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Jeunesse

Jeunesse en détresse

Rentrée catastrophique dans les universités de Bordeaux : dysfonctionnements pédagogiques et détresse étudiante

Ce lundi 18 janvier a eu lieu la « rentrée » des universités en distanciel, dans un contexte où l’isolement des jeunes pousse à chaque jour à de nouvelles tentatives de suicides. Cette rentrée est déjà catastrophique dans les universités de Bordeaux : il faut un plan sanitaire d’urgence pour rouvrir les facs !

mercredi 20 janvier

Crédits photo : Maps

Impréparation gouvernementale face à la crise sanitaire : un retard qui ne se rattrape pas et se répercute dans les universités

Après les scandales sur les stocks de masques et le manque de matériels pour le personnel hospitalier, l’absence d’une campagne de tests massifs pendant que les établissements scolaires, universités et usines restent ouvertes sans aucun plan sanitaire, puis d’une stratégie de vaccination dérisoire, par son impréparation et son amateurisme, le gouvernement est confronté à une remontée de l’épidémie.

En particulier dans les universités, le gouvernement n’a annoncé aucune mesure à la hauteur de la situation sanitaire qui nécessite plus de moyens. Abandonnant l’université à son manque de moyens, ce sont les étudiants qui en subissent largement les conséquences par des inégalités qui s’approfondissent, une précarité qui grandit et une détresse criante que l’isolement renforce depuis plusieurs mois. En début d’année, ni masque pour les étudiants ni centres de dépistage massifs sur les campus de Bordeaux et finalement la fermeture des facs a contraint les 57 000 étudiants bordelais aux conditions insoutenables du distanciel.

A l’Université Bordeaux Montaigne, seulement 300 ordinateurs ont été mis à disposition des étudiants en septembre, ce qui est totalement insuffisant pour les 18 000 étudiants qui n’ont pas toujours le matériel pour suivre les cours à distance. Dans ces conditions, une enquête Médiapart a révélé que 73,5% des étudiants sont stressés ou épuisés de rester enfermés dans un petit appartement dans lequel ils ont tous les jours la même routine et la même charge de travail accrue. Fatigués de l’exposition intensive aux écrans, ce sont finalement 9 étudiants sur 10 qui décrochent : aucune « continuité pédagogique » n’est assurée contrairement à ce qu’assurent les présidences d’université.

La « continuité pédagogique » est un mensonge : le gouvernement et présidences d’universités appliquent la sélection sociale !

Une véritable « continuité pédagogique » nécessiterait des moyens à la hauteur des besoins des étudiants face à la situation sanitaire, mais le gouvernement a préféré investir des centaines de milliards en cadeaux aux grandes entreprises plutôt que dans l’université publique. Dans cette mesure, la direction de l’Université Bordeaux Montaigne a fait le choix d’organiser l’Université en l’adaptant au budget réduit dont elle dispose et a par conséquent supprimé des cours par manque de professeurs. Alors que les étudiants n’arrivent pas à suivre les cours, Lionel Larré, président de la fac, les isole encore plus en supprimant un cours de leur cursus… c’est ce dont Adam Zekryty, étudiant en L2 d’histoire à l’UBM, nous fait part : « la présidence de l’UBM ne veut faire aucun effort vis-à-vis de ce problème et ne voit pas que plus de 340 étudiants de L2 histoire en plus des étudiants à distance sont pénalisés déjà à cause de la situation sanitaire mais maintenant par son choix qui est clair : elle ne veut pas recruter des professeurs car elle manque de moyens ».

Un autre étudiant en L2 d’histoire nous témoigne anonymement qu’ « en ce qui concerne le TD d’histoire moderne, un choix a dû être fait, le budget de la fac n’est pas assez conséquent pour répondre à toutes nos demandes considérées comme “extravagantes”... un sarcasme de la part de la présidence ». Sauf que ces demandes des étudiants correspondent à des besoins réels que la Présidence refuse d’entendre, et c’est ainsi que l’organisation de l’université par la Présidence devient totalement anarchique car elle ne répond pas aux besoins structurels et matériels des 18 000 étudiants de l’UBM, elle n’organise l’université que selon le budget dont elle dispose. Sans aucune concertation des étudiants eux-mêmes la Présidence a imposé la décision de remplacer le TD par un CM, alors même que les objectifs pédagogiques des Travaux Dirigés ne sont pas du tout les mêmes que pour un CM. Par conséquent, le même étudiant affirme que la Présidence a dû « prendre des décisions qui concernent toute l’organisation d’une année scolaire, elles sont prises une semaine à l’avance... je parle du système d’alternation entre la semaine A et B. Par ailleurs, concernant ces semaines, on n’a même pas été prévenu d’un mail officiel qu’elles étaient ensuite supprimées : comment des étudiants qui ont des contrats de travail peuvent s’organiser ?  ».

Une organisation irresponsable qui laisse les étudiants dans le flou le plus complet, n’ayant même pas accès à leur emploi du temps deux jours avant la rentrée car le site de l’UBM ne fonctionnait pas ! Ce n’est qu’ensuite que Adam a découvert la plage horaire du cours d’histoire moderne de 20h30 à 22h30… « ça m’a tout d’abord choqué, j’étais halluciné et vraiment étonné car jamais j’ai vu ça de ma vie, un cours hyper tard, cela m’a vraiment énervé ». Il s’est ensuite avéré que ce cours placé à 20h30 sur l’Emploi du temps des L2 n’était là que pour notifier que le cours serait asynchronisé, c’est-à-dire enregistré et envoyé aux étudiants. Mais cela ne fait que démontrer une fois de plus que la Présidence est totalement amateuriste, d’autant plus que cette solution est loin d’en être une quand on est isolé et qu’en plus on est contraint de suivre un cours enregistré sans personne à qui poser de question ni parler.

Pour gérer la détresse des étudiants à l’UBM, Lionel Larré a seulement mis en place un « service de phoning » et une banque alimentaire pour 18 000 étudiants, c’est totalement insuffisant quand nous apprenons chaque jour de nouvelles tentatives de suicides poussées par la perte de son emploi, la non-indemnisation du chômage, des allocations qui baissent, et des étudiants qui n’arrivent pas à remplir leur frigo ou payer leur loyer. « Durant tout le premier semestre, j’ai eu du mal à payer mon loyer et mes heures de conduite. De plus, j’ai perdu mon emploi suite au second confinement de novembre. Même si je suis boursier, pratiquement l’intégralité de ma bourse me permet de financer mon loyer. Aujourd’hui j’ai fait le choix de revenir chez mes parents mais je continue à payer un loyer alors que je ne suis pas au sein de mon appartement  ».

D’autres étudiants n’ont pas d’autres possibilités que de rester cloîtrés dans leur petit appartement, souvent dans les logements étudiants du CROUS qui « s’en fout réellement de l’état psychologique des habitants de leurs logements, tant que tu paies dans les temps, sinon tu reçois un papier dès le lendemain qui notifie la fin du délai de paiement pour te rappeler que tu dois payer. Certes c’est pas grand chose, mais c’est mettre la pression sur des étudiants qui sont déjà au bord du décrochage ».

De son côté, si la « continuité pédagogique » n’est pas non plus sa priorité, le Président de l’Université de Bordeaux Manuel Tunon de Lara a bien assuré le maintien ainsi que toute organisation logistique des examens du 1er semestre… en présentiel. Voilà comment le second semestre commence en cette rentrée universitaire le 18 janvier : par la sélection sociale, c’est-à-dire la mise à la poubelle de dizaines de milliers d’étudiants !

Adam conclut en disant : « Je sens que cela va être un semestre compliqué, désordonné et fragile. Avec tous les problèmes que nous rencontrons en tant qu’étudiant, je suis très inquiet pour la suite de mes études mais aussi pour les générations futures car ce n’est pas que nous qui allons être touchés par ce climat intense vécu par les étudiants, personnels et professeurs de l’UBM. Je me dis même “est-ce-que je vais réussir à avoir mon semestre et me sentir mieux à l’avenir ? Retrouver une situation plus convenable... ?" Mais j’en doute fort et je sais que nous sommes pour l’instant bloqués et perdus dans cette situation  ».

Onzième Thèse refuse que la jeunesse soit la génération sacrifiée à la précarité et au chômage, nous dénonçons la politique criminelle sur le plan sanitaire du gouvernement qui a du sang sur les mains et contestons une gestion de cette précarité dans nos universités : il faut un plan d’investissement massif à la hauteur de la situation dans les universités, tant sur le plan sanitaire que pédagogique, il faut des embauches massives de professeurs et personnels qui puissent disposer de tout le matériel et des infrastructures nécessaires par réquisition de bâtiments s’il le faut et ainsi accueillir tous les étudiants en présentiel.




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