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Salaires

« On détruit notre santé, notre dignité » : chez Sanofi, les salariés en grève face au mépris patronal

Sur le site de Ambarès (Gironde), les travailleurs de Sanofi sont en grève reconductible depuis le 22 novembre. Déterminés, ils exigent des augmentations de salaire et des embauches. L’un d’entre eux, Christophe*, délégué syndical CGT, a accepté de répondre à nos questions.

Olga Hagen

5 décembre 2022

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Révolution Permanente : Depuis quand êtes-vous en grève sur le site ?

Christophe* : On est en grève depuis le 15 novembre où on a fait une grosse journée. Puis, ça a été d’une heure à vingt-quatre heures jusqu’au 21. Et depuis le 22 novembre, on est en grève reconductible, avec des piquets de grève et des assemblées générales tous les jours.

RP : Quel est l’état de la grève aujourd’hui ?

Christophe : Sur le groupe, on est 15 sites en grève nationalement, pour la plupart en reconductible et avec blocage. Sur Ambarès on est en reconductible mais il n’y a pas de blocage, or puisque c’est un site de production, on arrive à bloquer avec très peu d’heures de grève. On pourra donc tenir la grève un moment, il n’y a pas de problème sur ce côté-là.

RP : Pouvez-vous expliquer les origines de cette grève à Sanofi ?

Christophe : Les origines du mouvement commencent en fait il y a 10 ans. Il y a pratiquement 10 ans que l’on n’a pas eu d’augmentation générale et collective des salaires. Pourtant depuis 29 ans, la distribution des dividendes aux actionnaires, elle, augmente en continu. Le chiffre d’affaires est progressif stagnant, par contre les profits montent d’année en année.

Une équation possible uniquement par l’économie faite sur les femmes et sur les hommes : il y a eu le blocage des salaires, les suppressions d’emplois, et on a intensifié le travail pour ceux qui restent. Avec moins de salariés, on demande des objectifs toujours plus hauts.

Ainsi, Sanofi casse la santé de ses salariés. Il faut le dénoncer haut et fort. Il y a plusieurs dizaines de salariés qui sont usés, classés inaptes aujourd’hui par la Médecine du travail. La dignité en prend un coup énorme aussi. Aujourd’hui, on peut accuser Sanofi de maltraitance, du fait qu’on érode la santé des travailleurs, et qu’il n’y a plus de dignité ; tout ça au service du profit.

RP : Face à cette situation, qu’est-ce que vous demandez par cette grève ?

Christophe : Nos revendications portent sur des augmentations de salaires collectives : un rattrapage de 5% pour l’inflation de 2022, une augmentation de 10% supplémentaire pour 2023, ainsi qu’une prime de 10 000 euros et la titularisation des deux tiers des contrats précaires.

Nous cherchons à visibiliser la grève comme nous pouvons. Par exemple, nous avons posé cette question de pérennisation des postes précaires notamment en créant des discussions avec le député local Alain David (PS/NUPES). Après avoir interpellé le gouvernement à l’Assemblée, le ministre délégué a répondu en demandant à Sanofi de poursuivre les négociations. Et ce lundi 5, nous organisons de notre initiative une table ronde avec le député en question et le maire de notre commune. C’est une première en France depuis le début de la mobilisation ; je ne sais pas ce qui va déboucher réellement, mais il me semble important au moins que l’initiative soit relayée.

RP : Et la direction de Sanofi, comment répond-elle face à vos demandes ?

Christophe : La direction joue le chaud et le froid, essaie de diviser les salariés, et même les organisations syndicales. Jeudi dernier, elle a pris une décision unilatérale en décidant une augmentation de 4% (3% pour les cadres) et une prime de 2 000 euros. Ça ne répond pas à nos revendications, et ne fait que mettre de l’huile sur le feu. Depuis, les salariés n’ont pas bougé. Les barrages et les blocages tiennent.

RP : Vous parliez tout à l’heure de la nécessité de visibiliser la grève. Dans un précédent article, nous parlions de « black-out médiatique ». Pensez-vous que la situation ait changée de ce côté-là ?

Christophe : Non, mais n’oublions pas que le président du conseil d’administration de Sanofi est Serge Weinberg, le parrain de Macron. Donc ça ne m’étonne pas qu’on n’entende pas parler de la grève dans les médias.

Cependant, je profite du fait que vous me donniez la parole pour le dire : on ne peut que s’insurger, que les médias publics et privés se taisent. Au regard de ce qui se passait sur Total, ce qui se passe dans la pharmacie, c’est le problème de tout citoyen en réalité, car la santé et la désindustrialisation sont des problématiques qui touchent tout le monde.

Quand les médias parlent de Sanofi, on parle de ruptures, des conséquences sur les patients, etc. Or c’est bien eux qui sont responsables des pénuries : il n’y a pas besoin de grèves aujourd’hui pour ne pas livrer les médicaments à l’heure, et de qualité.

RP : Quel lien pouvez-vous faire entre ces pénuries de médicaments et les politiques appliquées par Sanofi ?

Christophe : Il faut voir que Sanofi touche le CIR [Crédit impôts Recherche] et a largement touché le CICE, deux aides de l’État censées pousser à la recherche et l’investissement. Financées par le contribuable, elles n’ont aucune obligation de résultat derrière : Sanofi utilise donc directement cet argent public pour le verser directement aux actionnaires - et c’est prouvé. Pas un euro n’est utilisé pour l’emploi, pour la formation professionnelle, ou l’investissement. Cette politique crée évidemment des soucis de production et de livraison des médicaments, et emmène forcément des ruptures. Puis, Sanofi profite de ces ruptures pour aller chercher encore des subventions, cette fois au nom de la compétitivité.

Les grands patrons qui ont externalisé, désindustrialisé, c’est eux les responsables. Aujourd’hui, on demande aux médias de se ressaisir, pour qu’on fasse entendre la parole des salariés, de ceux qui souffrent au quotidien. On détruit leur santé, leur dignité : il faut que ça se sache. Nous on est prêts à en débattre en séance publique avec nos patrons, députés et autre : on est fiers de ce que l’on dit, et on sait pourquoi on se bat.

*Le prénom a été modifié par soucis d’anonymat


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