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Jeunesse

Paris 1

Offensive islamophobe. La Sorbonne propose une formation de « prévention de la radicalisation »

Quelques jours après le choc de la "fiche de détection" de l'Université de Cergy, nous découvrons que la Sorbonne dispense cette année, dans le cadre de la formation continue, un cours intitulé "Prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection de signaux faibles". Une formation dont le contenu réactionnaire ne fait pas de doute. Alors que le gouvernement mène une offensive islamophobe, les étudiants ne peuvent accepter que les universités soient les laboratoires et relais des discours répressifs et islamophobes visant à légitimer des politiques racistes !

lundi 21 octobre

Intitulée "Prévention de la radicalisation : compréhension d’un phénomène et détection de signaux faibles", la Sorbonne proposera en novembre une formation visant à « décrypter les différents signaux et marqueurs qui s’accumulent chez les tenants de cette idéologie », à destination notamment des forces de l’ordre, de l’armée ou des dirigeants d’entreprises, et entend « ancrer le savoir dans le réel à partir d’une approche théorique et pratique ». Lancée en septembre, la formation n’a pas manqué de faire réagir dans le contexte de l’offensive islamophobe menée par le gouvernement pour instaurer un climat de peur et de délation contre les musulmans, forcément suspects de « radicalisation ».

Évidemment, le thème de la « radicalisation » est fréquemment décliné dans l’ensemble des médias jusqu’à se banaliser, de même que les attaques contre les musulmans ou le voile. Pourtant ici c’est une Université qui mobilise le terme et les amalgames qu’il véhicule, tendant de fait à légitimer un concept qui établit une continuité entre la pratique de la religion musulmane et le terrorisme. Alors même que de l’aveu des chercheurs ce concept est un obstacle à la réflexion [1] et qu’il sert avant tout de fondement à la stigmatisation et à la répression des populations musulmanes ainsi que des mouvements sociaux, la Sorbonne lui consacre un cours !

De fait, à lire les modules de la séance on imagine bien que celle-ci ne vise pas à fournir des éléments pour la compréhension d’un phénomène social tel que le terrorisme, comme a pu le faire Fabien Truong, mais bien à produire un discours idéologique pour alimenter des politiques islamophobes et répressives. Ainsi, l’un des axes du cours s’intitule « L’Occident, les espaces démocratiques et la laïcité dans les yeux et la rhétorique des ‘’radicalisés’’. Comment nous voient-ils ? », une formulation qui évoque fortement les théories réactionnaires du « Choc des civilisations » de Samuel Huntington.

Et pour cause ! Comme l’a révélé le magazine Capital, l’un des intervenants de la formation n’est autre que Mohamed Sifaoui un pseudo « expert » spécialisé dans la dénonciation médiatique de l’Islam [2] qui arpente les plateaux télés pour y fustiger le voile, l’apprentissage de la langue arabe ou encore la notion d’ « islamophobie ». La nature de la formation est donc claire, et nous ne pouvons accepter qu’elle soit dispensée à Paris 1. Collectivement les étudiants doivent refuser que les universités soient les laboratoires des politiques répressives et islamophobes de demain et s’opposer à la tenue de telles formation de même qu’aux pratiques de fichages des étudiants musulmans.

[1] Pour Fabien Truong, sociologue, la notion de "radicalisation" induit une « une conception magique des croyances religieuses, commune à la propagande djihadiste et à la peur occidentale de la radicalisation » et tend à devenir « un domaine d’expertise et une aire de spécialisation en cours de légitimation dans le monde académique ».

De son côté, Antoine Jardin, ingénieur de recherche CNRS, expliquait dans Le Monde en 2016 à propos d’une enquête sur l’Islam en France : "Ni le terme de radicalisation ni aucun de ses dérivés n’est employé car il ne s’agit pas d’un concept scientifique rigoureux. « Radicalité » est devenu un mot fourre-tout pour désigner vaguement ce qui est perçu comme une menace non maîtrisée et un label hasardeux des politiques publiques dans un contexte de montée de la violence djihadiste depuis les attentats commis en France par Mohammed Merah en 2012."

[2] Cf. « L’Islam imaginaire : la construction médiatique de l’islamophobie en France » de T. Deltombe




Mots-clés

Université Paris 1   /    Islamophobie   /    Université   /    Répression   /    Jeunesse