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Du Pain et des Roses

« Des coucheries de gamins de 20 ans »

Rozenn contre Chronodrive aux Prud’hommes : Retour sur le procès des violences sexuelles au travail

9 h.Conseil des prud’hommes de Toulouse. Plusieurs salariées et anciennes salariées se pressent dans une salle pleine pour assister à l’audience qui oppose Rozenn Kevel à Chronodrive, son ancien employeur.

vendredi 4 juin

A l’occasion de cette deuxième journée de grève dans l’entreprise, la militante exige sa réintégration devant les conseillers. Accompagnée de ses deux avocates, Savine Bernard et Elsa Marcel, Rozenn Kevel et ses collègues ont assisté à deux longues plaidoiries. En demande, les avocates ont insisté sur l’intensité de l’activité syndicale d’une jeune militante de 19 ans qui s’est exposée dès son embauche sans être protégée par un mandat. Dans ce contexte, le Tweet qui d’après la société justifie son licenciement n’est qu’un prétexte. En effet, la société s’est jetée sur l’occasion de se débarrasser d’une salariée dérangeante qui dénonçait des faits graves de harcèlement sexuel. « Le licenciement de Madame Kevel a permis de couper court à la dynamique ascendante de la campagne menée par la CGT dans un contexte où les violences sexuelles au travail commencent à être dénoncées. Chronodrive n’est pas un cas isolé, on a vu des phénomènes semblables à McDonald’s, à Carrefour drive. Le risque pour la direction, c’était celui d’un« #Metoo au travail » .

 La CGT Commerce et Services 31 était également « intervenante volontaire » à la procédure. Autrement dit, elle s’est jointe à la défense de Rozenn dans la mesure où elle estime que son licenciement est une atteinte à la liberté syndicale et concerne la CGT. Le défenseur syndical a salué le courage d’une salariée prête à intervenir sans filet de sécurité : « Licencier un salarié protégé, c’est beaucoup plus difficile »,a-t-il insisté. De son côté, Chronodrive, tout en niant l’existence de faits de harcèlement sexuel ainsi que toute intention discriminatoire, a en réalité centré la quasi-totalité de sa défense sur ces questions. Elle verse au soutien de ses affirmations une enquête réalisée par la Direction des ressources humaines sous pression de la CGT qui, sans surprise, conclut à l’absence de tout fait de harcèlement. Pourtant, une enquête pénale de l’Inspection du travail est encours. Mais surtout, d’après la demande, l’enquête menée par la direction serait révélatrice à plus d’un titre : non seulement contestable dans sa méthodologie (témoignages écartés ou modifiés,certains salariés seulement ont été interrogés, etc), elle montre que des responsables peuvent traiter des salariés de « pute » en toute impunité.

Aussi,les avocates de Rozenn ont insisté : « Il y a une véritable indignation à géométrie variable. Rédiger un tweet humoristique qui parle de son employeur comme d’un mytho est visiblement infiniment plus grave que de tolérer des faits d’une telle violence sur le lieu de travail ». Pour se justifier, l’avocate de Chronodrive a insisté sur la composition du comité de direction de la société, particulièrement féminisé, ainsi que sur le fait qu’elle obtiendrait 99/100 à l’indice égalité homme/femme. En réalité, c’est le cas de toutes les boites dans les secteurs où le salaire est tellement faible qu’il n’existe pas de différence de rémunération entre les travailleurs et les travailleuses. Mais surtout, c’est bien la preuve qu’être femme ne suffit pas àdéfendre les salariées du bas de l’échelle lorsqu’elles relèvent la tête. A l’inverse, la partie adverse n’a pas hésité à étaler la vie privée des victimes, selon une rhétorique culpabilisante classique, en invoquant« des coucheries de gamins de 20 ans ». 

Le délibéré sera rendu le 18 juin.

Afin de soutenir Rozenn dans son combat , nous appelons à la solidarité et à participer à cette caisse de soutien, pour faire payer Chronodrive face à la répression qu’a subi Rozenn et face à son mépris vis-à-vis des victimes au sein de l’entreprise. Le lien de caisse de soutien en ligne : https://www.cotizup.com/rozennvschrono




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