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Politique

A quoi joue la RATP ?

Répression inédite à la RATP : 2 mois de mise-à-pied pour un médecin du travail

La RATP semble ne plus avoir de limite pour faire régner un climat de terreur dans l'entreprise et mater toute contestation : après la répression des grévistes, elle s'en prend maintenant à la médecine du travail. Sur des accusations fallacieuses, un médecin du travail a pris une lourde sanction de deux mois de mise-à-pied sans salaire.

lundi 17 février

Crédit Photo : O Phil des Contrastes

Deux mois sans salaire : voilà la sentence qui vient d’être prononcée à l’encontre d’un médecin du travail de la RATP sur des accusations fallacieuses, comme l’ont dénoncé les organisations syndicales dans un tract. La direction l’accuse de "non-assistance à personne en danger", au cours d’une séance de CSE DSC (Direction des Services Centraux) ayant eu lieu en octobre dernier, où un représentant de la direction aurait soi-disant fait un malaise. Ces accusations mensongères ont été démenties par les élus du personnel présents et montrent le culot sans limite de la RATP puisque la séance n’a même pas été immédiatement interrompue. On se demande donc si la direction se soucie tant que ça du malaise de l’un des siens ou si toute cette mascarade n’est ni plus ni moins qu’une tentative de faire taire un médecin qui dénonce la réorganisation de la médecine du travail !? On notera au passage que la CFE-CGC est la seule organisation syndicale à ne pas avoir pris la défense du médecin… mais rien d’étonnant de la part d’un syndicat à la solde de la direction.

Le chantage de la RATP assoiffée de rentabilité : la conduite ou la porte

Ce qu’il faut comprendre avec cette répression, c’est que toucher à un médecin du travail, c’est toucher à l’ensemble des salariés de la RATP. Le médecin du travail est censé être neutre et n’est pas là pour défendre la soif de kilomètres et de rentabilité de la direction. Il est là pour veiller à la sécurité et à la santé des travailleurs. Mais aujourd’hui, en sanctionnant un médecin, la direction veut mettre une pression psychologique à l’ensemble des médecins du travail. Il faut savoir que le médecin du travail est celui que les salariés vont consulter non seulement pour les problèmes de vie privée, mais surtout pour trouver des solutions adaptées aux salariés souffrant de pathologies ou autre pouvant engendrer des inaptitudes au travail. Par exemple, pour un machiniste qui ne serait plus apte à la conduite pour souci de santé et devrait être reclassé à un autre poste, mais aussi pour trouver des postes aménagés pour les femmes enceintes, etc. Que ce soit pour les conducteurs ou les agents de maintenance, les pathologies liées au travail sont nombreuses : problèmes de dos, troubles musculo-squelettiques… autant dire que la médecine du travail est indispensable pour les travailleurs. Elle est là aussi pour faire face à la direction dans des cas de harcèlement en tous genres, et c’est justement ça qui dérange les directions locales et générale de la RATP aujourd’hui.

A l’approche de la mise en concurrence en 2022, la RATP prévoit notamment la réorganisation du Service Santé au Travail (SST), ce qui était justement l’objet de la réunion de CSE DSC en question. On imagine bien que cette restructuration sera néfaste pour les salariés. On peut prendre par exemple le cas des inaptes : la direction de la RATP veut diviser par trois le nombre d’inaptes d’ici 2021, car pour elle un inapte, qui n’est plus en capacité de produire des kilomètres, n’est qu’un salarié bon à jeter à la poubelle. Le chantage est simple : pour eux c’est la conduite ou la porte. Voilà la pression qui s’exerce désormais sur les médecins du travail, à savoir limiter le nombre de salariés en inaptitude, quitte à conduire au détriment de leur santé. Mais cet objectif de réduction du nombre d’inaptes a été refusé par l’inspection du travail elle-même dans un rapport de 19 pages.

Quand la RATP cherche à soumettre la médecine du travail à ses intérêts

La direction voudrait soumettre la médecine du travail à travailler pour ses intérêts, mais ça pose un problème déontologique grave. La médecine du travail doit rester neutre et indépendante de la direction pour pouvoir réellement prendre soin des salariés. Et en tant que secrétaire CSSCT je peux dire que cette restructuration est mauvaise pour nous tous. Quand on voit le nombre d’agressions qui augmente à l’encontre des machinistes, comment la RATP peut-elle parler de risques psycho-sociaux et se dire préoccupée des salariés, tout en réduisant les effectifs de médecins et infirmiers qui sont déjà en souffrance ? C’est une hypocrisie totale ! Surtout que la pression est quasi omni-présente sur les salariés. Il n’y a qu’à voir les millions que la RATP a investi depuis des années avec des boîtes privées comme Médica Europe pour fliquer les agents en arrêt maladie chez eux et leur faire reprendre le travail... une société qui affiche sur son site internet que 54% des arrêts maladies seraient injustifiés... on voit bien que c’est encore la logique de la rentabilité qui prime, mais qu’à côté de ça ils n’investissent rien pour la sécurité et la santé des agents.

Mais le plus grave dans tout ça, comme l’a dénoncé l’inspection du travail, c’est que la direction cherche à restructurer la médecine du travail de force, sans même consulter l’ensemble des CSE, alors que ce sont bien 45.000 salariés qui en subiront les conséquences désastreuses ! Cette entrave est tout simplement scandaleuse et montre bien que cette réorganisation ne peut qu’empirer nos conditions de travail à tous. La direction se croit-elle au-dessus des lois ?

Des grévistes aux médecins du travail... La répression à tous les niveaux à la RATP

Ce qu’on constate aujourd’hui c’est que la répression est à tous les niveaux à la RATP : si ce médecin est réprimé lourdement aujourd’hui, par cette sanction inédite, c’est tout simplement parce qu’il a dénoncé une situation alarmante au sein de la médecine du travail et s’est opposé aux réorganisations qui ne feront que l’aggraver : manque d’effectifs et de moyens, personnels sous pression... et son lot de conséquences pour les salariés.

En s’acharnant sur un médecin qui a toujours œuvré pour le bien-être des salariés, la direction montre tout le mépris qu’elle a pour ses agents et leur santé. Cette sanction immonde rejoint la répression mise en place par l’entreprise pour faire taire toute contestation, que ce soit dans le cadre de la grève ou pour museler les élus qui défendent les conditions de travail, la santé et la sécurité des agents. C’est cette même logique répressive qui a conduit bon nombre d’élus et d’agents grévistes en procédures disciplinaires, que ce soit pour mon cas personnel ou concernant mes camarades François, Patrick, Yassine et Alexandre de Vitry, Hani à Belliard ou Laurent au métro.

Mais la RATP doit savoir une chose : cette répression ne nous fera pas taire. Nous avons été élus par le personnel au service du personnel et nous continuerons à nous battre pour chaque salarié qui sera réprimé par cette direction assoiffée de productivité au détriment du service public. Nous poursuivons notre combat contre la réforme des retraites et la casse du service public. Tous ensemble battons-nous contre cette direction et ce gouvernement macroniste qui veut tout privatiser. La RATP n’est pas à vendre, ses médecins non plus !




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