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Jeunesse

Université Bordeaux Victoire

Bordeaux. Partiels en présentiel : « J’avais le Covid mais j’ai été mélangée avec les autres »

Ce lundi, les étudiants de l’Université de Bordeaux ont repris les cours à distance. Pourtant, les partiels de décembre avaient été maintenus… en présentiel.

mercredi 13 janvier

Des partiels maintenus malgré le profond désaccord des étudiants

Pendant que M. Tunon de Lara, directeur de l’Université de Bordeaux, prétend se préoccuper du sort des étudiants quant aux indicateurs de dépression, qui sont en hausse, le mépris de la Présidence de la fac pour les étudiants n’en reste pas moins inchangé.

En effet, en décembre, celle-ci a décidé de maintenir les partiels…en présentiel, pour les étudiants en STAPS et en Psychologie. Une décision privilégiant la sélection sociale à la santé des étudiants, ce qui n’a pas manqué de provoquer colère et incompréhension parmi eux. Alors que certains d’entre eux étaient contaminés, d’autres considérés « à risque », rien n’a été prévu à leur égard. Beaucoup d’étudiants s’inquiétaient de passer les examens avant de retrouver leurs proches pour les fêtes, ce qui était là aussi une absurdité d’un point de vue sanitaire.

Les étudiants d’une promotion de psychologie ont pris le temps de s’organiser et ont réalisé un sondage en leur sein : 82,7 % n’étaient pas d’accord avec le fait de maintenir des examens en présentiel. Pourtant, la Présidence n’a absolument pas tenu compte de la demande des étudiants, et a maintenu sans accorder aucune attention à un sondage plus que majoritaire qui faisait remonter des préoccupations plus que légitimes de la part des étudiants.

En parallèle de cette organisation collective, une étudiante à la santé fragile et donc « à risque » a envoyé des mails à l’ensemble des professeurs en demandant des partiels en distanciel. Sa demande a été balayée d’un revers de main et les répercussions ont été de se faire réprimander par l’ensemble du corps professoral et des responsables. Ces derniers se sont contentés de rire au nez de leurs étudiants lorsqu’ils ont demandé une 3e session pour les étudiants « à risques » ou atteints du Covid.

Ainsi, que les initiatives soient individuelles ou collectives, au-delà de ne pas prendre en compte l’avis des étudiants, la fac les réprimande, mettant en exergue son fonctionnement totalement anti-démocratique, où la communauté étudiante, pourtant majoritaire, ne semble pas avoir son mot à dire sur son propre sort.

Un protocole sanitaire loin d’être à la hauteur

Pour ce maintien des partiels en présentiel, un plan sanitaire « pour éviter au maximum les contaminations » avait été annoncé. Pourtant, pas un seul détail sur ce plan sanitaire n’a été envoyé aux étudiants, et ce manque de transparence n’a fait que renforcer l’anxiété ambiante.

Si pour les Psycho un plan sanitaire plus poussé a été mis en place, malgré quelques cafouillages du coup des surveillants, en STAPS celui-ci est plus qu’à désirer. Comme l’illustre ce tweet d’un maître de conférences et responsable de la faculté STAPS à Bordeaux, durant les examens, les étudiants étaient nombreux par salle, bien que séparés, il n’y avait pas de mesure « 1 rang occupé sur 2 » et certains surveillants n’étaient même pas au courant des mesures en place, laissant place à des protocoles parfois plus que maladroits.

Ironie du sort, des étudiants contaminés ont dû se présenter aux examens. En effet, puisque la mise en place d’une 3e session avait été refusée, ceux-ci se sont vus obligés de passer leurs partiels, au risque que tout se joue pour eux lors des rattrapages. «  J’avais le Covid mais j’ai été mélangée avec les autres.  » témoigne une étudiante. « En plus, j’ai pas pu passer la première épreuve parce que j’ai été hospitalisée du au Covid, donc je suis obligée d’aller aux rattrapages. Ça me dégoûte car c’est pas de ma faute. »

Une nécessité de sélection pour une Université au service du capitalisme

La nature de l’université n’a jamais été aussi visible qu’en cette période de crise. La sélection, nécessaire à son fonctionnement, reste impérative quitte à être sociale et mettre la santé des étudiants en danger.

En effet, on peut bien parler de sélection sociale. Certains étudiants n’ont pas pu suivre les cours à distance pour tout un tas de raisons : précarité matérielle (matériel informatique, logement...) qui ne permet pas un suivi dans de bonnes conditions, difficultés psychologiques dues à l’isolement et au confinement… Or ni le gouvernement, ni le Crous, ni les facs n’ont pris de dispositions pour garantir les conditions matérielles nécessaires à cette généralisation du distanciel. Pire, ils maintiennent la sélection coûte que coûte, en profitant de la crise qui va accentuer les décrochages scolaires et qui a renforcé les inégalités sociales parmi les jeunes. Car la précarité estudiantine de fait qu’augmenter : en cette période, 74% des étudiants disaient avoir des difficultés financières.

Or face à une situation aussi inédite que celle que nous traversons, ni le gouvernement, ni les présidences d’université, n’apportent des réponses d’urgence aux étudiants : la priorité des universités reste de sélectionner et répondre aux quotas de validation. En effet cette année il y a « trop » d’étudiants dans les promos comparés aux moyens dont disposent les universités, notamment suite à la réussite exceptionnelle au Baccalauréat l’an dernier, qui a fait arriver des milliers d’étudiants en plus dans les campus.

La nécessité de sélection réside également dans le fait qu’il y a bien plus d’étudiants qui entrent en études supérieures que de places pour eux dans le marché du travail, et ce phénomène ne sera que renforcé avec la crise à venir et ses conséquences sur le chômage.

Mais ce n’est ni à la jeunesse, ni aux travailleurs ou aux franges populaires de payer la crise. Il est aujourd’hui nécessaire de s’organiser pour créer un rapport de force pour se faire entendre.

En pleine crise sanitaire, la question étudiante ne peut être que liée à celle de la santé : il faut se battre pour exiger un plan massif d’embauche tant dans l’éducation que dans les hôpitaux pour pallier à la crise et titulariser les contrats dans les services publics pour mettre un terme aux contrats précaires. Nous devons exiger des moyens à la hauteur de la crise, car nos vies en dépendent !

C’est dans cette optique que se présente le collectif Onzième Thèse aux élections des conseils centraux sur le campus de l’Université Bordeaux Victoire, au travers d’une liste de combat résolument anticapitaliste, pour ne pas être ceux qui paient les frais de la crise. Si nous n’avons pas l’illusion de pouvoir changer les fondements de l’université dans le cadre des conseils qui sont des instances anti-démocratiques, nous pensons qu’il est important d’y avoir des élus, pour apporter à l’ensemble des étudiants les informations qui y sont discutées dans l’opacité la plus totale, et pour porter nos revendications, dont l’issue se trouve avant tout dans la mobilisation.




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