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Politique

Provoc' ou coup de com' ?

« Rue du Brexit » à Beaucaire. Quand le FN crée la polémique pour poser la question de la sortie du l’UE

C'est un sujet qui a fait sourire, voire suscité des moqueries, outre-manche. Julien Sanchez, maire FN de la ville de Beaucaire dans le Gard, a choisi de baptiser l'une des rues de la ville « Rue du Brexit ». Une décision visant avant tout à appuyer le Frexit, position portée par Marine Le Pen. Frédéric Apoyo

mercredi 28 décembre 2016

Ouvrir une polémique pour peser sur les débats en vue de 2017 ? Dédiabolisation ou non, la recette reste la même

L’histoire du Front National est jalonnée de déclarations sulfureuses de ses têtes d’affiches, et ce même depuis la politique de dédiabolisation de sa présidente Marine Le Pen. D’une manière générale, ces polémiques avaient toutes un objectif bien précis : mettre sur le devant de la scène, avec une polarisation réactionnaire maximale, les thèmes de débat chers à la formation d’extrême droite : sur les questions identitaires, migratoires, sécuritaires, etc.

De ce point de vue, la « rue du Brexit » de Beaucaire suit le même objectif, avec une touche provocatrice propre au FN. À savoir : placer la question d’un Frexit – un référendum sur la sortie de la France de l’Union Européenne – comme un thème d’actualité de la vie politique française, et ce à moins de quatre mois du premier tour de la présidentielle 2017. Pour ce faire, Julien Sanchez, maire de Beaucaire, n’a pas choisi l’emplacement de la « rue du Brexit » par hasard. Elle situe aux abords de la rue Robert-Schumann et l’avenue Jean-Monnet, deux des pères fondateurs de l’UE. Pour justifier cette initiative, l’élu frontiste a déclaré vouloir honorer le « choix du peuple britannique qui a voté en faveur d’une sortie de l’Union européenne l’été dernier ». Le discours est populiste, comme à l’accoutumé, mais résolument light dans la forme. Une forme de provocation d’un FN dédiabolisé qui masque bien mal la nature « coup du com’ » de l’initiative et qui aura provoqué des réactions ironiques de la part des médias britanniques. Surtout lorsqu’on sait que la rue en question tourne littéralement en rond et se trouve dans un centre industriel à l’écart du centre-ville.


Une polémique à l’image du FN et ses positions sur l’UE. Tout sauf anti-système

L’histoire de la rue du Brexit de Beaucaire a de quoi faire sourire, mais elle est aussi paradoxalement révélatrice. Certes, l’Union Européenne permet aux différentes bourgeoisies de se coordonner, et est bel et bien une Europe qui ne correspond en rien aux intérêts des travailleurs et des masses populaires. Libéralisation à outrance des marchés, fermeture des frontières et autres traité type TAFTA sont là pour nous le rappeler régulièrement. Mais la sortie sur la droite de la Grande-Bretagne de l’Union Européenne n’a, en rien remis en cause le système dans le royaume. Au contraire, il s’agit d’affirmer un capitalisme plus nationaliste. Si ce n’était en aucun cas le choix numéro 1 de la bourgeoisie britannique, une telle politique ne remet absolument pas en cause cette hégémonie.

La position du FN, et de l’extrême droite européenne en général, n’est pas différente. Le choix d’une rue du Brexit pour saluer le peuple britannique souverain est là pour en attester. L’objectif du Front National est de suivre cet exemple, ni plus ni moins. Cela peut avoir la forme d’une politique anti-système, sur laquelle Marine Le Pen tente de surfer pour gagner l’Élysée, mais ce n’est en définitive qu’une variante dudit système. Il en va de même pour toute la ligne politique réactionnaire du Front National. Quant à l’Union européenne, notre camp social n’aurait d’intérêt à la quitter que pour une Europe des travailleurs, unis, en opposition au projet économique du patronat, et non pour un replis sur soi souverainiste et nationaliste. Mais de cela, bien entendu, le FN – comme l’ensemble des partis bourgeois – ne veut pas en entendre parler.




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