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Monde

Révolution arabe

Retour de flamme en Tunisie ?

Nijhal Pajus Depuis quelques jours, les manifestations ont repris en Tunisie, à Kasserine, avec une intensité comparable à celle du 17 décembre 2010, date à laquelle la révolution a commencé et qui a mené à la chute du régime du dictateur. Révolution qui a inspiré des mouvements sociaux dans le monde entier et qui s'est propagée dans toute la région, conduisant à un début des plus grands changements politiques depuis la deuxième guerre mondiale.

jeudi 21 janvier 2016

Le 17 janvier Ridha Yahyaoui, un jeune diplômé chômeur s’est donné la mort, comme signe de protestation ultime face à sa situation. Celui-ci était plongé dans une situation très précaire de chômage, comme 50% des jeunes dans certaines régions, au sein d’un pays rongé par la corruption et où le taux de pauvreté s’élevait à 25%. Le désespoir et l’absence de perspectives l’ont tué.

Il n’est ni le premier ni le dernier. Après sa mort, un groupe de jeunes a voulu se jeter du haut d’un bâtiment et ils ont été sauvés par les agents de la protection civile, d’autres se sont cousu la bouche. Ces jeunes considèrent avoir été escroqués après cinq ans de promesses qui n’ont pas vu le jour,avec les mêmes politiques et choix économiques que ceux de l’ancien régime ayant conduit à la révolution.

Il y a trois jours, de petits groupes du même gouvernorat « Gasserine » - déjà connu comme la deuxième région s’étant révoltée en 2010, celle avec les taux de pauvreté et de chômage les plus élevés de tout le pays - ont commencé à brûler des pneus, renverser de l’essence pour y mettre le feu, rameutant d’importants renforts de police. Les objets du quotidien, poubelles, planches, outils, étaient renversés sur les chaussées afin de dresser des obstacles. Certains utilisaient des écharpes en guise de masques, jetant des pierres sur les forces de l’ordre. Du gaz lacrymogène a été diffusé pour tenter de stopper les assaillants. Les militaires, comme souvent dans des cas critiques d’affrontements entre policiers et jeunesse, se sont disposés aux principaux carrefours de la ville.

Les confrontations ont continué jusqu’à tard dans la nuit avec une très forte répression policière. Un couvre feu a été instauré de 18h à 5h du matin. Les manifestations se sont poursuivies malgré cette décision, et ont abouti sur l’occupation du gouvernorat (équivalent de mairie en France). A peine quelques heures après, des jeunes d’autres régions comme Sidi Bouzid, Jendouba, Béjà ou Kef, ont commencé à bloquer des rues et s’affronter aux forces de l’ordre. Un peu partout ont eu lieu des affrontements, du nord au sud du pays, jusqu’à la capitale, à quelques centaines de mètres du palais présidentiel.

Le gouvernement sous le choc, et qui se précipite vers sa fin selon certains, a déclaré hier des réformes sociales comme attribuer 500 micro crédits, régulariser la situation de certains nouveaux embauchés et rebooster certaines entreprises entrain de faire faillite. Des décisions mineures jugées peu efficace par une grande majorité, sur la scène politique comme par les manifestants, montrant une absence de stratégie face à un mouvement de cet ampleur.

Entre protestations et réformes qui ne sont pas à la hauteur de la demande, un groupe d’islamistes qui se revendiquent de DAESH et qui mènent depuis presque 3 ans une guerre contre l’État, faisant déjà plusieurs victimes civiles et militaires, a mis sur les réseaux sociaux une vidéo de propagande encourageant les manifestants à faire face à ce système qui est selon eux « anti-islamiste » et les invitant à les rejoindre.

Ainsi, cette flamme révolutionnaire se trouve prise en étau entre une politique nationale et mondiale qui veut à tout prix l’étouffer et des contre-révolutionnaires djihadistes tout aussi déterminés à semer la terreur et l’obscurantisme.




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