiques et sociales, ce glissement abreuve la haine de l’autre dans les classes populaires, afin d’étouffer coûte que coûte les perspectives d’unité des travailleurs dans la lutte qui mettrait à mal les intérêts des dominants.




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