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Réforme des retraites

Retraites : les profs ont toutes les raisons de s’inquiéter et de se mobiliser mardi 24

Le rythme macronien est suspendu à la réforme des retraites lancée cet automne par le gouvernement et le nouveau ministre Delevoye. Parmi ses futures victimes, les enseignants, attaqués par les réformes Blanquer ont toutes les raisons de s’inquiéter du projet de loi et de rejoindre la grève interprofessionnelle du mardi 24 septembre.

dimanche 22 septembre

Le scénario d’un nouveau décembre 95 plane pour le gouvernement, après la journée de grève très suive à la RATP venue rappeler que le passage du projet de réforme des retraites ne se fera pas sans heurts ni sans répercussion. Premier ressenti de l’effet de « giletjaunisation » sur le monde du travail... Il semble que la mise en place du gros morceau du quinquennat Macron sera bien plus compliquée que prévue. On craint, dans les rangs du gouvernement, que des velléités à la mise en place d’un « tous ensemble » contre les retraites ne pointe son nez. Que la contagion de la contestation gagne également les enseignants, déjà échaudés par la réforme du baccalauréat et la loi Blanquer l’année dernière.

Après avoir attaqué l’éducation nationale de la maternelle à l’université Blanquer a su réveiller les profs et l’année scolaire 2019 s’est terminée en blocage historique des copies de brevet et de bac. Mais cette parenthèse de rage face aux réformes ne s’est finalement jamais refermée et l’absence de dates posées par les organisations syndicales pour continuer à mobiliser et faire retirer les reformes Blanquer font que le climat de tension dans l’éducation nationale est aujourd’hui palpable. Il faut désormais ajouter à cela la retraite façon Delevoye qui vient attiser une flamme qui peinait à s’éteindre et les profs ont en effet toutes les raisons de s’inquiéter de cette attaque supplémentaire.

En effet aujourd’hui pour « bénéficier », terminologie discutable puisqu’il s’agit d’un salaire différé, du système de retraite il faut cotiser près de 42 annuités et la retraite est calculée sur les six derniers mois de salaire, cela permet de compenser les débuts de carrière de profs où les salaires sont relativement bas. Avec le système Delevoye il n’est plus question des six derniers mois, puisque la retraite serait calculée sur l’ensemble des années d’activités, les plus mauvais salaires également. L’argument utilisé pour cette nouvelle technique de calcul est qu’il s’agirait d’instaurer un système soi-disant universel par point. Seulement le mystère reste aujourd’hui entier sur la façon dont sera calculé ce fameux point.

L’objectif pour le gouvernement est de plafonner les dépenses pour les retraites à 14% du PIB, de sorte que les patrons ne cotisent pas un euro de plus, et cela alors même que la part des retraités parmi la population va augmenter à 25,1%. Il s’agit donc de donner moins à l’ensemble des retraités mais également de faire partir à la retraite les travailleurs plus tardivement.

L’âge minimal de départ à la retraite est aujourd’hui fixé à 62 ans mais c’est un âge totalement théorique qui n’est pas l’âge de départ à taux plein. L’âge de départ à taux plein est fixé à 64 ans et avant cet âge, une décote s’applique : 10% pour un départ à 62 ans, 5% pour un départ à 63 ans. Cet âge le gouvernement veut aujourd’hui y toucher, en jouant sur l’idée d’un « âge pivot » et d’un « âge d’équilibre », en le faisant dépendre de l’espérance de vie à la naissance (EVN). Actuellement, l’espérance de vie en bonne santé (EVBS) est de 64,9 ans pour les femmes et de 62,6 ans pour les hommes et stagne depuis 10 ans, cet argument sur l’évolution de l’espérance de vie qui aurait tendance à s’allonger est donc totalement à bannir puisqu’il ne prend absolument pas en compte la question de la santé, de la pénibilité au travail, du stress, de la fatigue... Vers 60 ans c’est également l’âge où apparaissent le plus de problèmes de santé. Aujourd’hui, pour beaucoup de travailleurs, il est déjà difficile de profiter de sa retraite en bonne santé. Delevoye ne va faire qu’empirer cet état de fait.

Pour désamorcer une éventuelle contestation dans l’éducation nationale une petite musique a commencé à être entonnée par quelques médias : une véritable cabale truffée de faux chiffres visant à faire croire que les professeurs toucheraient des salaires mirobolants – 3800 euros selon LCI en moyenne - et seraient des privilégiés. Nouvelle technique pour les décrédibiliser, les isoler, pour ainsi éviter le tous ensemble des prochaines batailles.

La réalité c’est que les attaques n’ont jamais été aussi forte côté éducation nationale et que la pénibilité au travail s’est cruellement accentuée ; travailler de plus en plus avec de moins en moins de moyens, dans un climat de plus en plus autoritaire, ajoutant également une casse du statut accéléré et la multiplication des emplois précaires, tout cela commence à lourdement peser sur le métier. Le gouvernement en sacrifiant les régimes spéciaux et en avançant vers une longévité de carrière avec à la clé des pensions riquiquis cherche a définitivement casser les profs et l’enseignement public. C’est parce que la contestation des réformes Blanquer ne s’est jamais refermée et c’est parce que les retraites Delevoye promettent le coup de grâce du gouvernement à l’ensemble des métiers qu’il faut une riposte d’ampleur des profs au côtés des autres travailleurs. Et le mardi 24 septembre, journée de grève interprofessionnelle, est la première marche de cette étape décisive.