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Notre classe

Succès de la rencontre

SNCF, RATP, Keolis, Transdev, une rencontre pour se préparer « tous ensemble » contre la privatisation

Tandis que la privatisation des transports publics avance à grand pas, des travailleurs syndiqués ou non de la SNCF, RATP, Keolis, Aero Piste, Savac ou Transdev se sont réunis ce samedi. L'objectif : se préparer à mener la bataille tous ensemble contre le gouvernement et le patronat des transports en commun.

lundi 5 octobre

Un cortège de grévistes de la RATP et de la SNCF pendant la manifestation du 16 janvier à Paris contre la réforme des retraites. Crédits photo : O Phil Des Contrastes

Le 22 septembre, Révolution Permanente dévoilait en exclusivité le contenu d’un document classé confidentiel par le ministère des Transports. Il s’agissait du projet d’accord appelé « cadre social de l’ouverture à la concurrence du réseau bus RATP », qui vise à remettre en cause la réglementation du travail des conducteurs, agents de maintenance et les fonctions supports du réseau RATP Bus, dans le cadre de la Loi d’Orientation et de Mobilité (LOM), promulguée par le gouvernement d’Édouard Philippe en 2019, et de la loi ORTF de 2009. Cette nouvelle attaque concerne le nombre de repos, les amplitudes ou encore le nombre de congés, ainsi que la préparation des conditions de transfert du personnel, et tend à devenir, à terme, l’accord collectif pour tous les salariés de la RATP (RER et métro compris), et pour l’ensemble du secteur des transports publics.

Une offensive menée par le gouvernement et le patronat du transport au lendemain de la grève contre la réforme des retraites de l’hiver dernier – la plus longue depuis mai 1968 – dans laquelle les travailleurs des transports publics, en particulier de la RATP et de la SNCF, ont joué le rôle de locomotive en paralysant le réseau de transports de la capitale. Après avoir subi la répression policière sur les piquets de grève et dans les manifestations, les ex-grévistes de la RATP ont fait les frais des nombreuses procédures disciplinaires entamées par la direction de l’entreprise, à l’instar d’Alexandre El Gamal, délégué CGT-RATP au dépôt de Bus de Vitry-sur-Seine, révoqué pour des faits reprochés notamment pendant la grève. En ce sens, cette nouvelle attaque qui vise à démanteler le secteur des transports publics représenterait un coup important pour l’ensemble du mouvement ouvrier et des classes populaires. Et si le projet d’accord pour ouvrir le réseau RATP bus à la concurrence il est claire que le métro et le RER seront « les prochains à se faire croquer » comme l’a expliqué Farid, syndiqué Solidaires RATP et conducteur sur la ligne 3 du métro parisien.

Une réunion pour préparer la riposte avec tous les agents des transports publics

C’est dans ce contexte que samedi 3 octobre, une soixantaine de militants syndicaux et non-syndiqués de la SNCF, de la RATP, et des filiales de Transdev et Keolis se sont retrouvés au Théâtre de l’Échangeur à Bagnolet pour échanger et préparer la riposte face à la privatisation des transports publics orchestrée par le gouvernement. Des tâches préparatoires d’abord pour unifier le secteur des transports « contre le corporatisme et la division entre chaque secteurs », comme l’a rappelé le cheminot Anasse Kazib pour introduire la réunion. Et pour cause, fragmentés entre d’une part les bastions ouvriers que représentent la RATP et la SNCF, et d’autre part les groupes privés Transdev et Keolis divisés en filiales, les salariés des entreprises de transport public ne jouissent pas des mêmes statuts ni du même « sac à dos social ». Mais aussi pour préparer la bataille de l’opinion publique en démontrant que « l’ouverture à la concurrence » vantée par le patronat et le gouvernement ne mène à rien d’autre que « passer d’un monopole public à des monopoles privés » via un système de filiales privées, et que face à la crise sociale et économique qui vient, il s’agirait au contraire de défendre la gratuité des transports en commun.

L’exemple de l’ouverture à la concurrence du réseau Transilien et TER dans la région Haut-de-France est à ce titre démonstratif. Karim Dabaj, délégué SUD-Rail au technicentre SNCF du Landy, a ainsi expliqué qu’entre 900 et 1.000 cheminots seront obligé d’accepter d’être transférés vers la filiale ou l’entreprise qui remportera le marché, en abandonnant leur sac à dos social après les quinze premiers mois. Or, une close dans le contrat empêche la SNCF de répondre à cet appel d’offre, et la région Grand-Est et PACA obligent la SNCF « à créer une entreprise dédiée de droit privée ». Ce qui pousse le syndicaliste à poursuivre : « On avait très bien compris que c’est les filiales de la SNCF qui se positionnerait sur les marché. C’est ce qui se passe aujourd’hui, on ne s’est pas trompé. » Avant de conclure que si « la direction de la SNCF ne conteste pas cette close », c’est parce qu’elle « permet de se séparer du sac à dos social (conditions de travail, ancienneté...), et permet de faire de l’argent sur le dos des usagers et salariés. »
Une postière venue pour apporter son soutien aux travailleurs du transport public s’est également appuyé sur le cas La Poste, véritable cas d’école, pour montrer les conséquences de la privatisation : « avec la privatisation, il y a eu 100.000 emplois supprimés à La Poste depuis 10 ans. Il y maintenant 10% d’intérimaires. Et au passage ils ont fumé les représentants syndicaux. Le but c’était de faire peur à la base ».

« Porter la voix de la base »

« Tout ça c’est pour casser les statuts et les collectifs de travail », résume Éric Bezou, militant SUD-Rail licencié en juillet par la SNCF. A l’image de ce que Jean-Marc, délégué CGT Transdev Marne-et-Morin, qui explique que sur son secteur un nouvel appel d’offre va être lancé. « On sait très bien qu’il y aura des licenciements, on a déjà 5 lignes qui partent chez AMV, le concurrent ». Et pour ceux qui resteront : « on garde nos acquis 15 mois et après tout tombe […] Keolis, Transdev, SNCF, RATP, ils ont tous le même but, se partager le gâteau et nous faire rouler tous pour un SMIC ». Un constat qui pousse Yassine, conducteur de bus RATP, à défendre la nécessité d’avoir une plateforme de revendication commune à l’ensemble des travailleurs des transports publics pour « avoir tous les mêmes conditions de travail », en nivelant les conditions de travail et les statuts vers le haut. Le machiniste affirme en effet : « le gouvernement nous parle de séparatisme, mais je ne vois pas de séparatisme dans cette salle. Par contre c’est le gouvernement et les patrons qui nous séparent », avant de terminer : « il faut qu’on se prépare, on n’a pas le temps parce que eux ont déjà commencé ».

« Comment proposer une politique collective les prochaines semaines et les prochains mois ? » questionne Anasse Kazib, après avoir fait le tour des secteurs en présence, et notamment les nombreuses interventions des salariés de filiales privées présents à la réunion en plus des agents RATP et SNCF. Et le cheminot d’expliquer : « en 1995 il n’y avait pas de coordination alors que la RATP et la SNCF étaient en grève. A aucun moment les confédérations syndicales n’ont porté le projet d’unir l’ensemble des transports publics avec des revendications communes ».
Pourtant loin d’être « anti-syndical », le cheminot lui-même syndicaliste à SUD-Rail insiste sur la nécessité que « la base » mette la pression aux directions syndicales qui brillent par leur absence, alors que la privatisation des transports publics est aujourd’hui plus concrète que jamais. « Il faut casser les négociations des directions syndicales qui vont négocier le poids des chaînes. On ne négocie pas la régression sociale » a-t-il conclut, rappelant la force de la coordination RATP-SNCF, outil qui a servi à organiser les travailleurs des transports publics francilien pendant la grève contre la réforme des retraites alors que les directions syndicales décrétaient la trêve de Noël : « on n’a jamais discuté de la moindre négociation. Notre seul mot d’ordre c’était le retrait total. Parce que si on avait bégayé, les directions syndicales en auraient profité. Mais le fait d’avoir un secteur déterminé ça les en a empêché ».

De même lors de la grève dans les technicentres SNCF de Châtillon et du Landy, qui ont précédé la grève contre la réforme des retraites et permis aux cheminots travaillant en 3x8 de gagner des jours de repos supplémentaires que la direction voulait leur enlever. Pour Karim Dabaj, cela montre que « quand on est fort, unis, organisés, on peut gagner contre les patrons ». Et le syndicaliste d’expliquer : « pourquoi on a été forts ? C’est en démontrant que tous les avis comptaient, y compris des salariés qui n’avaient jamais fait grève avant et qui prenait la parole en AG pour dire ce qu’ils avaient à dire. [...] On faisait des négociations à 25 cheminots face à la direction ». Farid, le traminot conducteur sur la ligne 3 du métro parisien, continue : « il faut qu’on ait plus de monde, avec des gens des différentes entreprises, des différents dépôts. Aujourd’hui c’est un bon début, mais il faut élargir pour mettre la pression sur IDFM », évoquant la possibilité d’organiser un rassemblement devant le siège d’Île-de-France Mobilités. « Il faut aussi forcer les organisations syndicales à être plus offensive contre les appels d’offre, et proposer un plan de bataille ». Tandis que Laura, agent de circulation à la gare du Bourget et déléguée Sud-Rail rappelle que « il ne faut pas oublier situation dans le pays. Il y a d’autres secteurs qui cherchent à s’organiser même s’il ne sont pas encore en grève. A Toulouse une rencontre pour coordonner le secteur de l’aéronautique où les plans de licenciements pleuvent, a réuni des salariés de19 entreprises alors que c’est un secteur où il n’y a jamais grève d’habitude ». Car dans un deuxième temps, il faudra en effet se coordonner avec d’autres secteurs pour faire plier gouvernement et l’ensemble du patronat.

C’est donc fort de ces discussions que les participants ont acté de la rédaction d’un communiqué à publier et à diffuser dans les différents dépôts, gares, centre de maintenance, en faisant des tournées associant des salariés des différentes entreprises, pour convaincre les collègues et construire le « tous ensemble ». D’autre part, une délégation composé de salariés des différents secteurs des transports en commun se rendra au rassemblement appelé à Lille le 15 octobre prochain contre l’ouverture à la concurrence des lignes Transilien et TER dans les Hauts-de-France. Enfin, une prochaine réunion est actée pour le 7 novembre à laquelle sont conviés tous les salariés du transport public, afin de se préparer à la bataille contre la privatisation et construire un plan de bataille à la hauteur.




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