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Du Pain et des Roses

Violences patriarcales

Valérie Bacot face à la police et à Schiappa : « J’ai beaucoup de rancœur envers les gendarmes »

Lors de la « conférence inversée » de Marlène Schiappa sur les violences conjugales, Valérie Bacot a dénoncé tout un système qui emmure les victimes de violences patriarcales dans le silence : « J’ai beaucoup de rancœur envers les gendarmes ».

mardi 7 septembre

Crédits photo : Thomas Samson/AFP

Deux ans après son coup de comm’ autour du grenelle contre les violences conjugales Marlène Schiappa remet ça avec ce qu’elle nomme, une « conférence inversée » sur le sujet. En d’autres termes, plusieurs gradés de la police et de la gendarmerie étaient invités à venir écouter ce lundi des témoignages de victimes de violences conjugales.

Une séquence a particulièrement retenu l’attention des médias. Il s’agit de l’intervention de Valérie Bacot, condamnée en juin dernier à quatre ans de prison dont trois avec sursis, pour avoir tué son mari et proxénète qui la battait, la violait, la prostituait et la menaçait de mort, elle et ses enfants, depuis 20 ans.

C’est la députée LREM Alexandra Louis qui l’interroge sur son parcours, devant un auditoire composé de Marlène Schiappa, d’autres membres du gouvernement, de policiers et de gendarmes. Mais au-delà de son récit glaçant, Valérie Bacot a également mis en cause l’ensemble du système qui l’a emmurée dans le silence et condamnée à subir des violences sans nom durant deux décennies. Elle raconte l’indifférence des gendarmes face aux nombreuses alertes de ses enfants. « À la gendarmerie, mes enfants se sont carrément fait jeter : “Vous êtes des gamins. Si y a quoi que ce soit, votre mère a qu’à se déplacer”. Personne ne peut comprendre ce qu’on ressent quand on est menacée de mort, et vos enfants aussi, tous les jours. »

C’est tout le système judiciaire et policier qui est responsable de ces vies brisées. Depuis le juge pour enfant qui l’a rencontrée lorsqu’elle était mineure et n’a pas empêché qu’elle continue à côtoyer son tortionnaire, jusqu’aux forces de répression. « Je vais peut-être me fâcher avec beaucoup de gens, mais c’est pas grave. J’ai besoin de le dire parce que c’est quelque chose qui est encore très dur pour moi : j’ai beaucoup de rancœur envers les gendarmes. »

Elle relate les « blagues  » graveleuses des gendarmes à sa fille de 14 ans, sur le fait que ce foyer violent n’était pas si terrible puisqu’on peut « manger, boire le café, et avoir une pipe », ou encore le harcèlement qu’elle a subi en garde à vue : « Si tu parles pas, tu verras plus tes frères, on te fera pas dormir… ».

Ce traitement des plainte n’est pas sans rappeler un certain nombres de parcours dont le drame que constitue le féminicide de Chahinez, malgré plusieurs plaintes déposées contre son mari violent, et alors que le Canard Enchaîné révélait que le policier en charge de recueillir la plainte était lui-même coupable de violences conjugales.

En creux du témoignage de Valérie Bacot, c’est l’ensemble des maillons de la chaîne de violences patriarcales qui sont dénoncés. Des violences qui font système, et enferment les femmes et les enfants dans le silence. Face à ce récit, les excuses formulées par le directeur général de la gendarmerie paraissent bien hypocrites, tout comme les mesures cosmétiques, et souvent répressives, vendues par Marlène Schiappa depuis près de cinq ans.