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Santé

Toulouse. Fermeture de la maison médicale de La Grave : « il y a une volonté de démanteler l’hôpital »

Ce vendredi à Toulouse, le Collectif de défense de l'hôpital La Grave appelait à un rassemblement pour dénoncer la décision de l'ARS Occitanie de fermer la maison médicale de garde du centre-ville. Guy Molinier, militant à Act Up et au Collectif La Grave, revient sur cette nouvelle attaque contre les Toulousain·es.

Sauvane Lemel

16 juin 2023

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Toulouse. Fermeture de la maison médicale de La Grave : « il y a une volonté de démanteler l'hôpital »

Révolution Permanente : Peux-tu revenir sur la fonction de la maison médicale de garde ?

Guy Molinier : Le but d’une maison médicale de garde, c’est de pouvoir faire bénéficier la population d’une continuité de soins de médecins généralistes la nuit et les week-ends. L’idée est vraiment de pouvoir accéder rapidement à des soins sans passer par les urgences qui sont déjà engorgées.

Celle de La Grave s’organisait en association financée aux deux tiers par l’ARS, et accueillait beaucoup d’usagers et usagères sorti·es du système de soin dont beaucoup de personnes migrantes, précaires, etc. Après, de manière générale, elle accueillait toute la population toulousaine, comme c’était la seule maison médicale de garde du centre-ville. Par exemple, près d’un tiers des patients étaient des jeunes enfants.

RP : Comment l’ARS a-t-elle justifié le fait d’arrêter de verser des subventions ?

Guy : Tout a commencé avec le directeur départemental de l’ARS, Thierry Cardouat, et le responsable du Conseil de l’Ordre des médecins 31, Stéphane Oustric qui ont décidé de réorganiser l’offre des soins ambulatoires sur le département. Ils ont donc ouvert une autre maison médicale à l’hôpital Purpan, après le pacte de refondation des urgences de Buzyn. Là où ça a commencé à coincer, ça a été lorsqu’ils ont demandé au médecin responsable de la maison de garde de La Grave de fermer pour travailler à Purpan, ce qu’il a refusé.

Par la suite, l’argument de l’ARS pour couper les subventions a été que les consultations médicales se faisaient trop en accès libre (près de 60%) au lieu de suivre la procédure qui consiste à téléphoner au 15 ou à SOS Médecins pour se faire orienter. Mais cela ne pénalisait pas la maison de garde, et le fait que les gens préfèrent se déplacer directement jusqu’ici plutôt que d’attendre d’être en contact avec une ligne téléphonique, ce qui peut prendre très longtemps, n’est absolument pas de la faute des médecins. Les médecins n’ont pas voulu faire la police en refusant les patients qui ne seraient pas passés par les numéros d’urgence. Donc l’ARS a décrété que la maison de garde ne respectait pas le cahier des charges. C’est hallucinant de demander aux médecins de ne pas soigner des gens, c’est un service de soins quand même !

En plus, le Conseil de l’Ordre des médecins 31 a ajouté une couche. Comme ils ont du mal à recruter des médecins pour assurer les permanences à Purpan, ils en réquisitionnent, c’est violent ! Et comme il n’y a plus de secrétaires, ce sont les vigiles qui accueillent !

Nous, à Act Up et avec le collectif de défense de l’hôpital La Grave, on se demande si ce n’est pas aussi une solution pour enlever un service supplémentaire sur l’hôpital La Grave pour offrir plus de tranquillité aux bourgeois qui viendraient s’installer dans les futurs logements de luxe construits par Kaufman and Broad sur le site de La Grave. On sent petit à petit une volonté de démanteler l’hôpital.

RP : Samedi dernier pour la Pride, on a vu la mairie de Toulouse et des différentes collectivités territoriales se mettre en scène sur des chars aux couleurs arc-en-ciel pour se dépeindre en alliés des LGBT. Pourtant, on sait que les LGBT sont parmi les premier·es impacté·es par la casse de l’hôpital public, et en l’occurrence par la fermeture de la maison médicale de garde.

Guy : Moudenc n’a rien dit sur la fermeture de la maison de garde du centre-ville de Toulouse. Lorsqu’il s’agit de l’hôpital La Grave, il est bien plus intéressé par le fait de le transformer en Cité des Arts. Il fait semblant de lutter contre les discriminations mais il a participé à la Manif pour Tous, il a censuré des lectures de drag queens et il démantèle l’hôpital La Grave. Moudenc, c’est le pinkwashing. Alors nous, concernant La Grave, on est un peu curieux de savoir s’il va s’exprimer sur le sujet. On veut en faire un sujet politique, nous avons contacté des députés, des élus. Toulouse est une ville grandissante, ce n’est pas un luxe de maintenir la maison de garde de La Grave et celle de Purpan.

Le problème, c’est qu’il manque des moyens. Quand on voit le nouvel Objectif National de Dépenses d’Assurance Maladie qui a été voté, on comprend que ça ne correspond pas aux besoins de la population, surtout avec l’inflation qui affecte énormément les dépenses des hôpitaux. On aura beau dire que l’ONDAM a augmenté, s’il n’est pas indexé sur l’inflation, il y aura toujours un manque, qui entraînera des suppressions de postes, des fermetures de services, des conditions de travail qui se dégradent, de plus en plus de personnel qui quitte l’hôpital et donc une dégradation de l’accès aux soins.

Pour défendre le maintien de la maison de garde, essentielle pour de nombreux·ses usager·es toulousain·es, le comité de défense de l’hôpital La Grave appelle à plusieurs rassemblements ces prochaine semaines :

  •  Vendredi 23 juin, à 12 heures, devant l’ARS 31
  •  Vendredi 30 juin, à 12 heures, place du Capitole, jour de Conseil Municipal

    Signez la pétition en ligne : https://www.mesopinions.com/petition/sante/defense-maison-medicale-garde-hopital-grave/207344


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