^

Politique

Scandale Sanitaire

Travaux à l’Hôtel-Dieu : toujours pas de lits mais des boutiques de luxe

En pleine crise du Covid-19, les travaux ont commencé à l’Hôtel-Dieu. Dans cet hôpital juste en face de la cathédrale de Notre-Dame dans l’hypercentre à Paris, l’objectif de la rénovation n’est pas d’augmenter les capacités de l’hôpital mais de construire des bureaux et des boutiques de luxe, sous la direction d’un promoteur privé.

mardi 16 mars

Crédits photo : AFP/Miguel Medina

Ce lundi, le médecin Christian Prudhommes annonçait sur Facebookque le projet de grands travaux à l’hôtel-Dieu de Paris avaient finalement débuté. Alors qu’en pleine crise sanitaire et alors que des convois spéciaux commencent à acheminer des patients franciliens dans des hôpitaux moins surchargés, on pourrait s’attendre à ce que ces travaux visent à augmenter la capacité d’accueil ou le nombre de lits en réanimation, mais ces derniers sont en réalité le résultat d’un projet qui anime la direction de l’APHP depuis de nombreuses années.

En effet, après l’échec d’un projet similaire en 2013 contre lequel des soignants et des soignantes s’étaient mobilisés, la transformation de l’Hôtel-Dieu, véritable site historique et plus ancien hôpital de la capitale, s’apprête à être quasiment entièrement rénové. Alors que la période est marquée par une résurgence des cas de Covid-19 et que Jean Castex a admis du bout des lèvres que la situation sanitaire était très préoccupante, c’est la partie qui accueillait les urgences qui sera presque amputée, soit un tiers de la surface totale. Au total, ce sont donc 60 000 mètres carrés qui seront complètement réaménagés d’ici 2025 par le promoteur Novaxia.

Le projet vise à réduire les activités de l’hôpital autour des interventions ambulatoires, de la psychiatrie, de la recherche ou encore les maladies chroniques. Cette réorganisation va faire tomber la surface à 35000 m². Comme l’indiquait David Fermiot, délégué CGT, en 2019 : « En réalité, il ne restera que 11.000 mètres carrés de soins médicaux puisque le reste de la partie hospitalière sera des bureaux pour le centre de diagnostic et la pharmacie centrale ». Un des points qui a causé le plus de résistance vis-à-vis de ce projet est la fermeture des Urgences de l’Hôtel-Dieu. En 2013, la grève des soignants avait notamment débouché sur le limogeage de la directrice de l’APHP de l’époque.

Cette surface sera aménagée par un promoteur privé et accueillera un « incubateur de Startup » de l’industrie médicale et pharmaceutique, financé par le laboratoire américain BioLabs. Derrière cet incubateur, se révèle aussi la vision pro-patronale des politiques de recherches qui animent l’université depuis des années, c’est-à-dire permettre aux entreprises capitalistes de se servir à peu de frais des ressources de la recherche publique à leur service. Aux startups s’ajouteront 3500 m² de restaurant et 1000 m² de boutiques adressées à une clientèle fortunée

Le début des travaux en pleine période de pandémie est révélateur de la politique du gouvernement. Le Covid-19 a montré avec une grande clarté les limites de l’hôpital public après des années de politiques néo-libérales et de casse de l’hôpital public.




Mots-clés

Covid-19   /    Crise sanitaire   /    Casse de l’hôpital   /    Politique