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Société

L'envers du décor

Suspicions de fraudes, pressions sur les salariés : Un travailleur de la SFAM témoigne

Ce 24 septembre, le siège de la SFAM, géant de l'assurance, situé à Romans-sur-Isère été perquisitionné par la répression des fraudes concernant des soupçons d'infractions au Code de la consommation. En exclusivité, nous avons recueillis le témoignage d'un travailleur de la SFAM, qui nous dévoile l'envers du décor.

mardi 29 septembre

Crédits : Radio France - Florence Gotschaux

La SFAM, géant de l’assurance multimédias (téléphones mobiles, ordinateurs etc.) est dans le viseur de la répression des fraudes. Le 24 septembre dernier, le siège de Romans-sur-Isère a ainsi été perquisitionné. Loin d’être une première pour le groupe, sous le coup d’une plainte déposée en août 2018 par l’UFC-Que Choisir auprès du tribunal de grande instance de Paris. Déjà condamnée à 10 millions d’euros d’amende, le groupe avait déjà été perquisitionné en 2019.

Un système rodé

Joint par nos soins, un travailleur de la SFAM du site, qui a souhaité préserver son anonymat, nous en dit plus. Pour lui, loin d’être une dérive, la politique de l’entreprise vise, par le biais de contrat signé chez ses partenaires, comme la FNAC, à duper les consommateurs par le biais d’avantages supposés lors de l’achat en magasin de produits. « Le bénéfice, la SFAM le fait surtout sur les consommateurs qui ne se rendent pas compte des prélèvements sur leur compte, ou bien qui ne souhaite pas s’engager dans de longues démarches administratives ». Une recette lucrative, puisque l’entreprise a cumulé 740 millions d’euros de chiffres d’affaires en 2019. Comme le démontre de très nombreux témoignages sur des forums de consommateurs, ces derniers dénoncent de véritables arnaiques, et alertent sur les pratiques de la SFAM. « Comme beaucoup de personnes visiblement, on m’a fait souscrire à un contrat SFAM lors d’un achat à la FNAC le 15 juin dernier. On m’a fait signer le contrat en me le présentant comme "bon de réception" car j’avais préalablement commandé cet achat sur leur site » explique l’un d’eux, avant de poursuivre. Ayant été prélevé après avoir résilié l’abonnement, l’internaute explique alors qu’ « à chaque fois que j’appelle la SFAM j’ai le droit au même cinéma "on a du retard... attendez un peu... blablabla ". Je continue de les appeler régulièrement quand-même, on ne sait jamais. Quand je demande à avoir un responsable, on me répond que "seul le service comptabilité est concerné et il ne prend pas les appels" ... ».

Une situation qui n’étonne pas notre interviewé. « Pour chaque demande de remboursement, il faut que le client rappelle pour que ce soit effectif. A partir de là, la société fait traîner la procédure sur un durée d’en général 3 mois, ce qui est totalement illégal » nous explique t-il, avant de poursuivre. « On passe nos journées à être au téléphone avec des clients qui sont totalement perdu. Parfois, les contrats ne sont même pas annulé » dénonce t-il. Plus encore, le système fonctionne à l’usure sur les clients, et au coup de pression pour les salariés. « Lorsque des clients appellent, l’objectif clair de la société est de faire abandonner la procédure. Pour les salariés, on nous fixe des objectifs : Faire 30% de maintien des contrats pour toucher des primes » explique t-il.

L’omerta par la peur. Des conditions de travail terribles

Des méthodes qui passent mal auprès des salariés. « Nous ne sommes pas là pour arnaquer les gens, c’est dur moralement. Alors tout est fait pour nous mettre une pression énorme, par le biais d’invectives et de bilans mensuels personnalisés, et même par des méthodes de déshumanisation. Il y a un code vestimentaire strict, pour que tout le monde soit identique. C’est le règne par la peur du licenciements » nous confie t-il.

Des conditions de travail terribles dont sont victimes les salariés. « Il y a des arrêts maladies en pagaille, des collègues qui n’en peuvent plus et qui parlent de suicide. Et, bien entendu, des départs. Mais, de toute manière, le système persiste par de nouvelles embauches » dénonce ce travailleurs.

Mais cela ne s’arrête pas là. La période de confinement a également été l’occasion d’une manœuvre audacieuse de la direction. « La SFAM a bénéficié du chômage partiel. Dans ma boite, 90% des salariés étaient à 100% de chômage partiel, donc payé par l’Etat. On a vu nos salaires booster. Certains ont même pu touché jusqu’à 2900€ pour un mois » explique notre interviewé, avant de poursuivre. « En juillet, surprise, on nous a dit qu’on avait trop perçu, qu’il y avait des primes payées qui n’auraient pas du l’être. Dès lors, la direction nous a demandé de rembourser jusqu’à 1000€, selon les employés. On est 2000 dans la boite, je vous laisse faire le calcul... ». Pour lui, il s’agit clairement d’une manœuvre visant à détourner les aides d’État : « Ils n’ont quasiment rien payé durant le confinement, et sur les prétendues primes qu’on aurait pas du touché, ils restent flou. De toute façon, dès que tu poses trop de question, on te fait clairement comprendre qu’il vaut mieux que tu fermes ta gueule. Pour moi, il s’agit juste d’une manœuvre, une de plus, pour accumuler un peu plus de frics dans les caisses ».

Appel à témoignages

Alors que le scandale de la SFAM ne fait que s’ouvrir, nous invitons l’ensemble de nos lecteurs qui ont été victimes de ces pratiques à témoigner, sur le support de votre choix (vidéo, par écrit etc.) Vous pouvez nous contacter sur nos réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Instagram) ou sur notre boite mail pour nous faire parvenir ces témoignages.




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