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SNCF : les lignes Normandes ou l’exemple d’une catastrophe annoncée

Des organes de freinages usés au-delà de toute limite raisonnable, des portes qui dysfonctionnent et qui pourraient s’ouvrir pendant les trajets alors que cela n’était jamais arrivé, une usure générale alarmante du matériel roulant sur la région Normandie. Les cheminots de la maintenance sont formels, la sécurité est loin d’être optimale sur les lignes Normandes. Et le SA2020 (Service Annuel) prévoit plus de trains, à la demande de la région Normandie, ce qui est positif, mais va encore aggraver cette situation qui va devenir extrêmement dangereuse pour la sécurité des circulations si aucune mesure n’est prise.

samedi 9 novembre

Une culture de la sécurité remplacée par une culture de la gestion des risques

Cela dure depuis un certain temps et c’est ce qui pèse sur la régularité des circulations ferroviaires dont la dégradation est constatée au quotidien par les voyageurs. À la nouvelle SNCF, la sécurité est remplacée par la gestion des probabilités d’incidents. Cela signifie que si un risque d’incident reste mineur, on le prend, et puisque les normes de sécurité d’utilisation (des rames ou des installations) sont toujours calculées avec de la marge, on peut en abuser légèrement, etc…

Le problème est que ces calculs dangereux sont faits sur l’ensemble des services et qu’à un certain point, les probabilités d’incidents ne s’additionnent plus, mais se multiplient entre elles, générant ainsi un risque très accru d’accident grave (comme ce fut le cas à Brétigny).

Mais c’est aussi un calcul purement financier. Combien coûte une maintenance ou un entretien régulier à l’année comparée à une gestion de crise ? bus de substitution, voire taxi, frais d’hôtel, etc… Le cynisme va-t-il jusqu’à estimer le coût d’un ou plusieurs blessés plus ou moins graves ? Avec les technocrates, on peut toujours s’attendre au pire…

En 2015 déjà, sur la Normandie, la SNCF n’avait pas hésité à maintenir une vitesse de 200 km/h avec des essais de freins dits « non concluants », donc non conformes à cette vitesse, pour de simples soucis de régularité et certainement pour maintenir de bonnes relations avec le conseil régional. Mais en cas d’obstacle sur les voies ?!

Des décisions « réglementaires » nationales très contestables, prises hors de toute réalité

La récente décision des services nationaux du « Matériel » (maintenance du matériel roulant) est de passer de pas de maintenance (délais entre 2 visites) calendaires à des pas de maintenance en jours d’utilisation réels. Ce qui signifie en clair que la visite dite « examen mécanique » qui avait lieu tous les deux mois, est dorénavant effectuée tous les 60 jours d’utilisation réelle de la rame !

De même pour la visite dite ATS, la vérification des portes, qui avait lieu tous les 12 mois calendaires, est maintenant effectuée tous les 12 mois d’utilisation réelle !

Ce n’est évidemment pas pareil pour les pièces d’usure mais aussi pour la graisse notamment, qui peut sécher, durcir, ou couler (donc manquer) selon la météo.

Des évènements, qui n’étaient JAMAIS arrivés, apparaissent. Depuis cette modification, 4 portes ont été vérifiées qui ne se bloquaient pas. Ce qui signifie qu’une personne aurait pu ouvrir les portes pendant que le train roulait, voire même potentiellement en s’appuyant dessus !

La visite « examen technique » des 60 jours, entraîne la vérification de tous les éléments situés sous les voitures voyageurs et des récentes vérifications ont montré que les organes de freins présentaient une usure anormale et dangereuse !!! Les semelles de freins partaient en morceaux alors que la rame devait encore effectuer 3 jours de trajets normands selon les nouvelles directives des 60 jours réels d’utilisation !

Des décisions locales qui aggravent la situation sans tenir compte du terrain

Non seulement ces modifications nationales sont inquiétantes au niveau de la sécurité, mais la région Normandie a des exigences (justifiées par les besoins des habitants) auxquelles la SNCF va répondre en aggravant la situation.
En effet, le prochain service annuel (SA2020) comporte plus de circulation, ce qui est une bonne chose, mais quels sont les moyens mis derrière ?
L’utilisation des rames va passer de 8.000 à 15.000 km/mois environ, à 20.800 km/mois ! Ce qui se cumule avec la modification des 60 jours d’utilisation réelle… Et les « examens de sécurité » qui doivent se dérouler tous les 5000 km, deviennent impossibles à réaliser.

Ce plan de transport totalement irréaliste dans l’état actuel des moyens matériels et humains va obliger les agents responsables du respect des règles de maintenance à s’opposer à l’encadrement pour les faire respecter.
Dans le cas contraire, les usagers normands vont donc voyager dans des trains utilisés au-delà du raisonnable et qui n’auront pas eu de vérifications conformes des portes et des organes de freinage !

En 2020, il sera dangereux de voyager en train en Normandie.

Crédit photo : © MaxPPP




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