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Débats

#Trotsky2020 : hommage internationaliste aux 80 ans de son assassinat

D'Allemagne, d'Italie, de France, d'Espagne, du Brésil, du Mexique, des États-Unis et d'Argentine, les militants de la Fraction trotskyste pour la Quatrième internationale (FT-QI), qui ont participé aux luttes les plus emblématiques aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine, reviennent sur l’actualité de l’héritage de ce dirigeant révolutionnaire.

samedi 5 septembre

Cet article a été publié en original sur La Izquierda Diario, qui appartient au même réseau international que Révolution Permanente, traduit du castillan par Petra Lou en français.

Quatre-vingts ans après l’assassinat de Léon Trotsky, le réseau international La Izquierda Diario a diffusé un documentaire en hommage, rassemblant les voix des militants des différentes organisations qui composent la Fraction Trotskyste pour la Quatrième Internationale (FT-QI) et qui ont participé aux luttes les plus emblématiques aux États-Unis, en Europe et en Amérique latine. Nous résumons dans cet article les principales définitions. Retrouvez ci-dessous la vidéo complète.

L’ouverture a été donnée par Stefan Schneider de l’Organisation révolutionnaire internationaliste (RIO), qui s’est exprimé en allemand : « La deuxième langue des dirigeants bolcheviques, la première langue des deux premières Internationales et des premiers congrès de la troisième Internationale ».

Stefan a noté que : « Après la révolution d’Octobre, la classe ouvrière en Allemagne était le grand espoir de Lénine et Trotsky, qui ont compris que seule l’extension internationale de la révolution à l’Allemagne et à d’autres pays hautement industrialisés pouvait assurer la survie de la révolution russe. Le fait que ces révolutions ne se soient pas concrétisées a favorisé le processus de bureaucratisation en Union soviétique. »

L’une des principales conclusions de Trotsky sur la bureaucratisation de l’URSS, nous dit Stefan, est la suivante : « De toute évidence, le stalinisme a "émergé" du bolchevisme ; mais il n’est pas apparu de manière logique, sinon dialectique ; non pas comme son affirmation révolutionnaire, mais comme sa négation thermidorienne. »

Depuis Rome, Giacomo Turci de la Fraction internationaliste Révolutionnaire (FIR) a parlé des liens de Trotsky avec l’Italie autour de l’expérience tragique de la montée du fascisme, avec la mise en place du gouvernement Mussolini à l’invitation du roi en 1922, après la défaite du mouvement révolutionnaire du Biennio Rosso.

« Aujourd’hui, nous ne vivons pas sous un régime de dictature fasciste en Italie, mais dans notre pays, ainsi que dans l’arène internationale, il est tout à fait valable de défendre un programme de transition qui inclut et relance les slogans démocratiques, sans les laisser séparés des autres, et il est également tout à fait valable parce que nous ne revendiquons pas un socialisme bureaucratique du haut vers le bas, mais un socialisme basé sur l’auto-organisation des masses, sur la démocratie des travailleurs et de la population réuni en conseils » a-t-il expliqué.

Depuis la capitale française, Daniela Cobet a rappelé le contexte dans lequel Trotsky a été exilé dans ce pays pendant une partie de la première moitié des années 1930 : le moment de la Grande Dépression et tous les phénomènes politiques qu’elle a engendrés : chômage de masse, radicalisation de couches importantes du mouvement ouvrier, désespoir dans des secteurs de la petite bourgeoisie et émergence de groupes fascistes.

Daniela a déclaré que, bien que la situation actuelle soit très différente de celle des années 1930, « Au vu des convulsions que la crise actuelle va générer, l’obsession de Trotsky de fusionner le marxisme révolutionnaire avec le mouvement ouvrier de masse et de ne pas se contenter d’une position marginale, est toujours très pertinente aujourd’hui. Et c’est pourquoi lutter aujourd’hui contre la dissolution du NPA et en faire un outil de recomposition de l’extrême gauche qui reprend l’audace tactique de Trotsky, pour construire en France un parti révolutionnaire puissant qui soit composé de militants de traditions différentes, mais aussi des meilleurs éléments de l’avant-garde ouvrière qui a émergé dans les luttes récentes, autour d’un programme et d’une stratégie révolutionnaires », est le meilleur hommage qui puisse être rendu au grand révolutionnaire russe 80 ans après son assassinat.

Pour Santiago Lupe, du Corriente Revolucionaria de los Trabajadores (CRT) dans l’État espagnol, la défaite de la Révolution dans ce pays dans les années 1930 a confirmé la théorie de la Révolution permanente et a laissé de précieuses leçons : « En premier lieu, l’alliance avec une bourgeoisie qui se déguise en combative, est une stratégie impuissante qui conduit à la non-résolution des tâches démocratiques et sociales qui restent en suspens, et dans la guerre contre le fascisme elle conduit, précisément, à la défaite de la guerre et de la révolution. De même, la lutte indépendante de la classe ouvrière et le développement d’organismes d’auto-organisation, comme l’ont été les soviets en Russie et que l’État espagnol en 1936 n’a pas réussi à développer, est une tâche fondamentale pour penser à une victoire possible. Et aussi qu’il n’y a pas de victoire sans parti révolutionnaire, une leçon qui a été mise en évidence en Russie, se matérialisant parla victoire, avec le rôle du parti bolchevique, et qui, dans l’État espagnol, a également été démontrée mais cette fois par la négative, avec la défaite aux mains du fascisme et 40 ans de dictature."

Andrea D’atri, fondatrice du groupe féministe, socialiste et révolutionnaire Du Pain et Des Roses, a donné certaines des définitions de Trotsky sur la relation entre la lutte contre l’oppression des femmes et leur rôle dans les processus révolutionnaires :
« Pour Trotsky, les droits civils conquis par les femmes avec la révolution russe de 1917 sont quelque chose d’élémentaire : le droit d’avoir une carte d’identité, de voter et d’être élu, de divorcer, d’avorter dans des conditions sûres dans les hôpitaux publics. Mais pour Trotsky, il est beaucoup plus fondamental que la révolution socialiste crée les conditions matérielles nécessaires à la liquidation du travail domestique, car il considère, comme Lénine, Kollontaï et d’autres bolcheviks l’ont fait également, que ce travail transforme les femmes en "esclaves domestiques" et, en fait, les empêche d’exercer leurs droits à l’éducation, à la participation politique, au travail, à l’accès à la culture, etc. Cependant, lorsqu’il dit que la vie doit être vue à travers les yeux des femmes, il affirme que même les transformations matérielles les plus radicales ne résolvent pas, en elles-mêmes, l’oppression. Qu’il faut "un désir intime et individuel de culture et de progrès", pour s’attaquer consciemment aux liens du passé ; contre cette subordination des femmes qui, depuis tant de millénaires, est devenue imperceptible, naturalisée et convertie en us et coutumes. C’est pourquoi, loin de toute victimisation qui nous condamne à la passivité, nous sommes convaincus, comme l’écrivait Trotsky il y a près de cent ans, que "ceux qui se battent le plus énergiquement et constamment pour le nouveau sont ceux qui ont le plus souffert de l’ancien" »

Depuis le Brésil, Marcelo Pablito a rappelé que Trotsky disait que "les noirs conscients sont appelés par le développement historique à devenir l’avant-garde de la classe ouvrière", et il a soutenu que « l’énorme fureur noire, qui a ému le cœur du capitalisme mondial, a remis en question la police meurtrière, a traversé des continents entiers et a eu un impact ici au Brésil, le plus grand pays noir en dehors de l’Afrique, gouverné aujourd’hui par l’extrême droite de Bolsonaro, subordonné à Trump. Cela montre l’actualité de la stratégie révolutionnaire et socialiste, qui ne se limite pas à "dissoudre" les questions raciales dans les déterminations de classe, mais voit dans l’articulation entre race et classe l’une des plus puissantes réserves d’énergie libératrice des opprimés. »

En 1937, Trotsky arrive avec sa compagne Natalia Sedova au Mexique, dernier pays de son long exil, où il sera tué par un tueur à gages stalinien en 1940. Pendant son séjour, en 1938, le président Cárdenas, qui lui avait accordé l’asile, décrète l’expropriation des compagnies ferroviaires et pétrolières. Le pétrole était (et est toujours) l’une des principales ressources naturelles du Mexique et était aux mains des transnationales impérialistes.
Yara Villaseñor, du Mouvement des travailleurs socialistes (MTS) de ce pays, a résumé les principales conclusions que le révolutionnaire russe a tirées de cette situation : « Trotsky a compris que le gouvernement de Cárdenas représentait un nouveau bonapartisme, de type spécial ou sui generis, caractéristique des pays coloniaux et semi-coloniaux, luttant entre l’oppression impérialiste et une classe ouvrière de plus en plus forte et active. » De plus, Yara a proposé une réflexion sur la validité actuelle de ses idées : « Les idées de Trotsky sont très pertinentes pour les révolutionnaires d’aujourd’hui : contre le "progressisme" latino-américain comme López Obrador, Alberto Fernández et autres, soutenir une position qui combine l’anti-impérialisme avec une défense ferme de l’indépendance politique de la classe ouvrière.

L’avant-dernier orateur de l’émission spéciale était Madeleine Freeman, militante de Left Voice aux États-Unis, qui, depuis New York, a passé en revue quelques extraits de Si l’Amérique était communiste, un texte écrit par Trotsky en 1934, adressé à la classe ouvrière américaine dans le but de montrer que la voie de la sortie de la grande crise que traversait le grand empire à cette époque pouvait être résolue par les travailleurs. « C’est un témoignage de l’immense créativité de Trotsky dans la réflexion sur les possibilités d’une future société socialiste. Les solutions qu’il propose aux problèmes qui continuent de tourmenter la société capitaliste américaine sont d’une grande pertinence pour les socialistes qui luttent pour la libération au cœur de l’impérialisme aujourd’hui », a conclu Madeleine.

Pour conclure cette émission spéciale en hommage à Léon Trotsky, nous avons interviewé Emilio Albamonte, dirigeant du Parti socialiste des Travailleurs et de la Fraction trotskyste pour la Quatrième internationale et co-auteur du livre Stratégie socialiste et art militaire. Nous avons cherché à réfléchir sur l’importance historique de Trotsky et de son mouvement, ainsi que sur l’état actuel du trotskysme, dans cette situation de crise économique, politique et sociale exacerbée par la pandémie de coronavirus. Nous transcrivons ci-dessous quelques-unes des questions auxquelles il a répondu au cours de la conversation. De plus, dans les prochains jours, le supplément théorique RP Dimanche publiera un article avec la retranscription de différents intervenants.

Quelle est la signification historique du théoricien et de l’homme politique révolutionnaire que nous honorons aujourd’hui ? Comment pourriez-vous définir la situation après la mort de Léon Trotsky ? Pourquoi dites-vous que la situation actuelle ressemble à une crise historique comme celle des années 1930 ? Quelles seraient pour vous les conditions subjectives pour que cette époque se termine par des révolutions socialistes triomphantes ? Pensez-vous que la situation subjective est très mauvaise pour la grande crise que nous traversons ? Où le mouvement de masse s’exprime-t-il aujourd’hui ? Que signifie être trotskyste aujourd’hui ? Quelle est la théorie du trotskysme ? Cette théorie est-elle réservée aux pays arriérés ? Et quel est le programme, c’est-à-dire quelle est la compréhension commune des tâches des masses mobilisées ? Où le programme inclut-il la manière dont les travailleurs doivent être organisés ? Quel est le but ultime du programme ? Comment sortir les capitalistes et leurs forces armées et de sécurité du pouvoir ?

En conclusion de l’émission spéciale, Emilio Albamonte a déclaré : « Nous avons rapidement passé en revue les différents problèmes auxquels nous avons été confrontés. En ce jour de commémoration du tragique assassinat de Trotsky, je crois que le meilleur hommage que nous puissions lui rendre est de démêler les opportunités que la crise capitaliste nous ouvre à nous, révolutionnaires. C’est pourquoi ce documentaire et cette interview ne peuvent que se terminer en disant : Vive la vie et l’héritage de Trotsky, dédié à la libération des exploités et des opprimés de toute la terre ! Vive la lutte pour la reconstruction de la Quatrième Internationale ! »