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Politique

MEETING ANASSE KAZIB 2022

« Pour 2022, on va leur imposer notre programme féministe lutte de classe ! » : Rozenn Kevel

Rozenn Kevel, ex-salariée à Chronodrive et membre du collectif féministe Du Pain et des Roses et de l’organisation de jeunesse révolutionnaire Le Poing Levé, intervenait jeudi dernier au meeting de campagne d’Anasse Kazib à Toulouse. L’occasion de revenir sur l’expérience de la grève féministe à Chronodrive organisée en avril dernier contre son licenciement, et sur les combats qui doivent être menés contres les violences sexistes et sexuelles.

mardi 23 novembre

Bonsoir à tous et à toutes, c’est avec une immense joie et beaucoup de fierté que je m’adresse à vous.

Je commencerai en vous disant que ma présence ici ce soir et mon soutien sans faille à cette candidature ne viennent pas de nulle part. Il y a quelques mois j’ai vécu une expérience qui m’a marqué à tout jamais. Il y a quelques mois, je me suis faite licencier après avoir lutté d’arrache-pied contre les violences sexistes et sexuelles dans mon entreprise. Face à la répression, nous avons mené une lutte inédite contre mon licenciement et on a fait la première grève de l’histoire de Chronodrive. Une grève dans un secteur ultra précaire avec des collègues de 18 et 20 ans contre mon licenciement mais surtout une grève féministe contre la répression de celles qui relèvent la tête face aux violences sexistes et sexuelles. On aurait pu penser que jamais dans ce genre de boîte, avec des salarié.e.s étudiant.e.s et travailleur.euse.s précaires, sans aucune tradition de lutte, on verrait un jour une mobilisation. Et pourtant on y a cru et on l’a fait.

Cette lutte, elle a débuté il y a bientôt un an quand des collègues femmes sont venues me voir et m’ont dit qu’elles se faisaient harceler, moralement ou sexuellement, elles m’ont dit que certaines étaient obligées de travailler à côté de leur agresseur sexuel, ou de leur violeur, et au-delà, un climat sexiste constant totalement banalisé et face à ça : le silence de nos supérieurs qui fermaient les yeux sur ces violences. Je me souviens encore de mon directeur de magasin qui nous a dit lors d’un entretien avec une victime : « Je vais pas faire quelque chose pour chaque main au cul ».,. Alors quand les victimes n’acceptaient pas de se taire, la direction les poussait à la démission.

On sait que les patrons, ils n’ont pas pour intérêt à ce qu’on prennent conscience que les violences sexistes et sexuelles qu’on subit, ce n’est pas une fatalité ! Le sexisme ça les arrange beaucoup, ça discipline les travailleuses, ça divise les salarié.e.s, et légitime que les femmes soient moins bien payées.

Nous, on sait que la solution elle viendra de nous. Alors, avec mes collègues, on s’est auto-organisées entre le travail, les cours et les galères du quotidien, on a créé des commissions de femmes pour libérer la parole sur les violences sexistes et sexuelles, pour reprendre en mains nos conditions de travail et élaborer nos propres revendications. On a revendiqué de manière urgente la réorganisation des plannings pour que les victimes ne soient plus obligées de travailler aux côtés de leurs agresseurs. On a aussi revendiqué des formations choisies par les travailleuses et financées par l’entreprise ainsi que des heures de délégation pour des élues de notre commission de femmes.

Et tout ça, vous imaginez bien que les patrons de Chronodrive, ça ne leur a pas trop plu et donc je me suis faite licencier. En me licenciant, ils ont craché à la gueule du combat qu’on avait mené avec mes collègues et à toutes les salariées de l’entreprise mais aussi à toutes les femmes, étudiantes et travailleuses qui n’en peuvent plus de venir au travail la boule au ventre.

On s’est organisé pour riposter et on a fait deux journées de grève, les premières de l’histoire de cette entreprise ! En faisant ça, on a prouvé que même dans un secteur très précaire et composé en majorité d’étudiant.e.s, avec beaucoup de turn-over et sans tradition de lutte, on pouvait se mobiliser.

On a montré que face au mépris de la direction qui est allée jusqu’à me licencier pour faire taire les victimes, notre force c’était la solidarité, c’était la grève. On leur a montré que si nous ne sommes plus là pour courir partout pour préparer les commandes, il n’y a plus rien qui sort et que les patrons ce n’est pas eux qui font tourner l’entreprise.

Le jour de la grève, on a organisé un grand rassemblement avec des organisations politiques, syndicales, féministes et étudiantes et je sais qu’elles ne sont pas venues que pour me soutenir mais parce qu’on a montré que ce qu’il se passait à Chronodrive, ça se passait dans d’autres boîtes, et que la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, c’est aussi la lutte contre les patrons qui veulent nous faire taire.

C’est pour cette raison que les organisations du monde du travail et de défense des salarié.e.s doivent dénoncer haut et fort un sexisme, le racisme, LGBTI-phobie qu’iels subissent. Il faut en finir avec la séparation entre le mouvement ouvrier qui ne se préoccupe que des revendications économiques de salaire et d’emploi, et de l’autre côté, le mouvement féministe où l’essentiel de la lutte se joue en dehors des lieux de travail.

Avoir réussi à unifier les travailleurs et les travailleuses de Chronodrive et avoir réussi à rassembler des organisations de différents secteurs de notre classe, ce sont des démonstrations du combat qu’on mène pour lutter contre la division et nous unir autour d’un programme et d’une stratégie commune. C’est la seule condition pour avoir le rapport de force face aux capitalistes.

Avec cette grève, on a aussi traîné Chronodrive en justice. Vous savez je me suis rendue compte à quel point quand t’es une femme, jeune et précaire, la justice n’est pas faite pour toi. Si on l’a fait c’est parce qu’on savait que ce procès c’était pas seulement le mien, c’était celui de toutes mes collègues, mais aussi de toutes les femmes victimes de violences au travail. Chronodrive, même s’ ils ont réussi à me licencier, ils n’arriveront jamais à nous faire taire !

Et nous avec Du Pain et Des Roses, mon collectif féministe révolutionnaire, on sera là le 25 novembre, lors de la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, on sera là pour rendre hommage à toutes ces femmes de Chronodrive qu’on a voulu faire taire.

Cette journée de lutte, c’est un moment où il me tient à cœur de rendre un hommage aux femmes grévistes de Ibis Batignolles qui ont lutté pendant 22 mois pour dénoncer des conditions de travail précaires et les viols qu’elles ont subi ! Lutter contre les violences faites aux femmes, c’est être solidaire des travailleuses de la clinique de l’Union (dans la région Toulousaine), qui sont les petites mains en première ligne de la précarité à l’hôpital et qui ont fait grève la semaine dernière pour la dignité et leur salaire.

Ce 25 novembre, demandons un #MeToo pour toutes les femmes victimes de violences au travail, parce qu’on ne veut pas être condamnées éternellement au silence, on veut se battre ! On veut aussi se battre contre ce gouvernement qui est main dans la main avec les patrons et qui est responsable de notre précarité à coup de réformes antisociales.

Ce même gouvernement qui en plus de nous précariser, veut nous faire croire que renforcer les dispositifs policiers c’est féministe. Ces mêmes policiers qui nous répriment dans nos manifestations, nous infligent des double-peines en nous méprisant et en nous demandant si on a joui quand on veut porter plainte après un viol, comme ça a été le cas à Montpellier.

Et c’est ce gouvernement qui crache à la gueule des 100 femmes qui sont mortes sous les coups de leur conjoints depuis le début de l’année et tous les jours au visage de millions de victimes en laissant un violeur comme ministre de l’Intérieur !

Le féminisme qu’on porte avec Du Pain et Des Roses c’est pas celui de Schiappa. Nous on sait ce que c’est que le réalité des femmes de notre classe, on sait qu’une femme victime de violence dans son foyer ou dans son travail si elle veut pouvoir en partir, sans avoir peur de se retrouver à la rue, on doit lui garantir une indépendance économique. Alors pour ça, on ne veut pas un salaire en dessous de 1 800€ et on ne veut plus aucun contrat précaire.

On ne va pas tolérer qu’il y ait plus de trois millions de logements vides en France quand il y a des femmes qui sont coincées dans un foyer violent, nous on veut réquisitionner l’ensemble des logements vides. Et avec tous les milliards de profit que les patrons se font sur notre dos toute l’année, on va aller leur prendre et financer un plan d’urgence pour ouvrir des refuges et des centres de soins pour toutes les femmes victimes de violences !

Ce programme vous le savez les camarades, on ne va pas l’obtenir en s’alliant avec ceux qui sont responsables de notre précarité et du sexisme qu’on vit au quotidien. Va falloir aller arracher ces revendications et on y arrivera que par la lutte.

Toutes ces idées, toutes ces femmes victimes et ces guerrières qui relèvent la tête, on ne leur donne jamais la parole. Les grands médias et les débats politiques ne donnent jamais la parole aux femmes grévistes qui se battent pour leurs conditions de travail ou aux milliers de femmes qui au travers du monde se sont battues pour le droit à l’avortement.

Cette campagne, elle est là pour aller prendre la parole, pour qu’on aille déranger leurs débats de politiciens réactionnaires et hors sol et y opposer nos revendications, la nécessité d’un féminisme lutte de classes. La campagne d’Anasse Kazib, ce n’est pas une campagne pour un patriarcat un peu plus cool, c’est une candidature pour ceux qui ne veulent plus se serrer la ceinture, pour ceux qui ont lutté ces dernières années et qui réfléchissent à comment on va construire un autre projet de société, une société communiste.

Et c’est pour ça que je vous invite tous et toutes présent.e.s ici ce soir à prendre part à cette campagne, rejoindre les comités de soutien, aller chercher les 500 parrainages pour faire exister une candidature révolutionnaire, faire exister nos luttes.

Et les camarades, en vous voyant tous ici ce soir, aussi déterminé.e.s, je suis sûre qu’on va y arriver !




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