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« On nous a refusé une pause pour ne pas retarder les livraisons » : journée d’un livreur à vélo sous la canicule

Les températures explosent et c’est dans une ambiance caniculaire et dangereuse, que les travailleurs doivent continuer à bosser à des cadences infernales. C’est le cas de K. livreur à vélo, qui nous a confié son témoignage, que nous reproduisons ici

vendredi 17 juin

Je suis livreur à vélo triporteur pour une boite de livraisons de courses en région parisienne, et ce vendredi, j’ai fait l’expérience du travail physique sous une chaleur caniculaire.

La journée des livreurs commence à 8h et se termine à 15h30. Lorsque nous arrivons nous devons aller pointer, récupérer le téléphone sur lequel nous recevons nos tâches, nous préparons nos vélos. Mais alors que les tâches ne tombent pas avant 8h45, nous n’avons pas le droit de nous installer en salle de pause, de peur que nous ne soyons trop endormis lorsque les tâches commencent à tomber. Du coup, nous nous posons à l’extérieur, sur nos vélos, et dans le cas présent, nous commençons déjà à subir la chaleur. Les bouteilles d’eau fournies par la boîte sont arrivées il y a quelques jours à peine, alors même que nous les demandions depuis des semaines.

Les premières tournées de livraisons commencent à tomber, donc nous chargeons nos vélos et commençons à livrer. Cette journée était beaucoup plus active que d’autres, de 8h40 à au moins 15h30, nous n’arrêtons pas. Souvent nous n’avons pas de pause, aujourd’hui c’était le cas, on nous l’a refusée pour « ne pas retarder les livraisons ». Avec la chaleur l’effort physique à fournir a été insupportable.

En plus de pédaler sous un soleil de plomb, une part non-négligeable du travail est le contact avec les client.e.s, souvent très gentil.le.s, mais parfois irrespectueux. Certain.e.s ne prennent simplement pas le temps de faire dans la politesse, d’autres nous font patienter en plein cagnard pendant de longues minutes sans nous donner le code pour nous mettre à l’ombre dans un hall.

Mais un cas qui m’a particulièrement choqué ce jour, est celui d’une cliente qui a fait une grosse commande. Cette livraison était la dernière d’une tournée, généralement 4 livraisons, sur laquelle je me suis énormément dépensé pour ne pas livrer en retard. J’arrive exténué à l’adresse, gare mon vélo, sors la commande, appelle la cliente pour avoir le code, et, au téléphone, lui demande si il y a un ascenseur lorsqu’elle me dit que c’est au 5e étage.

Lorsqu’elle me dit que non, je lui demande avec beaucoup de politesse s’il est possible qu’elle m’aide, expliquant que la fatigue et la canicule était assez éprouvante et que ça ne serait pas plus de deux sac, et ce afin d’éviter de faire trop d’aller-retour entre le Rez-de-Chaussée et le 5e étage. Sa réponse est non, je fais donc en sorte de lui livrer sa commande, et repart sans faire de vague et en lui adressant les politesses au moment de partir. En rentrant au dépôt, je découvre que la cliente a laissé un mauvais avis sur moi, considérant que c’est impoli de demander à la cliente d’aider le livreur.

Même en plein canicule certains clients et nos patrons semblent s’allier pour faire de nos journées, déjà infernales en temps normal, une véritable épreuve.



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