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Politique

Le retour de l'arrogance

Nouvelle provocation : pour Macron, les personnes mécontentes n’auraient pas le "goût de l’effort"

"Beaucoup trop [de personnes] pensent qu'on peut obtenir sans que cet effort soit apporté" : comme à son habitude, Macron a fait encore preuve d'une arrogance indécente dans ses mots à l'égard des gilets jaunes, sans pour autant les nommer. Les "troubles" que traversent la France aujourd'hui seraient directement liés à ce sens de l'effort que les français n'auraient pas.

vendredi 11 janvier

Ce vendredi 11 janvier, Macron était à la grande réception des maîtres boulangers - pâtissiers pour la traditionnelle galette de l’Épiphanie. Toujours fidèle à lui-même, son discours est empreint d’un mépris incommensurable à l’égard de ceux qui relèvent la tête qu’il ne mentionne même pas comme s’il s’agissait de Voldemort : les Gilets Jaunes. À la veille du neuvième acte, Macron continue sur sa route vers l’indécence : "Les troubles que notre société traverse sont aussi parfois dus, liés au fait que beaucoup trop de nos concitoyens pensent qu’on peut obtenir sans que cet effort soit apporté" a-t-il affirmé. Mais, pourrait-on se demander, dans quel monde vit-il ? C’est peu dire, qu’il omet de mentionner les travailleurs et travailleuses qui, chaque jour, chaque nuit, travaillant parfois en 3x8, s’efforcent et s’épuisent pour pouvoir faire des courses et nourrir leurs enfants. Il oublie aussi de parler des étudiants, parmi lesquels un sur deux est salarié pour pouvoir s’offrir ses études. Pas un mot non plus sur les suppressions de postes, comme à Ford où 900 ouvriers vont perdre leurs emplois, et avec 3000 emplois induits, ni sur les travailleurs dans la santé, qui ne peuvent exercer leur travail dans la dignité des patients, ou encore les professeurs, qui font face à des classes surchargées, à cause de la casse des services publics, qui plus est menée par Macron lui-même. Ou encore les chômeurs... en fait si, il en parle ! En abordant le fameux décret sur l’assurance chômage, qui va renforcer le contrôle des chômeurs et les forcer à accepter des emplois précaires et mal payés.

C’est sans doute en omettant l’existence de tous ces gens, qui triment chaque jour, pour que lui et son monde, puissent s’offrir le luxe de déclarer ce genre de discours pompeux et méprisant : "Notre jeunesse a besoin qu’on lui enseigne un métier, des gestes, des savoirs, le sens de l’effort et le sens de cet engagement qui fait qu’on n’a rien dans la vie s’il n’y a pas cet effort". Ce qu’il oublie aussi de dire, c’est qu’au-delà de ses leçons de morale républicaine sur les "efforts" qu’il faut fournir, comme s’il s’adressait à une foule d’enfants capricieux, c’est que des cadeaux il en a fait, mais pas pour ces foules de travailleurs précaires : comme la suppression de l’ISF, sur lequel il ne compte absolument pas revenir, un cadeau aux plus fortunés. Ce qu’il oublie de dire, c’est les attaques contre les travailleurs, comme la destruction du code du travail, la casse des services publics, avec le nouveau pacte ferroviaire, la baisse de budget pour la santé, ou encore la sélection et la hausse des frais d’inscription à l’université, précarisant toujours plus l’ensemble de la population au service du patronat.

Le roi mange sa galette, nous on prépare la lutte

Le sens de l’effort, les Gilets Jaunes l’ont bien compris : notre engagement est dans la rue, où nous y mettons tous nos efforts, pour la lutte, contre ce gouvernement des riches méprisant. C’est en effet sans relâche que nombreux sont ceux qui, depuis le 17 novembre, enfilent leur gilet jaune et participent aux manifestations ou occupations de ronds-points. Encore une fois, le discours de Macron nous convainc d’une seule chose : de la nécessité de lutter contre cette société que lui et son monde nous réservent, et que nous n’arrêterons pas de relever la tête, de manifester et bloquer, pour tous ceux qui subissent ces attaques, et à qui on promet une vie de misère. À la veille du neuvième acte, Macron ne sait peut-être pas encore à quoi il a affaire.

Crédit photo : © BENOIT TESSIER / POOL / AFP




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