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Politique

Un toit pour tous !

Occupation de République : des hébergements d’urgence obtenus, mais des milliers de migrants toujours à la rue

A l'occasion de "La Nuit de la solidarité" ce 25 mars, un camp de migrants s'est installé sur la place de la République, à l'initiative du collectif Réquisitions, pour réclamer logements immédiats, stables et décents. Si certains ont obtenu la promesse d'un logement nombreux sont encore ceux contraints de dormir dans la rue.

samedi 27 mars

Credits photo : Thomas SAMSON/AFP

Dans la journée du 25 mars, un camp de migrants s’est installé à nouveau Place de la République, 4 mois après l’évacuation d’extrême violence du campement des migrants en pleine trêve hivernale au même endroit. À l’initiative du collectif Réquisitions, qui regroupe plusieurs associations dont le DAL (Droit Au Logement), Utopia 56 et Solidarité Migrants Wilson, l’opération de visibilisation a été poursuivie surtout pour montrer surtout que rien n’a changé depuis la dernière action, des centaines de familles continuent à errer sans quelconque logement stable. Survenue lors de la 4ème « Nuit de solidarité », organisée par la Ville de Paris pour recenser les informations sur les sans-abris afin d’affiner les politiques publiques, les différentes associations rappellent que « ça suffit pas de compter les sans-abris », il faut leur proposer un hébergement immédiat, stable et décent. Par cette occupation, les associations ont obtenu 500 places d’hébergements pour des migrants.

Une équipe de militants de Révolution Permanente était sur place pour suivre la situation toute la soirée. Salia, réfugié présent sur la place le soir-même, raconte les raisons pour lesquelles il est présent ce soir : "On est en colère ici en France, on est là parce qu’on n’a pas de maison pour dormir, on n’a pas de papier, pendant le confinement ou pas confinement, on n’a rien, on n’a pas le droit de travailler, c’est pour ça qu’on est beaucoup ici et qu’on montre notre colère".

Au micro de Révolution Permanente, Rémy Buisine, journaliste pour Brut, donne son témoignage : "Comme l’ont dit les associations, ce soir on visibilise les invisibles. [...] La différence avec la dernière fois, c’est qu’il y a beaucoup de femmes avec des enfants en bas âges, et ça c’est très touchant, très marquant."

En date, la dernière évacuation le 23 novembre dernier avait marqué les esprits, la violence inouïe qui s’était déchaînée contre les migrants sur place, avait été ordonnée par le préfet Lallement, en gazant les migrants et leurs soutiens, et en détruisant leurs tentes. Le gouvernement, de plus en plus impopulaire notamment pendant la contestation de la loi Sécurité Globale et l’expulsion violente du 23 novembre, a cette fois tenté d’apaiser les esprits à travers la ministre chargée du logement Emmanuelle Wargon qui promettait la mise à l’abri de toutes les personnes expulsées de la place de République. Mais toujours est-il que plusieurs familles n’ont pas de toit, contraints de quitter leurs logements d’urgence et à dormir à la rue et qui doivent souvent affronter la répression policière, à l’image du campement de plus de 2000 migrants à Porte de Paris démantelé l’année dernière à coups des matraques et de gaz lacrymogène.

Dans ces vidéos, après les promesses de la ministre chargée du logement pour des logements d’urgence, les images que nous avons prises avec notre équipe de Révolution Permanente présente sur place, montrent des queues immenses de migrants attendant leur tour pour y accéder.

La préfecture de police n’a pas hésité à émettre un communiqué en condamnant «  l’action militante menée à Paris, avec l’installation sauvage de plus de 300 tentes place de la République » et qu’un tel rassemblement, en pleine crise sanitaire, serait totalement irresponsable « d’autant plus incompréhensible que la préfecture de région d’Île-de-France dispose des places d’hébergement nécessaires qui sont disponibles dès ce soir  ». Un bel exemple de l’hypocrisie du gouvernement et des forces répressives de l’État, qui par ses « politiques migratoires », font encourir un parcours sinueux aux migrants pour la moindre demande de logement, les repoussant toujours plus vers les banlieues pour les invisibiliser et les soumettre à toute sorte de travail précaire comme main d’oeuvre pas chère, ou de les contraindre à quitter le territoire français par des méthodes de répression très brutales.

Bien que certaines municipalités essaient de quantifier le nombre de sans domicile fixe, comme à Paris avec la « Nuit de Solidarités » avec un chiffre de 3.600, c’est certainement bien en dessous de la réalité. Avec la crise économique, ce sont des pans entiers de la population qui ont basculé dans l’extrême précarité avec un chômage qui monte en flèche. D’autre part, à Paris les logements inoccupés constituent 17 % des logements soit 232.000 logements à Paris et 400.000 en Ile de France selon les dernières données de l’Insee, qui datent de 2015. Ces données témoignent de l’urgence de la question du logement, qui ne saurait se poser sans la question de la réquisition de ces logements vides selon les besoins de la population et pas pour servir à la spéculation immobilière des grands propriétaires.

Si les associations ont obtenu 500 places supplémentaires pendant la Nuit des Solidarités, cela reste bien insuffisant quand chaque soir des milliers de femmes, hommes et enfants, vivent dans la rue dans des conditions inhumaines, souvent poursuivis par la police.

S’il y a un irresponsable dans cette histoire, c’est le gouvernement avec la gestion répressive et pro-patronale de la crise, qui met dans une situation d’extrême vulnérabilité des secteurs tels que les migrants en pleine pandémie. Face à la crise économique et sanitaire, il est plus urgent que jamais d’exiger la régularisation de tous les sans-papiers, sans distinction de statut, et la réquisition immédiate de tous les logements vides pour loger les migrants dans des conditions dignes, stables et pérennes.




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