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Pérou. Les mobilisations massives obligent le président par intérim à démissionner

Depuis lundi dernier, des milliers de personnes se sont mobilisées partout au Pérou contre le gouvernement par intérim de Manuel Merino et contre la caste politique péruvienne corrompue. Avec des mobilisations qui devenaient de plus en plus massives, le président, déjà fragilisé par le départ de plusieurs ministres, se voit obligé de présenter sa démission le dimanche 15 novembre, 5 jours après son entrée en fonction.

lundi 16 novembre

Ancien chef du Congrès péruvien, Manuel Merino était devenu président par intérim le 10 novembre, suite à la “destitution” du président Martin Vizcarra, pour « incapacité morale » suite à des accusations d’avoir reçu des pots-de-vin en 2014, étant gouverneur.

Le gouvernement par intérim est, depuis le début de son mandat, très contesté par la population péruvienne. Ce sont des milliers de manifestants, pour la plupart des jeunes de moins de 25 ans, qui descendent dans la rue, partout au Pérou pour exiger la démission de Merino et montrent le profond rejet de la caste politique péruvienne extrêmement corrompue. Cette jeunesse s’organise et s’informe à travers les réseaux sociaux face au processus de désinformation des médias dominants du pays.

Sur les affiches des manifestants on pouvait lire « Merino, tu n’est pas mon président », « Merino imposteur », « Ni mérino Ni Vizcarra » et « le Pérou s’est réveillé », puis au fur et à mesure les exigences se sont radicalisées notamment avec avec une remise en cause plus profonde des institutions politiques et des demandes d’une nouvelle Constitution.

Une colère qui s’accumule depuis l’année 2016, avec la mise en lumière de diverses affaires de corruption des fonctionnaires avec des grandes entreprises comme Odebrecht. C’est à partir de ce dévoilement de corruption dans la sphère publique, que la crédibilité des institutions de l’État a commencé à s’effondrer entrant peu à peu dans une crise politique très profonde

Merino et son gouvernement partent, mais la crise politique est partie pour rester

Merino abandonne son poste suite à un grand coup de pression de la population péruvienne indignée face à la violence policière déclenchée pendant les manifestations qui ont causé deux morts, 36 blessés et plus de dix disparus la nuit du samedi, la manifestation la plus massive. Une coulée de sang qui a bouleversé la population péruvienne et le monde entier. Par peur d’une radicalisation des mobilisations en cours, les démissions de ministres ont commencé à se présenter une par une, jusqu’à celle du président lui-même.

Sans gouvernement, le Pérou est face à un vide de pouvoir et les classes dominantes craignent pour leur avenir. La démission de Merino dimanche et le blocus de son remplaçant au congrès, car le Parlement n’a pas atteint un consensus pour choisir le nouveau président, soumettent le pays à une situation dans laquelle le pouvoir exécutif et législatif n’ont personne à leur tête. Pendant le vote, ce dimanche, des milliers de jeunes manifestaient devant les portes du Congrès avec des affiches en mémoire des deux jeunes de 24 et 25 ans, Inti Sotelo et Byan Pintado, assassinés par la police lors de la grosse manifestation du samedi, avec un message très clair : ils ne se laisseront pas faire.

Aujourd’hui, le Congrès se prépare à approuver une solution réactionnaire à la grave crise politique que traverse le pays. Le nom de Gino Costa, représentant du Partido Morado, commence à sonner comme un possible remplaçant de Merino. Ni plus ni moins qu’un autre représentant de cette caste politique profondément corrompue et au service des patrons et de l’impérialisme. Ces mesures désespérées tentent de prolonger la vie de ce régime mourant en essayant d’atteindre les élections générales d’avril 2021 afin qu’elles puissent décompresser l’atmosphère politique brûlante et réorienter les aspirations démocratiques de millions de personnes derrière une variante du régime politique actuel.

Pour une Assemblée Constituante pour en finir avec le régime

La vie politique au Pérou est régie par la Constitution de 1993 issue de la dictature d’Alberto Fujimori et c’est elle-même qui, de par son caractère des plus réactionnaires, a été le terreau de son propre discrédit, accélérant sa décomposition jusqu’à ce que cette Constitution et sa caste politique tremblent face aux mobilisations actuelles.

En effet, les mobilisations, pour la plupart, spontanées se sont étendues partout le Pérou avec une avant-garde très jeune qui n’a pas peur de se confronter à la répression policière brutale. Mais elle n’est pas suffisante.

Pour en finir avec le régime actuel, il est urgent d’imposer la lutte pour une Assemblée Constituante qui puisse permettre de discuter des vraies nécessités du pays et de ce dont les travailleurs et le peuple a besoin. C’est aussi nécessaire pour mettre fin à cette ingérence impérialiste et au pillage des ressources naturelles par les transnationales, pour mettre fin aux lois et réglementations anti-travailleurs et anti-populaires appliquées pendant toutes ces années de néolibéralisme et enfin pour discuter de la propriété foncière et des droits agraires de millions de paysans et de peuples indigènes. La lutte pour cette Assemblée Constituante souveraine permettra ainsi que des millions de travailleurs comprennent qu’elle pourra s’imposer qu’à travers une mobilisation généralisée de toute la population notamment à travers des outils de lutte comme la grève générale.

Néanmoins, ces journées de mobilisations doivent encore s’étendre plus largement à la classe ouvrière - au-delà des directions syndicales qui n’organisent pas la base - pour avoir une intervention importante, paralysant l’économie et créant un vrai rapport de force.

Pour imposer notre issue face aux classes dominantes qui veulent maintenir le régime à tout prix, c’est à la jeunesse mobilisée et organisée aux côtés des travailleurs de s’auto-organiser pour en finir définitivement avec la Constitution réactionnaire de 1993, et plus en général avec le régime. C’est au travers de l’expérience de la masse des travailleurs de cette Assemblée Constituante Souveraine qu’il sera possible de poser les bases de la prise du pouvoir politique pour les travailleurs. Ce serait la meilleure manière d’en finir par pour de bon avec le régime.




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