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Notre classe

Suppression des panier-repas

Saint-Denis. Les chauffeurs de cars en Gilets Jaunes et en grève depuis 16 jours

Cela fait maintenant 16 jours que les chauffeurs des cars scolaires de la ville de Saint-Denis ont endossé leurs gilets jaunes et se sont mis en grève. Une grève à l'appel d'une intersyndicale constituée de trois syndicats FO, la CFDT et SNU TER. Sud 93 soutient aussi le mouvement. A noter que la CGT ne soutient pas la grève. Si la grève a commencé contre la décision de la mairie PCF de supprimer leurs panier-repas, c’est plus généralement contre la dégradation de leurs conditions de travail, de leur pouvoir d’achat, et contre le mépris dont font preuve les élus et la direction du service à leur égard. Depuis hier ils donc ont décidé de durcir le mouvement et de bloquer le Centre Technique Municipal (CTM) pour se faire entendre.

jeudi 7 février

La décision du Conseil Municipal de Saint-Denis de supprimer la quinzaine d’euros de compensation payée aux chauffeurs pour leurs pauses-déjeuners passe mal. En effet, alors que c’est ce même conseil municipal qui a voté le 15 décembre dernier l’augmentation des indemnités d’un certain nombre d’élus – à l’image de Laurent Russier (maire de la ville, 4966€brut/mois), Stéphane Peu (député et conseiller municipal, 2011€brut/ mois en plus des revenus qu’il peut tirer des 14 fonctions qu’il cumule grâce à son mandat d’élu)*, Florence Haye (4ème adjointe municipale, 4104€brut/mois) – supprimer 15 euros de panier-repas c’est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Mais le conflit qui éclate aujourd’hui est le résultat de plusieurs années d’attaques contre les ouvriers de la ville par la municipalité de Saint-Denis. Cela fait bien longtemps que le Parti Communiste Français, qui est à la tête du conseil municipal, n’a plus de « communiste » que le nom, et a complètement cédé aux sirènes du pseudo-pragmatisme néo-libéral qui consiste en fait à prendre aux pauvres pour donner aux riches.

En 2016 déjà, Laurent Russier et Fabienne Soulas (15ème adjointe municipale en charge du Centre Technique Municipal) dévoilent leur volonté de privatiser le service de gardiennage du centre. Ainsi les gardiens et chauffeurs qui étaient soumis à une semaine d’astreinte toutes les trois semaines, et qui bénéficiaient en contrepartie d’un logement de fonction sur place, ont été priés de s’en aller avec leurs familles. Après plus d’un mois de grève et une semaine de grève de la faim, trois des cinq agents concernés avaient tout de même réussi à conserver leur logement, mais les deux autres avaient dû partir.

Depuis, les travailleurs du CTM font les frais d’une nouvelle hiérarchie, à l’image du directeur du CTM, qui n’en finit plus d’intimider les salariés. Les salariés du centre constatent alors la multiplication des cas de souffrance au travail, des burn-out, et des suicides. Les éducateurs sont par exemple passés d’un pour douze à un pour quatorze enfants, ce qui représente une charge de travail supplémentaire importante. Les chauffeurs scolaires sont eux passés de quinze à huit pour toute la ville, tout en perdant un certain nombre d’acquis tels que les logements de fonction et les primes d’astreinte. Ils racontent d’ailleurs qu’avant la grève l’ambiance sur leur lieu de travail était devenue délétère, et que c’est en se mobilisant qu’ils ont relevé la tête, ce qui a permis de ressouder l’équipe.

Le ras-le-bol général qu’exprime aujourd’hui la grève des chauffeurs de cars scolaires de Saint-Denis s’inscrit donc pleinement dans le mouvement des Gilets jaunes. Les revendications qu’ils portent sont autant économiques, sur la question du pouvoir d’achat et des conditions de travail, que politique, pour remettre en cause la minorité qui s’accapare les richesses et le fait que des élus qui touchent un salaire au moins deux fois supérieur à la moyenne des travailleurs puissent se permettre de rogner sur les bas salaires des ouvriers. Lors de l’Assemblée Générale Interprofessionnelle qui a eu lieu ce mardi 5 février avant la manifestation appelée par les syndicats, de nombreux secteurs qui partagent les mêmes préoccupations, qui vont de l’éducation aux transports en passant par les cantinières, les ont assurés de leur soutien. De même qu’un certain nombre d’habitants de Saint-Denis qui subissent au quotidien la casse des services publics dans une ville qui connaît un taux de chômage supérieur à 23 %, et où les conditions d’accès aux services publics (CAF, hôpitaux, écoles...) sont particulièrement mauvaises.

Rendez-vous est donc donné demain, vendredi 8 février, jour de marché, pour un rassemblement devant la mairie. Car le blocage du CTM où sont entreposés le matériel pour le nettoyage de la ville, ainsi que les installations pour le marché de Saint-Denis qui représente une part non-importante de l’économie de la ville peut permettre aux ouvriers en grève d’accentuer la pression sur la municipalité et de montrer qu’il est possible de mettre un frein au rouleau-compresseur néo-libéral. Cette action montrera qu’en réalité ce n’est ni Stéphane Peu, ni Laurent Russier, ou de quelconques apparatchiks et autres politiciens professionnels qui font tourner l’économie, qui nettoient les rues, ou s’occupent des enfants de Saint-Denis et les conduisent en sortie scolaires, mais bien les travailleurs de la ville à l’image des chauffeurs du CTM.

Notes :
* liste des fonctions occupées par Stéphane Peu grâce à son mandat d’élu : maire-adjoint de Saint-Denis, vice-président de Plaine Commune, vice-président de la Fédération Nationale des Offices HLM, membre du Bureau de l’Union Sociale pour l’Habitat, président de l’Office Publique Plaine Commune Habitat, président de la Coopérative pour l’Accession Sociale à la Propriété (la CAPS), président de BâtiPlaine, président de l’Institut de Formation de la Maîtrise d’Ouvrage et de l’École de la Rénovation Urbaine, président du Conseil de Surveillance de la Société Foncière Commune, membre du Bureau du Conseil Région de l’Habitat, membre du Conseil National de l’Habitat, administrateur de l’Établissement Public Foncier d’Ile-de-France, administrateur de la SEM Plaine Commune Développement,administrateur de la SEM Deltaville et administrateur de la SOREQA (source : ici).




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