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Politique

Reprise de l’épidémie. Le gouvernement garde le cap : priorité à l’économie !

Ce vendredi en fin d’après-midi, le premier ministre a donné une allocution suite à la réunion du Conseil de Défense qui se tenait dans la journée. Malgré la reprise de l’épidémie en cette rentrée, aucune mesure nouvelle n’a été annoncée, au profit de la vie économique.

vendredi 11 septembre

Crédit photo / AFP - MEHDI FEDOUACH

Ces derniers jours, l’épidémie de coronavirus connaît une reprise en France. Le 6 septembre, la France a atteint un seuil inédit depuis le déconfinement : plus de 80 personnes ont été placées en soins intensifs rapporte Le Monde, alors que le précédent record datait du 19 mai avec 69 nouvelles admissions en réanimation. En tout, 615 personnes sont actuellement en réanimation des suites du Covid-19, la barre des 600 patients ayant été dépassée pour la première fois depuis la fin juin.

Face à cette situation préoccupante, qui a suscité des déclarations du Conseil Scientifique appelant le gouvernement à prendre des « décisions difficiles », le Conseil de Défense se réunissait ce vendredi pour faire le point sur de potentielles nouvelles mesures. Après quelques heures d’attente, Jean Castex a finalement donné, hier après-midi une rapide allocution.

Malgré la reprise de l’épidémie, aucun bilan de la gestion du gouvernement

Lors de son allocution, le Premier ministre a commencé par dresser un bilan de l’épidémie, en évoquant la « dégradation manifeste » de la situation épidémiologique. Une dégradation marquée par une augmentation des cas positifs, mais également une « augmentation sensible » des hospitalisations, qui frappe particulièrement certaines régions. Outre les 42 départements désormais classés en rouge, les métropoles de Marseille et Bordeaux ainsi que la Guadeloupe ont été cités comme particulièrement touchées par la reprise de l’épidémie.

« Le virus n’a pas baissé en intensité, avec une proportion toujours plus élevée de personnes âgées » a expliqué le Premier ministre avant de noter : « Il n’y a pas de ligne Maginot, même si le virus circule principalement chez les jeunes dont beaucoup ne présentent heureusement aucun symptôme, il finit inévitablement par toucher les personnes les plus vulnérables. »

Si le gouvernement a ainsi souhaité reprendre le diagnostic porté ces derniers jours par de nombreux scientifiques, à commencer par le Conseil Scientifique, il a en revanche choisi de s’exonérer de toute responsabilité dans la situation. « Face à cette épidémie, notre stratégie ne varie pas » a ainsi paradoxalement expliqué le Premier ministre en conclusion de son diagnostic d’une reprise de l’épidémie, passant ainsi sous silence les critiques qui se multiplient sur les conditions de la reprise dans l’Education Nationale ou les Universités notamment, et préférant évoquer le « relâchement » pendant la « période estivale ».

Pas de « mesures difficiles » ? Le gouvernement choisit de maintenir le cap de sa stratégie

Lutter contre l’épidémie : « en évitant de devoir mettre entre parenthèse notre vie sociale, culturelle, économique, l’éducation de nos enfants et notre capacité à vivre normalement » : voilà comment Jean Castex a décrit la stratégie du gouvernement. Et de préciser : « Oui le virus est là pour quelques mois encore, et nous devons réussir à vivre avec lui sans nous laisser entraîner à nouveau dans une logique de confinement généralisé. » Une priorité accordée à la continuité de la « vie », dont le corollaire est clair, à savoir l’acceptation d’une « circulation haute du virus » ainsi que le formule Mediapart. Une politique d’autant plus difficile à assumer qu’elle implique un nombre beaucoup plus important de victimes.

En ce sens, alors que mercredi dernier, Jean-François Delfraissy, président du Conseil Scientifique, martelait le fait que le Conseil de Défense devrait prendre ce vendredi « un certain nombre de décisions difficiles et ce dans les huits jours maximum », Jean Castex n’a finalement annoncé que deux mesures, très partielles. D’une part, le gouvernement créera 2000 postes supplémentaires dans l’assurance-maladie et les ARS pour contribuer au « traçage » des cas contacts, d’autre part la durée de la période d’isolement est ramenée à 7 jours et des « contrôles » de celle-ci seront effectués. En dehors de ces mesures cosmétiques, Jean Castex a renvoyé aux préfets des départements classés rouges et des métropoles de Marseille et Bordeaux, ainsi que de la Guadeloupe, la responsabilité de la mise en place de mesures supplémentaires.

Jean Castex a par ailleurs rappelé la centralité des gestes barrières et loué la politique de dépistage du gouvernement. Faisant l’impasse sur les limites actuelles de celle-ci, avec des laboratoires biologiques déjà surchargés de travail à l’aube d’une probable deuxième vague, le Premier ministre s’est contenté de promettre de faciliter l’accès des personnes « prioritaires » aux tests avec des « créneaux horaires » et des « tentes de dépistage » dédiés. Là encore, une stricte continuité de la politique menée par le gouvernement depuis le déconfinement, dont on peine à voir comment elle va permettre de faire face à une potentielle nouvelle explosion de l’épidémie.

Une stratégie toujours en-deçà de la situation

Ce vendredi, le gouvernement a donc choisi de maintenir le cap qu’il tient depuis le début de l’épidémie, la priorité accordée à l’économie. En ce sens, alors qu’un plan de relance de 100 milliards d’euros était annoncé il y a deux semaines, le gouvernement n’a décidé de débloquer aucuns moyens supplémentaires pour faire face à la reprise de l’épidémie.

Augmenter les capacités de tests à l’heure où de nombreux laboratoires se disent débordés, créer des centres de dépistage dans les écoles et les lieux d’études pour multiplier les tests au plus près des potentiels clusters, distribuer gratuitement des masques, augmenter les moyens des universités et de l’Education Nationale pour pouvoir accueillir dignement les élèves et étudiants dans le respect des mesures sanitaires : autant de mesures que le gouvernement semble ignorer alors qu’elles sont plébiscitées par ceux qui font face au quotidien à l’épidémie.

Du côté des entreprises, le gouvernement n’a fait aucune recommandation, alors même que la Direction générale de la Santé montrait il y a deux jours dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire qu’elles constituent 29% des clusters identifiés. Encore une fois, c’est le laisser-faire qui prime, tandis que le gouvernement, à travers Jean Castex, n’a pas manqué d’insister à nouveau sur la responsabilité individuelle en appelant à un « civisme exigeant » et en expliquant de façon lapidaire : « demain dépend de vous, de nous ».

Dans une telle situation, le monde du travail devra se mobiliser non seulement face à la crise, mais aussi pour exiger des moyens sanitaires supplémentaires, des masques gratuits pour toutes et tous, des moyens à la hauteur des besoins dans l’Education Nationale, les Universités, les transports et l’ensemble des entreprises. Il devra également refuser clairement toutes les mesures répressives que le gouvernement tente d’imposer sous-couvert de lutte contre l’épidémie. Si le confinement et la volonté des patrons et du gouvernement nous a appris quelque chose, c’est que l’arrêt effectif des productions non-essentielles et l’obtention de mesures sanitaires à la hauteur ne pourra être conquis que par les luttes, et que, laissée au gouvernement, la gestion sanitaire se transformera inéluctablement en attaque contre nos droits et en augmentation de la répression contre les plus précaires.




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