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Politique

Vérité pour Taoufik

Perpignan. Taoufik meurt en prison, sa famille l’apprend 23 jours plus tard

"Mon fils est mort et je ne le savais pas pendant tout ce temps." A Perpignan, la famille de Taoufik a appris sa mort par des codétenus. Interrogée, la prison a commencé par nier sa mort avant de dire qu'il se serait étouffé avec un morceau de viande. Les incohérences sont nombreuses et la famille demande la vérité.

mercredi 18 novembre

Crédit photo : La.M

Taoufik Belrhitri, 40 ans et père de 6 enfants est mort le 18 octobre dans la prison de Perpignan de manière suspecte. C’est plus de 23 jours après que la famille du défunt a appris sa mort. Depuis ce tragique événement les proches de Taoufik Belrhitri réclament que la vérité soit faite sur les circonstances et raisons du décès mais aussi des explications sur ces 23 jours durant lesquels ils n’ont pas été informés de la mort du membre de leur famille. Une pétition est en ligne pour soutenir la famille

Taoufik est une nouvelle victime qui vient s’ajouter à la longue et macabre liste des personnes mortes au sein du système carcéral français. C’est en croisant deux détenus en permission que le petit frère de Taoufik Belrhitri aurait appris la mort de son grand frère. Directement, la famille décide d’appeler le centre pénitencier qui la redirige vers le SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation) qui le 2 novembre leur indique que les rumeurs sur la mort de son frère sont infondées, que l’homme va bien. Pourtant, le 9 novembre l’ex-femme de Taoufik et mère de ses 6 enfants reçoit un appel de l’état civil de la mairie de Perpignan indiquant la mort de Taoufik Belrhitri le 18 octobre.

"Je me dis que l’on nous cache quelque chose. Et on veut la vérité."

La famille endeuillée s’est confiée au journal L’Indépendant ce vendredi 13 novembre pour témoigner et réclamer la vérité. L’histoire du décès reste pour le moins floue et pleine d’incohérences pour la famille endeuillée, l’explication de la mort du prisonnier par le directeur du centre pénitencier pose également question. En effet, selon les explications données Taoufik serait mort étouffé en mangeant un morceau de viande, le 18 octobre à 12h09. De plus les incohérences sont nombreuses dans la version officielle, la famille explique avoir appris "par la direction qu’en fait, il a été transféré le 14 octobre à l’hôpital qui aurait prévenu le centre pénitentiaire le 18 qu’ils le débranchaient". De plus, le directeur certifie que la famille de Taoufik était injoignable par téléphone car il n’y avait pas de numéro d’urgence. Le père de la famille rejette "C’est impossible qu’ils ne nous aient pas trouvés[...] À la prison, ils le connaissent depuis plus de 20 ans. Il y a des renseignements dans les mandats, les anciennes demandes de parloirs, ils n’avaient qu’à chercher dans les archives ou nous envoyer une patrouille. Alors forcément, je me dis que l’on nous cache quelque chose. Et on veut la vérité".

La prison de Perpignan va alors garder le corps pendant 3 semaines sans chercher à alerter au plus vite la famille et refuse de "faire de commentaire pour l’instant" selon le journal l’Indépendant. De plus, la direction du centre refuse que la famille puisse voir la dépouille du défunt, jugeant qu’il serait "trop abîmé". "Si on ne le voit pas, nous, on ne peut pas l’enterrer, on ne peut pas faire le deuil. Et on ne peut pas y croire" déclare sa sœur Faïza. Philippe Capsié, avocat de la famille, a adressé deux courriers, l’un au procureur de la République de Perpignan, le second à la direction du centre pénitentiaire "pour connaître les circonstances de ce décès ". La version selon laquelle ce décès serait survenu "en mangeant" ne convainc pas.

Aujourd’hui la direction de la prison doit dire la vérité totale sur les causes de la mort de Taoufik. Le combat pour la vérité de la famille Belrhitri n’est malheureusement pas isolé, et la liste des victimes de ce système carcéral est déjà trop longue.




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