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Notre classe

Soutien aux grévistes !

Tribune Libé. Les postiers du 92 en grève depuis plus d’un an

Voilà maintenant un an que les postiers du 92 se battent contre le licenciement de leur collègue syndicaliste Gaël Quirante et l'amélioration de leur condition de travail. Un combat acharné contre la direction et les directives gouvernementales. Nous relayons cette tribune signée par de nombreuses personnalités, et parue sur Libération.

jeudi 4 avril

Crédit photo : Comité de soutien à la grève des postiers.e.s des Hauts-de-Seine

Source de la tribune Libération

Ils et elles sont 150. Elles et ils sont factrices et facteurs dans le 92, à Gennevilliers, Asnières, Boulogne, Neuilly, Levallois. Nous pourrions les connaître, comme nous connaissons très souvent celui ou celle qui passe six jours sur sept déposer le courrier dans notre boîte aux lettres. Nous pourrions avoir envie de discuter avec l’un ou l’une d’entre eux quelques minutes, pour leur parler de la pluie ou du beau temps, du match à la télé hier soir ou bien parfois d’un sujet plus grave comme nous le faisons avec « notre » factrice ou « notre » facteur. Leur métier nous est familier, car il est « ordinaire » et pourtant tellement essentiel à notre vie sociale, comme l’est celui de millions d’autres travailleuses et travailleurs, qui chaque jour font « tourner la boutique » malgré leur salaire de misère, leurs conditions de travail indignes et des horaires qui rendent malades. Nous ne faisons peut-être pas attention si notre facteur vient à manquer un jour ou deux, mais imaginons qu’il vienne à manquer pendant 365 jours… et que 20% de ses collègues du département dans lequel nous habitons manquent également à l’appel depuis 365 jours ! On s’inquiéterait, on prendrait des nouvelles, non ?

Alors voilà des nouvelles des 150 facteurs et factrices du Hauts-de-Seine que vous ne pouvez pas avoir vu faire leur métier depuis 365 jours : elles et ils sont en grève ! Oui, en grève, depuis un an jour pour jour. Depuis le 26 mars 2018, ils et elles sont en grève pour faire respecter leurs droits de salarié.e.s, contre la dégradation de leurs conditions de travail et pour la défense du service public postal. Une grève dont le point de départ a été le licenciement de Gaël Quirante, secrétaire départemental du syndicat majoritaire dans le département, Sud Poste 92, parce que ses camarades postier.e.s ont jugé que l’autorisation donnée par la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, à la direction de la Poste de licencier un militant syndicaliste n’était pas une attaque contre un seul mais une attaque contre eux et elles toutes, et finalement contre l’ensemble des salarié.e.s.

C’est une lutte contre une logique patronale qui veut casser leur métier en faisant d’elles et d’eux des distributeurs de tout et n’importe quoi, en déshumanisant complètement leur boulot, en voulant leur augmenter à chaque fois la charge de travail. A l’opposé, c’est une conception du service public basée principalement sur le lien social qu’ils et elles défendent. Depuis un an, la Poste a fait marcher contre ces 150 grévistes, ses vigiles, ses cadres violents, ses commissions disciplinaires, l’Etat a fait marcher ses flics, ses juges… et pourtant ils sont toujours là ! C’est une lutte du pot de terre contre le pot de fer peut-être, mais c’est une lutte qu’on aimerait tous et toutes pouvoir mener et gagner, contre la logique de l’argent qui emporte tout sur son passage, qui flingue les vies et les rapports sociaux, qui flingue la nature et les êtres humains. Ils et elles sont 150 et ils se battent comme s’ils et elles étaient des millions.

Alors ils « tiennent » depuis 365 jours ? Avec des paies à zéro euro depuis le mois d’avril 2018 ? Oui ils et elles « tiennent » ! Ils et elles tiennent parce que des milliers d’autres personnes ont versé à leur caisse de grève mise en place depuis le premier jour de la grève. Et ils et elles font plus que « tenir », elles manifestent, ils occupent, elles bloquent, ils prennent la parole dans des bureaux de poste et dans des assemblées générales, ils interpellent des ministres… Elles et ils débordent d’une énergie dans la lutte créée par la conviction que le monde qu’ils et elles défendent est celui dont nous avons vraiment besoin. Aujourd’hui il est temps que cette grève soit connue du plus grand nombre : c’est une des grèves les plus longues de notre histoire sociale. Elle nous force à sortir de l’ordinaire comme elles et eux le font depuis un an. Elle nous oblige à une solidarité exemplaire car de cet exemple peut jaillir l’envie de recommencer plus forts et plus nombreux, toutes et tous ensemble bientôt, très bientôt, pour ne plus voir nos vies grignotées par la logique du profit. Versons généreusement à la caisse de grève et écrivons chacun.e une lettre à la direction de la Poste pour lui dire que nous sommes toutes et tous des Postier.e.s du 92 et que nous allons gagner !

Premiers signataires : Romain ALTMAN (secrétaire général d’Info’Com-CGT), Mouss AMOKRANE (chanteur de Zebda), Hakim AMOKRANE (chanteur de Zebda), Salah AMOKRANE (association Takticollectif, candidat Génération-s aux élections européennes), Michel ANDRIEU (réalisateur), Vidal ARAGONÉS CHICHARRO (député CUP au Parlement catalan), Nathalie ARTHAUD (porte-parole de Lutte ouvrière, tête de liste aux élections européennes), Ariane ASCARIDE (actrice), Manon AUBRY (tête de liste France insoumise aux élections européennes), Clémentine AUTAIN (députée France insoumise de Seine-Saint-Denis), Ludivine BANTIGNY (historienne), Amal BENTOUNSI (collectif Urgence notre police assassine), Geneviève BERNANOS (Collectif des mères solidaires), Olivier BESANCENOT (postier, ancien candidat NPA à l’élection présidentielle), Eric BEYNEL (co-délégué de l’Union syndicale Solidaires), Manuel BOMPARD (candidat France insoumise aux élections européennes), Isabelle BOSSEMAN (CGT CHU Lille), Louis BOYARD (président de l’UNL), Juan BRANCO (avocat), Stéphane BRIZÉ (ancien facteur, cinéaste), Ian BROSSAT (maire adjoint PCF de Paris, tête de liste aux élections européennes), Manuel CERVERA-MARZAL (sociologue), Jacques CHASTAING (Luttes invisibles), Hélier CISTERNE (réalisateur), Emma CLIT (dessinatrice, auteure de BD), Éric COQUEREL (député France insoumise de Seine-Saint-Denis), Antonio DE LA TORRE MARTIN (acteur), Geoffroy DE LAGASNERIE (sociologue et philosophe), Laurent DEGOUSÉE (SUD Commerce), Gérard DELTEIL (écrivain), Elie DOMOTA (secrétaire de l’UGTG), Mathias DUPUIS (secrétaire général de l’union locale CGT de Dieppe), Stéphane ELMADJIAN (cinéaste, chef monteur), Didier ERIBON (philosophe), André FABER (journaliste et dessinateur), Éric FASSIN (sociologue, Université Paris 8), Elsa FAUCILLON (députée PCF, Hauts-de-Seine), Gérard FILOCHE (Gauche démocratique et sociale), Catherine FLECHARD (membre du bureau de l’UD CGT Paris), Nicolas GALEPIDES (secrétaire général de Sud PTT), Bernard FRIOT (professeur émerite, Université de Paris-Nanterre, FSU, PCF), Isabelle GARO (Philosophe), Robert GUEDIGUIAN (cinéaste), Kamel GUEMARI (syndicaliste McDonald’s), Régis HEBETTE (Directeur du théâtre l’Echangeur de Bagnollet), (Compagnie JOLIE MÔME (troupe musicale et théâtrale), Jacques KÉBADIAN (cinéaste), Alain KRIVINE (NPA), Mathilde LARRÈRE (historienne), Yvan LE BOLLOC’H (acteur et musicien), Gérald LE CORRE (CGT Inspection du travail / UD CGT 76), Stéphanie LE GUEN (postière, conseillère prud’homale SUD PTT Paris), Yann LE MERRER (SUD PTT), Matthias LEHMANN (auteur de BD), Francine LEMAÎTRE (monteuse), Cédric LIECHTI (secrétaire général CGT Énergie Paris), Ken LOACH (cinéaste), Frédéric LORDON (économiste et sociologue, CNRS, CESSP-CSE, Université La Sorbonne), Édouard LOUIS (écrivain), Mickaël LOWY (sociologue), Valérie MANTEAU (écrivaine, prix Renaudot 2018), Valérie MASSADIAN (cinéaste), Xavier MATHIEU (comédien, ex-CGT Continental), Elli MEDEIROS (chanteuse et actrice), Jean-Luc MÉLENCHON (député France insoumise des Bouches-du-Rhône), Victor MENDEZ (syndicaliste étudiant, UNEF Nanterre), Jean-Pierre MERCIER (délégué syndical central CGT Groupe PSA), Guillaume MEURICE (humoriste et chroniqueur), Rosa MOUSSAOUI (journaliste de L’Humanité), NNOMAN (photoreporter), Stanislas NORDEY (metteur en scène, comédien), Danièle OBONO (députée France insoumise de Paris), Stéphane ORTEGA (journaliste, Directeur de la publication Rapports de Forces), Ugo PALHETA (enseignant-chercheur), Anne-Sophie PELLETIER (candidate France insoumise aux élections européennes), Serge PEY (poète), Christian PIERREL (porte-parole du PCOF) ; Jérôme PIMOT (coursier, militant anti-ubérisation), Christian PORTA (CGT Neuhauser), Philippe POUTOU (porte-parole du NPA/CGT Ford Blanquefort), Adrien QUATENNENS (député France insoumise, Nord), Katell QUILLÉVÉRÉ (réalisatrice), Nathalie QUINTANE (écrivaine), Olivier RABOURDIN (acteur), Jacques RANCIERE (philosophe), Oscar REINA (porte-parole du SAT), Fiodor RILOV (avocat), Olivier ROSAY (syndicaliste SUD PTT), Fabien ROUSSEL (Secrétaire national du PCF), François RUFFIN (réalisateur, député Picardie debout de la Somme), Mouloud SAHRAOUI (secrétaire CGT Geodis Calberson Île-de-France), Laure SALMONA (co-fondatrice de Féministes contre le cyberharcèlement), SIDI WACHO (groupe de musique), Danielle SIMONNET (co-organisatrice du Parti de gauche), Yannick SOBANIAK (CGT CHU Wattrelos), Anasse SOUIRI (cheminot, SUD Rail Paris Nord), Ludo Torbey (youtubeur), Rémy TOULOUSE (directeur littéraire des éditions La Découverte), Ysé TRAN (actrice et réalisatrice), Assa TRAORE (collectif justice et vérité pour Adama), Audrey VERNON (comédienne), Mickaël WAMEN (CGT Goodyear), Benito ZAMBRANO (scénariste et réalisateur), Philippe ZARKA (astrophysicien).




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