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Crise de l'hôpital

« On travaille à la chaîne avec des nourrissons » : grève au service de néonatologie de Saint Denis

Depuis le 29 décembre dernier, l’équipe du service de réanimation néonatale de Saint-Denis est en grève pour des augmentations de salaire et contre la dégradation des conditions de travail. En net sous-effectif, l’équipe paramédicale dénonce la situation critique du service et la mise en danger des nouveaux nés prématurés pris en charge dans la maternité.

Lisa Mage

9 janvier 2023

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Depuis jeudi dernier, l’équipe du service de néonatalogie de Saint-Denis est en grève pour de meilleures conditions de travail et des augmentations de salaire. Laura*, infirmière depuis quatre ans dans la maternité du 93, alerte sur la situation critique de son service et dénonce un sous-effectif chronique. « On veut une réorganisation dans le service. Jusqu’alors une infirmière prenait en charge deux enfants. Aujourd’hui il faut compter avec trois ou quatre pour le même temps imparti » explique-t-elle. En « grève illimitée », infirmières et auxiliaires de puériculture, revendiquent en urgence l’embauche de personnels, la réorganisation et la diminution de la charge de travail ainsi qu’une revalorisation des salaires et une majoration des heures supplémentaires.

« Nous avons l’impression de faire un travail à la chaîne, ce n’est pas possible de s’occuper d’autant d’enfants à si peu » dénonce Laura. Et d’ajouter : « on est obligées de venir sur nos jours de repos pour faire des heures supplémentaires pour pallier le manque de soignants ». Une autre gréviste surenchérit : « Les naissances ne vont pas s’arrêter, on travaille avec des familles précaires, des enfants prématurés, qui ont besoin d’un soin permanent et on a l’impression de ne plus pouvoir le leur accorder ». A raison, l’équipe paramédicale censée être composée de 56 membres n’en compte que 39 aujourd’hui, sans compter les congés maternité. Pour Laura la crise de l’hôpital public et de son service vient de loin. « On avait fait une première grève en 2021, ça n’a pas commencé avec la Covid » raconte-t-elle.

Aujourd’hui, l’ensemble du service est en grève symbolique, mais réquisitionnés les grévistes doivent poursuivre le travail. « La grève c’est notre dernier espoir, ça fait deux ans que ça dure, on n’en peut plus » avance Laura. Et de prophétiser « Un jour, la fatigue va nous faire faire une erreur, on travaille avec des bébés prématurés ou en mauvaise santé, on travaille avec des publics précaires, on n’a pas le luxe de faire des erreurs ». Par voie de communiqué, les grévistes ont décidé de s’adresser à la population de Saint-Denis. « On est la seule maternité de catégorie 3 à pouvoir réanimer les nouveau-nés, c’est un problème de santé publique si cela prend fin. Cela ne peut pas être le cas juste par démoralisation des soignants, on a besoin de solutions maintenant » conclue l’infirmière.

« Une grève de femmes » qui s’affronte au mépris patronal

« De façon générale, le métier d’infirmier est un métier de femmes et un métier de femmes précaires » commente Laura. « Si on en arrive à faire grève, c’est parce que cela fait longtemps qu’on aimerait être reconnues et entendues, mais que nos mots ne valent rien. Quand on pleure tous les jours on est transparentes, mais parce que nous voulons être vues et entendues, on est déterminées à continuer la lutte » nous explique-t-elle. Pour l’heure, la direction de l’hôpital fait la sourde oreille. « On a eu une première rencontre où on a pu exposer nos revendications, on a eu quelques propositions de la direction, on doit se revoir ce mois-ci, la seconde réunion nous permettra d’avoir tout le monde pour pouvoir répondre à certains points en suspens » raconte Laura. Dans l’ensemble, les propositions s’avèrent très insuffisantes. Une autre gréviste précise. « On se sent seuls, la direction nous dit qu’elle nous écoute, mais elle ne fait rien, ça ne peut plus continuer, on est constamment en stress. » dit-il.

La grève des travailleuses du service de néonatalogie de Saint-Denis est une illustration de plus de la casse de l’hôpital public. Alors que les luttes dans le secteur de la santé se multiplient à l’image de la grève des aides-soignantes contre la mairie de Bondy selon ou encore de la récente grève nationale dans la psychiatrie selon, la réforme des retraites annoncée par le gouvernement prend dans ce contexte une résonnance particulière à l’hôpital. « La réforme des retraites, on trouve que c’est dramatique, on ne connaît pas l’avenir de l’hôpital, notre avenir, je ne me vois pas encore travailler à l’hôpital à 62 ans, on court partout, on donne du temps, de l’énergie, ce n’est pas possible » résume Laura.

Lire aussi : Santé. Derrière les effets d’annonces, toujours pas d’embauches massives ni de moyens.

En résumé, malgré toutes les belles promesses du gouvernement, rien ne change à l’hôpital, sinon en pire. De quoi remettre au premier plan, l’urgence d’un plan de bataille qui coordonne les différents secteurs de la santé pour exiger plus de moyens, notamment pour des embauches massives et les salaires, mais aussi avec le bras de fer social central qui s’annonce contre la réforme des retraites, qui construise une réponse d’ensemble pour la défense des acquis sociaux et des services publics. Une défense qui garantisse un accès total, de qualité et gratuit aux soins pour l’ensemble de la population.


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